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© Bruno Perroud


Jean-Claude Dreyfus et son Devos
Si l'artiste a choisi de rendre hommage à Raymond Devos et à son œuvre, il ne cède pas pour autant aux sirènes d'une parodie d'autant plus facile que son physique pourrait l'y encourager.
L'affiche, signée Harcourt, est belle. Tout à fait inhabituelle, elle est signifiante, aussi. On le lui dit. Il est content. « Oui, il y a une douzaine d'années, ils avaient sorti un livre sur la couverture duquel on voyait Michèle Morgan et Carole Bouquet. Moi, ils m'avaient associé avec Devos, à l'intérieur. Le côté famille, les anciens et les nouveaux, quoi ! C'est ce qui m'a donné l'idée pour cette affiche. » Jean-Claude Dreyfus ne fait rien comme tout le monde, il dit haut et fort qu'il aime les cochons, les petits, les gros, en plastique, en peluche.

Il dit aussi, et l'écrit dans son beau livre, Ma bio dégradable, qu'il serait dommage de ne pas lire : « Dans la vie, je suis sinistre, voire un peu caractériel, un peu chiant. » Forcément, ce qui nous entoure n'est pas toujours gai, alors il arrive que des idées sombres viennent se nicher dans votre esprit... Quand son emploi du temps le lui permet, il fait un tour de chant, on s'enchante et s'incline... Truculent et sensible Jean-Claude Dreyfus. Il réussit aussi l'exploit d'être nommé aux Molières deux années consécutives pour son émouvante interprétation de Marie-Pierre, le transsexuel dans Le Mardi à Monoprix, du jamais-vu. Enfin, il préfère, au prestige de la Comédie-Française, la liberté de demeurer un saltimbanque et, pour l'heure, la liberté de rendre à Raymond Devos un hommage très personnel qui a su convaincre les inconditionnels de Devos comme ceux, plus jeunes, qui ne le connaissaient pas.


Le personnage me touchait, comme un clown, avec son émotion, sa générosité et sa vérité.


Hasard et conséquences, l'idée de ce spectacle naquit de L'Artiste, qu'il présenta avec succès lors d'un hommage à Judy Garland, puis lors de la cérémonie des Molières. Il ne s'agit pas ici pour le premier de singer le second, mais de proposer, accompagné du pianiste Thomas Février, une histoire avec ses enchaînements. En amont, une préparation méticuleuse, des textes difficiles à apprendre, à maîtriser lorsque l'on n'en est pas l'auteur. « Oui, et malgré le métier, les neurones et la fatigue font qu'il est difficile d'apprendre, mais on y arrive. Le problème n'est pas tant la mémoire, mais la liberté de conserver la fraîcheur et la spontanéité.

Pour surprendre les autres, je dois partir à vide et me surprendre moi-même. Là, je me suis refusé à regarder les DVD, j'ai plongé dans son œuvre, j'ai tout décortiqué et j'ai choisi une soixantaine de textes qui me plaisaient, sans prendre ceux que l'on voit toujours et en ajoutant des inédits. Ensuite, j'ai demandé à Christophe Correia de trier, de faire le montage car je ne m'en sentais pas l'envie. J'avais déjà travaillé avec lui et je savais que nous allions nous entendre. Et puis je sais qu'on a, Devos et moi, un peu le même format, et "l'œil en coulisse", mais je ne suis pas habillé comme lui.

C'est un véritable hommage que je rends au poète et à l'artiste qu'était Devos. Au personnage qui me touchait, comme un clown, avec son émotion, sa générosité et sa vérité. J'y ai apporté tout ce que j'avais en moi, ce qui donne vraiment un mélange entre Dreyfus et Devos. Disons que je raconte peut-être autre chose... »
Portrait par Jeanne Hoffstetter
Paru le 18/03/2013

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