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Annick Le Goff
Bruno Perroud


Kalashnikov
Comédie morbide sur fond de tragédie antique ? Œdipe installé au milieu des séries télévisées, en compagnie d'une famille pas franchement glamour ? Où sommes nous ?
Le père, la mère, le fils, un transsexuel. Stéphane Guérin, l'auteur, ne cherche pas ici à nous caresser dans le sens du poil ! Du côté des comédiens, dont le travail de répétition n'a pas commencé, chacun cherche un peu son chat et exprime sa vision d'un texte qui ouvre maints sujets de réflexion. Pierre Notte, le metteur en scène, parle, lui, de trois dimensions opposées : le théâtre, la vie, la télé...

Raphaëline Goupilleau : la mère
Ce texte a reçu le prix Barrière et c'est formidable ! Bravo à eux pour leur curiosité. En le lisant, il m'apparaît que tous les personnages de cette pièce sont habités par une violence intérieure. Comme celle qu'a subie le « trans », sous le jugement de la société, pour acquérir ce semblant de bien-être dont il avait besoin. Par cet acte de transformation, c'est le seul qui a réussi à acquérir un pouvoir sur cette société qui nous dévore. On est là face à une tragédie moderne. L'être humain porte le drame en lui, il sait qu'il vit un jeu de con, mais il s'en accommode très bien pour oublier qu'il y a de toute façon la mort au bout. Quand on y pense, c'est terrifiant, mais magnifiquement écrit par Stéphane Guérin et mis en scène par Pierre Notte, sorte de metteur en scène funambule dont j'admire le talent. Avec lui, nous voici embarqués pour une traversée de folie... mais trop géniale !

Yann de Monterno : le père
À ce stade, ça me paraît incroyablement compliqué, mais aussi très drôle ! Stéphane Guérin s'est réapproprié le mythe d'Œdipe, mais je pense qu'il faut l'oublier car ce n'est qu'une clé parmi les autres. À la limite, ça me fait penser à du David Lynch que l'on peut regarder sans aucune clé, mais qu'avec certaines clés on peut éclairer autrement. L'inceste mythique de la mythologie, créateur de dramaturgie, est devenu l'inexcusable pédophilie. Cette pièce est ainsi truffée de références à notre société, à la télévision des années 1970-1980. Le couple que je forme avec Raphaëline ? Je le situerais entre les Thénardier et les héros de ces films italiens comme Affreux, sales et méchants. Je trouve étonnant que ce couple arrive à un tel mélange de haine et d'humour, mais aussi d'amour, d'une certaine façon. Voilà, ce sont mes impressions aujourd'hui, mais je ne serais pas étonné que Pierre Notte, dont j'aime l'élégance, et l'auteur nous emmènent dans des mondes dont on ne soupçonne pas l'existence...

Cyrille Thouvenin : le fils
Il s'agit d'une écriture très brute, très incisive, à laquelle il va falloir donner chair, mais c'est comique, aussi. Le fils, après avoir vécu quelques années de guerre, retrouve ses parents totalement abrutis, sous l'influence d'une société qu'il rejette, qui le dégoûte, ce qui le perturbe totalement. Puis il y a cette femme étrange, ce « trans », qui a un peu pris le pouvoir sur cette famille, qui fait au jeune homme cette prédiction : « Tu coucheras avec ta mère et tu tueras ton père. » Tout ça lui donne des envies de meurtre, des envies, dans son délire narcissique, de devenir le chef tout-puissant d'une nouvelle société créée par lui-même. Œdipe, pour moi, au moment où je vous parle, est simplement un clin d'œil narratif, il s'agit, disons, d'une tragédie de boulevard qui reprend tous les codes d'une tragédie antique en étant complètement burlesque. Pour l'instant, nous sommes un peu au purgatoire, mais en marche vers le paradis... Bien sûr !

Annick Le Goff : le transsexuel
La pièce se sert du mythe d'Œdipe pour nous montrer un vieux couple en bout de course sous la coupe de la société de consommation et de la télévision : la publicité, les séries... Elle véhicule des idées que l'on a déjà entendues mais que l'auteur assume complètement. Ça n'est pas facile de résumer cette pièce ! Comment dire ? C'est un cri théâtralisé contre la société de consommation. Le fils, lui, revient d'Afghanistan, où il a vécu les horreurs de la guerre pour trouver ce « trans », que j'interprète, installé chez ses parents. Je suis à la fois l'oracle et le chœur des tragédies antiques, le fil conducteur qui relie les scènes entre elles et qui prédit des choses très dures. Le fait que je sois un travesti n'est pas gratuit, je représente, face à une société qu'il considère comme usée, l'idée qu'il faut chercher ailleurs un avenir possible, comme dans le transgenre, qui, par l'autoenfantement, donnerait naissance à des enfants qui sauraient déjà tout de Freud et de Lacan... C'est baroque, dérangeant, mais assez drôle !
Dossier par Jeanne Hoffstetter
Paru le 27/05/2013

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