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© Brigitte Enguerand


Yerma
par La Compagnie des Petits Champs. Au théâtre 13
Daniel San Pedro traduit, adapte, et met en scène la pièce de Federico Garcia Lorca. Un rêve qui voit le jour, notamment dit-il, grâce à Audrey Bonnet qu'il appelait de tous ses vœux pour incarner la tragique héroïne aux côtés de laquelle il joue Jean, le mari.
Le thème :
En manque d'amour, Yerma s'accroche à l'espoir désespéré de devenir mère. Jean préfère l'abandonner à ses fantasmes et s'abrutir en se consacrant corps et âme à son exploitation agricole. Tous deux rongés de l'intérieur par trop de frustrations, avancent sans le savoir, vers une issue fatale.

Daniel San Pedro :
Formé au Conservatoire de Madrid et nourri de la double culture espagnole et française, le jeune comédien s'illustre dans de nombreux spectacles théâtraux. En 2010 il crée avec Clément Hervieu-Léger, pensionnaire de la Comédie Française, la Compagnie des Petits Champs. L'interprétation de Yerma que donnent Daniel San Pedro, Audrey Bonnet et la Compagnie, fait l'unanimité. La frustration, mère de tous les maux, soulignée ici, n'est-elle pas celle qu'éprouvait Garcia Lorca dans cette Andalousie rurale, catholique, secrète et rigide ? « Ce qui est sûr c'est que Lorca était contraint de cacher son homosexualité et qu'il vivait dans une ville, Grenade qui avait chassé les Maures et les juifs, alors que lui revendiquait cet héritage. Dans sa correspondance tout ça est codé et le drame de sa vie semble avoir été de ne pouvoir vivre ouvertement un amour, de ne pouvoir fonder une famille. D'une manière ou d'une autre, que ce soit dans Noces de sang, que je vais monter l'an prochain, Yerma ou La maison de Bernarda Alba, la frustration est là. »

Le temps est un acteur essentiel de ce drame qui se déroule sur cinq ans. Comment le faire sentir ? Comment faire en sorte que la pièce nous parle à nous, public français d'aujourd'hui ? «En choisissant de la situer dans une époque intemporelle, et de la débarrasser de cette culture andalouse très puissante. Par exemple les femmes ne vont plus aujourd'hui laver le linge à la rivière, ce qui m'a poussé à redéfinir l'activité de Jean et de Yerma, que j'ai imaginé éleveurs de moutons. Pour respecter la poésie bouleversante de Lorca, il fallait que les gestes des acteurs soient authentiques lorsqu'ils se servent des outils, lorsqu'ils remplissent les sacs de laine ; alors je me suis immergé dans ce milieu, j'ai participé aux tontes, à tous ces travaux... Ce qui n'empêche pas des moments très drôles. Je suis aussi parti de l'idée qu'il se connaissent depuis l'enfance pour que ce mariage arrangé paraisse moins rude. Le temps qui passe est primordial et pesant oui, en ce sens qu'il va les détruire et les conduire au drame. Et là, j'ai eu la chance inouïe qu'Audrey accepte le rôle. Sans entrer dans la composition, elle parvient à le faire passer, on la voit se faner progressivement, elle est prodigieuse et c'est passionnant d'interpréter Jean à ses côtés. Parallèlement j'ai travaillé avec un jeune vidéaste qui a planté sa caméra pendant un an et demi dans un très beau champ, que j'aime beaucoup, pour ne garder au montage que trois moments de deux minutes chacun ! »


Audrey Bonnet :
On ne peut qu'être touché par l'attitude et les propos de cette jolie comédienne formée au Conservatoire, avant de rejoindre la Comédie Française qu'elle quittera pour suivre d'autres chemins. «J'ai rencontré Clément à la Comédie Française, nous avions des rêves communs. Ce qu'ils ont créé lui et Daniel correspond à des rêves profonds et je perçois profondément tout ça.

Yerma ? Je me souviens que lorsque j'ai lu le texte la première fois dans ma cuisine, raconte t-elle en riant, ça m'a semblé impossible à jouer. Encore aujourd'hui des choses n'en finissent pas de m'apparaître ! Ce dont je suis convaincue, c'est que chaque être porte en lui une chose qui le modifie et le fait aller vers son destin. Pour Yerma, plus elle veut atteindre ce besoin quasi organique de fuir sa solitude en donnant naissance à un enfant, plus il s'éloigne et plus elle va nourrir un instinct d'animal. On peut lire beaucoup de choses dans ce texte qui questionne très intimement l'homme et la femme, Daniel en a proposé sa lecture. Une sorte de Jules et Jim, avec Victor, ce troisième personnage superbe de Lorca, qui est pour Yerma comme le négatif de Jean, mais qui la fuit aussi à sa manière. Je ne m'embarquerai pas à résumer, mais disons qu'il s'agit d'un absolu contrarié qui se transforme en quelque chose d'invivable. Et pourtant cela est lumineux et donne à entendre une force de vie incroyable.

Et puis, l'humanité de toute cette équipe me bouleverse. Il n'y a pas que des expériences aussi fortes, aussi heureuses dans la vie d'un acteur ! »
Dossier par Jeanne Hoffstetter
Paru le 14/08/2014

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