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Samuel Benchetrit
«Moins deux» au théâtre Hébertot
Guy Bedos et Philippe Magnan reprennent les rôles de Blanchot et Tourtin, deux vieux fugueurs armés de leurs cancers en phase terminale, fauteuil roulant et perfusion, bien décidés à se payer une dernière tranche de vie, loin de l'hôpital.
Derrière les yeux sombres de Samuel Benchetrit, à travers ses mots, les pensées qu'il partage, les livres, les pièces qu'il écrit, les films qu'il réalise, on imagine un homme attachant, difficile peut-être. Un homme qui tricote dans sa tête des doutes et des questions, et ne s'abrite derrière aucun faux-semblant. Si son regard sur le monde et son humour tirent vers le noir, il sait y mettre des couleurs, en faire des comédies capables de nous toucher, de nous faire rire et réfléchir. Ainsi «Chien», son dernier roman, ou «Moins deux», pièce écrite pour Jean-Louis Trintignant au sortir d'un deuil qui les touche et qu'il est inutile d'évoquer. La vie est mouvement, le théâtre est vivant, Samuel Benchetrit aussi, qui réalise des films, écrit des romans et des pièces «J'ai besoin de travailler tous les jours.» S'il finit par se laisser convaincre de remonter «Moins deux» on ne le voit pas se contenter dix ans après, d'une simple reprise de ce beau succès, fut-ce avec des acteurs différents.

L'optimisme, le pessimisme, c'est quelque chose d'étrange

« C'est vrai, j'ai envie de modifier pas mal de choses. Le théâtre est un art vivant, le metteur en scène et l'auteur que je suis le sont aussi. Je veux oublier la personne que j'étais il y a douze ans, j'ai envie de retravailler «Moins deux», que je n'avais jamais relu, comme si je le retraduisais. Lors des lectures que l'on a faites, des choses me plaisaient, d'autres moins, d'autres me semblaient améliorables. Je vais supprimer ce qui me semble inutile et essayer d'aller plus loin dans le mystère. C'est une pièce comique à l'humour sarcastique qui correspond au couple Bedos-Magnan que j'aime beaucoup. J'aime cette génération d'acteurs, Trintignan, Rochefort, Marielle... qui portent sur eux-mêmes un regard passionnant. Je ne sais pas comment ma génération abordera la vieillesse, mais avec eux je sais que je vais me marrer. Je fais la mise en scène avec mon équipe de cinéma, opérateur, décorateur, costumière. Cette pièce a quelque chose de cinématographique, c'est un road movie en sept tableaux, une traversée de la nuit. » Un livre, une pièce, un film à sortir en octobre «Asphalte» adapté de son roman, avec Isabelle Hupert et son fils Jules : année riche pour Samuel Benchetrit.

Trois œuvres bien différentes que quelque chose relie pourtant. S'il fallait trouver un mot ? « La chute. Va t-on réussir à se relever ? La réponse change selon les moments, le regard positif ou négatif que l'on pose sur la société. L'optimisme, le pessimisme, c'est quelque chose d'étrange... Il y a quelques jours j'ai écrit une phrase : cette planète est la mienne puisque je suis seul au monde. Je suis dans une grande solitude bien que je sois avec mes enfants, mes amis, des hommes, des femmes. Mais c'est cette solitude qui me donne accès au monde. Je ne suis plus dans l'imposture, on se parle, ma solitude et moi, on se parle des êtres qui nous sont chers et c'est ce qui aujourd'hui me donne une grande confiance en l'autre. »
Portrait par Jeanne Hoffstetter
Paru le 15/09/2015

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