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Geneviève Casile et Jean-François Guillet
© Bruno Perroud


Le Bateau pour Lipaïa
Geneviève Casile et Jean-François Guillet au Vingtième théâtre
Jouée pour la première fois en France en 1977 par Edwige Feuillère et Guy Tréjan, la pièce d'Alexeï Arbuzov suscite aujourd'hui l'enthousiasme de Geneviève Casile et Jean-François Guilliet, dirigés par Jean-Pierre Hané.
L'histoire

Muré dans sa solitude et ses souvenirs, le médecin-chef Rodion Nicolaievitch dirige un établissement de cures au bord de la baltique. Morne routine, que l'arrivée de Lidia va bouleverser. Aussi fantasque et vivante dans sa manière d'aborder la proche vieillesse et de panser les cicatrices d'un passé douloureux, qu'il est replié sur lui-même, elle se prend d'intérêt pour ce médecin que rien ne semble plus toucher.

Geneviève Casile

Danseuse chez Béjart et Roland Petit, Sociétaire honoraire de la Comédie Française, elle a joué les plus beaux rôles du théâtre classique et contemporain. Celui de Lidia lui offre l'opportunité de nous surprendre encore.

Connaissiez-vous la pièce avant qu'on ne vous la propose, et comment voyez-vous Lidia ?

Je ne connaissais pas la pièce, mais à partir du moment où l'on sait qu'Edwige Feuillère l'a jouée, on se dit qu'elle est forcément belle. Lorsque Jean-François et Jean-Pierre m'ont apporté le texte, j'en ai découvert des nuances infinies dans lesquelles je pouvais puiser ! Lidia est inattendue, à travers ses exagérations, sa gaité apparente, ses affabulations, on découvre peu à peu chez elle des sentiments plus sourds, plus profonds, elle s'enrichit et devient bouleversante. Elle a pris depuis longtemps le parti d'être à l'extérieur d'elle-même. Elle est, en ça, diamétralement opposée à Rodion. C'est un rôle que j'adore.

Arbuzov était considéré dans son pays comme un anticonformiste, diriez-vous que Lidia, face aux carcans, représente la liberté absolue ?

Non, pour moi Lidia n'est pas libertaire ni contestataire, elle est indépendante. Si elle va contre les règles ce n'est pas par provocation mais simplement parce que certaines choses la contrarient, et c'est plus fort qu'elle, elle ne supporte pas. C'est sa nature.

Pour la troisième fois vous retrouvez sur scène Jean-François Guilliet. Cela a t-il une influence sur votre manière d'aborder la relation particulière qui vous unit dans "Le Bateau pour Lipaïa" ?

Il est toujours agréable de retrouver un partenaire avec lequel on s'entend bien mais c'est le texte qui est porteur, et ce qui m'intéresse surtout c'est de voir comment les réactions, le jeu peuvent évoluer. C'est à chaque fois une découverte très bénéfique et enrichissante.

Jean-François Guilliet

La liste est belle des metteurs en scène et cinéastes qui ont dirigé ce comédien éclectique. Le rôle de Rodion Nicolaïevitch n'est pas tombé dans son escarcelle par hasard...

Vous avez initié ce projet. On imagine sans peine que vous ne pouviez passer à côté d'un tel rôle.

J'avais vu la pièce avec ces deux merveilleux interprètes et je m'étais dit à l'époque que ce serait un rêve de la jouer lorsque j'aurais l'âge du rôle. Il y a deux ou trois ans je me suis dit?: Ça y est, c'est le moment ! Je savais que Jean-Pierre possédait le texte qui est épuisé, et qu'il le connaissait bien, alors je l'ai contacté et il a dit oui tout de suite. On l'a ensuite proposé à Geneviève qui nous semblait être la partenaire idéale.

Vous formez cette fois avec Geneviève Casile un couple assez singulier...

Cette pièce est un petit bijou avec deux personnages d'une grande richesse, qui nous donnent une véritable leçon de vie alors que nous vivons de plus en plus longtemps. Lidia a décidé malgré une vie qui ne l'a pas ménagée, d'être optimiste et perçoit que cet homme bougon et solitaire peut encore aimer la vie. Alors elle ne peut s'empêcher de le bousculer, ce qui le met en rage et donne parfois lieu à des situations explosives ! A côté de ça, il y a de la tendresse, de la mélancolie, mais aussi de la fantaisie et de la gaité. C'est curieux, comme souvent en France, on oublie l'aspect comique du théâtre russe, qui n'en manque pas. Je suis ravi de retrouver Geneviève, et dans un tel rôle qui la fait même renouer avec la danse ! Vous savez, la première fois que je l'ai rencontrée, j'étais allé la voir en tournée, j'avais un peu la trouille, je me disais : une sociétaire honoraire, je ne vais pas m'amuser ! Mais j'ai trouvé une femme épanouie, gaie, et ça a été un vrai coup de foudre !

Jean-Pierre Hané

Comédien, metteur en scène, auteur et adaptateur, chanteur, il fonde aussi sa Compagnie « Les XV tréteaux ». Véritable «théâtrophage», il s'entiche de la pièce "Le Bateau pour Lipaïa" qu'il monte en 2003 au profit de soirées caritatives pour la lutte contre le cancer.

Et de parler dans un même enthousiasme de ce nouveau travail, de son « équipe technique de choc » et de « ses muses » que sont ces deux comédiens qui l'inspirent tant... «J'avais envie d'exploiter Geneviève dans la fantaisie et elle y est formidable. C'est un vrai plaisir de metteur en scène de la diriger ! Jean-François, je le connais depuis longtemps et ce qui m'a toujours plu chez lui, c'est ce côté un peu anglais. Il a cette distinction, cette délicatesse et cette classe nécessaire au personnage. Tous deux ont le sens de la recherche, je leur donne mes indications et, dans ce cadre, ils me donnent leur perception, leurs propres couleurs d'où nait cette alchimie particulière. Ils ne jouent ni l'un ni l'autre à contre courant de ce qu'ils ont déjà fait, mais, vous verrez, ils y apportent des couleurs supplémentaires et ça me ravit.

Sur les huit tableaux qui composent la pièce, il n'y en a pas deux qui se ressemblent, c'est une palette de nuances qui se superposent imperceptiblement pour composer un tableau extrêmement délicat qui évoque un peu ceux de Hopper... Voilà, ce bateau est une image, partir d'ici pour aller vers un ailleurs inconnu... Et là, sans déroger au texte bien sûr, vous verrez à la fin je vous réserve une surprise ! Je suis aux anges de monter cette pièce extrêmement joyeuse et souriante ! Alors j'espère bien que le public fera partie du voyage ! »
Dossier par Jeanne Hoffstetter
Paru le 09/05/2016

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