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Bruno Perroud


Thierry Harcourt
Incontournable
Pas de temps mort pour le metteur en scène après le succès de "The servant". Il crée parallèlement "La Fille sur la banquette arrière" à Lyon, "L'amante anglaise" et "Abigail's party" à Paris. Des univers dont la richesse et la variété l'enchantent.
"Abigail's Party", au Poche Montparnasse

Adaptée par Gérald Sibleyras, la pièce de Mike Leigh nous plonge dans la banlieue Londonienne des années soixante-dix. Des personnages hauts en couleur ne tardent pas à transformer une soirée aimable entre voisins en une tombée de masques généralisée. «C'est une pièce très brillante qui offre aux acteurs cinq rôles en or, et je suis ravi de revenir au Poche avec une pièce excessivement anglaise mais diamétralement opposée à "The servant". D'autre part, chez Mike Leigh, contrairement à Duras, les mots ne sont pas sublimes mais ce sont les sauts dans le vide qui le sont. Les personnages disent des mots qui ne veulent rien dire avec une grande importance, ils remuent l'air pour exister. Face au malaise du couple, de la femme, du manque de culture et d'intérêt, on échange des platitudes et tout d'un coup ça vire au drame par le biais d'une mécanique très, très drôle. Ce qui est intéressant c'est que je suis en train de monter un drame sur des ressorts de comédie. Mais le danger à éviter est, bien que je n'ai rien contre, d'en faire un « boulevard » car les acteurs pourraient chacun être enclin à faire leur numéro ! » Trois pièces, bientôt quatre et des projets sous le coude, c'est beaucoup ! « Çà donne parfois mal à la tête, ça m'empêche de dormir, mais c'est très bien comme ça ! »

"L'Amante anglaise", au Lucernaire

Marguerite Duras fait sien un sombre fait divers des années quarante pour bâtir cette pièce en forme d'interrogatoire. Judith Magre, Jacques Frantz et Jean-Claude Leguay en sont les interprètes. « C'est un véritable thriller, on ne sait pas si l'homme qui interroge successivement le mari et la femme est flic, psy, avocat, ou s'il s'agit à travers lui de l'auteure elle-même cherchant à comprendre le pourquoi de cet acte. Ce qui est intéressant c'est que ces interrogatoires non seulement libèrent la parole enfouie de chacun, mais mettent peu à peu en lumière leurs sentiments, un peu à la manière d'une pellicule plongée dans le révélateur qui fait apparaître l'image. Je suis très vite tombé amoureux de ce texte, plus on le travaille, plus il révèle de richesses. Tout y est exactement à sa place. On se rend compte que Duras écrivait vraiment pour les acteurs qui doivent absolument habiter ses mots. Judith apporte l'étrangeté nécessaire et donne à ce rôle des couleurs magnifiques. C'est un grand bonheur pour moi de la retrouver. Jacques Frantz, malgré sa carrure est très touchant et apporte, lui, l'humanité nécessaire. Même chose pour Jean-Claude Leguay, je suis ravi ! C'est magique et très excitant de travailler ce texte avec eux, en partant comme je le fais toujours de l'épure, en supprimant systématiquement les didascalies afin que les acteurs trouvent leurs propres silences. Ensuite, la pièce sur laquelle je travaille évoque chez moi des images, ici c'est un peu Simenon qui me vient en tête. Il n'y a d'accessoires que si l'on en a absolument besoin. "L'amante anglaise" est formidable pour ça, dès le départ on plonge au cœur même du théâtre. »

Judith Magre est Claire Lannes, la meurtrière

Entre pirouettes et plaisanteries, propos sur la vie ou le théâtre, la conversation va bon train alors qu'elle meurt de trac à l'idée de partir dans quelques jours à Avignon pour trois représentations : « Je n'ai jamais joué Duras, et heureusement je n'ai jamais vu cette pièce car ça m'aurait tellement complexée que je n'aurais pas accepté de la jouer !» Un magnifique personnage Durassien venu enrichir la longue liste de ses rôles ? « J'ai toujours eu le sentiment que je jouais des rôles formidables, même s'ils ne l'ont pas tous été. En tout cas je ne peux travailler qu'avec des gens que j'aime. Et vous savez, si je joue beaucoup, c'est que je ne sais rien faire d'autre et que je m'embêterais sans ça. Etre actrice, c'est magnifique mais ça n'est pas d'une importance capitale, c'est un truc éphémère. Je ne vis pas dans le passé. Regardez mes murs, il n'y a ni photos ni affiches.» Analyser la pensée d'un auteur ? Le comportement des personnages ? Elle s'y refuse. « Ça, je m'en moque. Il y a une situation là, maintenant, et on la joue. Je crois qu'à force de vivre dans le silence et l'incommunicabilité ça a rendu Claire Lannes zinzin et qu'elle a agi sur un coup de folie. Quant à ce qu'elle a fait après, je me demande comment moi, j'aurais fait ! Et pour le mystère non élucidé, ne le dites surtout pas, mais j'ai ma petite idée ! »
Portrait par Jeanne Hoffstetter
Paru le 10/02/2017

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