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© Giovanni Cittadini Cesi


Par-delà des marronniers
au théâtre du Rond-Point
Fidèle à son envie de faire de ce théâtre qu'il dirige avec bonheur depuis quinze ans, un lieu de vie, de résistance toujours guidée par une joyeuse audace et des auteurs bien vivants, Jean-Michel Ribes nous invite chez les Dadas... Rencontre.
Jacques Vaché, Arthur Cravan et Jacques Rigaut
Le premier était pour André Breton « Celui sans lequel il n'aurait rien été. », le second, boxeur, poète et neveu d'Oscar Wilde, Drieu La Rochelle fit à plusieurs reprises du troisième sa source d'inspiration. Trois jeunes garçons trop à l'étroit dans la vie et ses dogmes, précurseurs des mouvements Dada et Surréaliste, qui faisaient du suicide un esthétisme. Trois étoiles filantes de la liberté de pensée que Jean-Michel Ribes ne pouvait manquer d'honorer.

Le « vrai choc » de Jean-Michel Ribes, porté sur scène en 1972
«J'ai découvert leur existence en 1971, dans la fraîcheur encore vivace de mai 68. Je voyais à travers eux une totale oxygénation de la pensée, de vrais libérateurs d'une société figée, enfermée dans une morale définitive qui finalement a mené à onze millions de morts. Ils ne se connaissaient pas et j'ai eu envie de les réunir. Aragon les avait bien connus et était venu voir le spectacle à l'issu duquel il m'a remercié d'avoir pu grâce à ça passer une soirée avec eux. »

L'envie de retrouver aujourd'hui ces « trois poètes sans œuvre qui luttaient contre l'ennui de la vie »
«Le déclencheur a été ce qui s'est passé à Charlie Hebdo. J'ai travaillé avec ces enfants moqueurs pendant trente ans, et bien que ni Vaché, ni Rigaut, ni Cravan n'aient été tués par des Kalachnikovs, ils luttaient aussi contre la barbarie de la civilisation. Les idoles de l'art et de la littérature ne trouvaient aucune grâce à leurs yeux. C'est amusant parce que cette année ce sont les cent ans du dadaïsme, et les quatre cents ans de la mort de Shakespeare dont ils ont essayé de briser sa tyrannie géniale ! La programmation du Rond-Point, depuis le début, s'inscrit elle aussi dans une insolence d'être, elle se veut une issue de secours à cette société plombée par le sérieux et les utopies de papier... »

Un spectacle totalement repensé
«Je voulais approfondir les personnages, étoffer le propos et mettre en avant le fait que derrière leurs cuirasses insolentes se dissimulaient aussi des enfants tendres. L'histoire d'amour émouvante entre Mina Loy et Cravan, Rigaut qui ne parvenait pas à aimer, et Jacques Vaché dans la guerre qui suppliait André Breton de ne pas oublier de lui écrire... L'affectif, quoi. Le spectacle est une sorte de mosaïque cubiste qui dessine leurs portraits. Le tout monté dans l'insolence d'un cabaret de 1920 en cinq tableaux : La guerre, l'amour, l'art, l'ennui, la mort.»

Michel Fau, Maxime d'Aboville et Hervé Lassïnce
«J'ai volontairement fait appel à des artistes avec lesquels je n'avais jamais travaillé et que je voyais bien incarner ces personnages. Ils sont entourés d'un trio d'actrices talentueuses, Aurore Ugolin qui est aussi cantatrice, Sophie Lenoir, Alexie ma fille, et de Stéphane Roger. Mon ami Reinhardt Wagner a fait la musique, Sophie Perez la scénographie, Juliette Chanaud les costumes, Laurent Béal la musique et Fabrice Ramalingom la chorégraphie. C'est une sorte de cadavres exquis fait de talentueux vivants »
Dossier par Jeanne Hoffstetter
Paru le 15/03/2016

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