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© Pascal Gely


Jean-François Balmer
au Théâtre de l’Œuvre
Mis en scène par Françoise Petit, le comédien interprète le Bardamu du "Voyage au bout de la nuit".
« Je voudrais bien, mais je ne peux pas. Je réussis à peu près bien les éléphants, mais je serais pleinement ridicule dans l'impromptu ! », répond Céline à Emmanuel Berl, qui, après le succès du Voyage, sollicite de sa part un article pour Marianne, l'hebdomadaire de la maison Gallimard. Face à ce sombre et truculent éléphant qui fait voler en éclats les règles littéraires et le vocabulaire, il fallait pour le rendre supportable l'élaguer, sans pour autant perdre en route une étape du voyage. On ne peut, là, que saluer le travail d'adaptation de Nicolas Massadau.

Lorsque Bardamu rencontre son interprète en la personne de Jean-François Balmer, on ne peut là aussi qu'admirer. Point de lecture ici, point de volonté d'enseigner, mais un homme de chair égaré dans sa nuit. Hésitant, trébuchant ici ou là sur un mot, freinant, accélérant, se couchant, se levant, tournant en rond...

"Je suis seul en scène mais il s'agit d'un vrai spectacle dont je suis l'un des participants."


épousant en cela le texte haché, heurté de Céline, l'acteur raconte ce périple à travers le XXe siècle qui, de la Grande Guerre à l'Afrique, de New York à la banlieue parisienne, conduit Bardamu à travers les ténèbres. Il suffit d'une malle et d'un fusil, d'un lit pliant, d'un banc, d'une table et de livres, il suffit de sombres nuages défilant inlassablement, parfois percés de lumière, pour que le voyage trouve écho dans la salle. C'est tout simplement beau. Le Greco, Goya, Bruegel...

Les créateurs qui l'inspiraient étaient les peintres, disait Céline. Jean-François Balmer dit, lui, qu'il comprend bien « la petite musique de ce talent hors normes en proie à ses obsessions ». Il dit encore que, à vingt ans, Hermann Hesse et Cendrars l'avaient bien davantage marqué que ce Voyage qu'il n'avait pas, comme la plupart des gens, entièrement lu. « Personnellement, c'est à travers la vie de Semmelweis, qui prôna cinquante ans avant Pasteur l'antisepsie, et auquel il avait consacré sa thèse de doctorat en médecine, que j'ai compris la trajectoire de Céline. Mais le seul qui m'intéresse, c'est l'auteur du Voyage au bout de la nuit, cette bombe dont j'admire le style, la façon d'instiller le langage parlé dans une langue qu'il dit morte. C'est le remarquable chroniqueur, l'homme blessé dans cette boucherie de 1914, blessé par son échec au Goncourt, blessé à jamais.

C'est l'homme en perdition obsédé par la vieillesse et le temps qui passe, mais aussi l'homme contradictoire, sûr de lui et prétentieux... Pour de légitimes raisons. "A vingt ans je n'avais déjà plus que du passé", disait-il. » Un texte, un homme difficile à défendre aujourd'hui encore Un véritable travail d'acteur « Oui, le travail d'un acteur, c'est d'interpréter. J'ai compris que Céline avait écrit ses textes pour qu'ils soient dits à haute voix. Là, je suis seul en scène, mais il s'agit d'un vrai spectacle dont je suis l'un des participants, accompagné d'une bande musicale extrêmement sophistiquée, car la musique était très importante pour Céline, accompagné en permanence de ces nuages menaçants qui passent... »
Portrait par Jeanne Hoffstetter
Paru le 26/01/2013

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