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© Bruno Perroud
D.R.


Mathilda May
«Open Space» au théâtre du Rond-Point
Il fallait y penser ! Il fallait aussi un fin don de l'observation, une sensibilité aiguisée et le talent d'orchestrer le tout avec humour, pour avoir l'audace de concevoir et mettre en scène pour le théâtre, une journée de travail dans un «Open Space». Mathilda May a relevé le défi.
Après y avoir joué en 2012 L'enterrement de Thomas Vinterberg, Mathilda May revient au Rond-Point en maîtresse d'une drôle de cérémonie pour le moins culottée. Cet ovni théâtral sans texte, parvient à nous plonger mieux que ne le feraient des paroles, au coeur du sujet :une journée partagée par un groupe de personnes, contraintes, pour travailler, de cohabiter dans un «Open Space».

Mais d'où vient une idée si saugrenue ? «Aujourd'hui en entreprise, c'est le mode de travail le plus courant et j'ai été étonnée de constater que « l'Open Space » n'a jamais été traité au théâtre en sujet principal. Pourtant, c'est un lieu qui s'y prête particulièrement puisque, comme au théâtre, c'est un huis-clos. J'aime l'idée d'observer, un peu comme un ethnologue, ce qui se passe quand les gens sont confrontés les uns aux autres, alors qu'ils n'ont pas choisi d'être ensemble. Qu'ils doivent travailler à la vue les uns des autres tout au long d'une journée... Avec tous les aspects sonores omniprésents que cela impose. Tous les archétypes humains sont réunis là, malgré eux... Le performant que tout le monde envie, celui qui est mis au placard que personne ne voit tant il est transparent... J'ai décidé, par la forme que j'emploie, de tirer le côté absurde de cette situation. »

Je trouve que l'on vit une époque envahie de paroles creuses

Mathilda May a fait de la danse, école de travail et d'exigence, elle chante, joue la comédie, écrit un spectacle, un roman aussi. Quoi qu'elle fasse elle fuit la facilité, l'à peu près, et déplore que l'on se contente souvent de peu ou que l'on s'arrête à la surface des choses et des personnes. Tous sens en éveil, elle écoute, observe l'humain, les humains qui la passionnent. « Partout, tout le temps, j'observe et je vois, à travers un prisme particulier, les comportements, les sons et les postures absurdes. Cela vient peut-être du fait que je suis une ancienne grande timide, j'ai été très tôt en retrait et dotée d'une sensibilité aiguë. Tout ça a dû aiguiser ma perception. Je trouve par exemple que l'on vit une époque envahie de paroles creuses qui forment une espèce de musiquette rassurante, parce que toujours la même. »

Fruit de tout ça ? Un spectacle sans paroles mais très écrit, dans lequel une conversation dépouillée de ses mots devient une musique plus expressive encore, par le simple fait de son rythme. Un spectacle basé sur la tragédie du « vivre ensemble », mais pétillant d'humour par sa forme. La comédienne, drôle et douée, mime en s'amusant ce qui se passe sur la scène «Voilà, pour fabriquer ce monde visuel, sonore et chorégraphié sans que ce soit de la danse, j'ai vu cent cinquante comédiens pendant un an, pour en retenir sept. Il fallait qu'ils sachent aussi travailler avec le corps. Qu'ils soient complets. Avec ce spectacle je me sens pour la première fois au complet de moi-même !»
Interview par Jeanne Hoffstetter
Paru le 10/09/2014

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