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© Bruno Perroud


Didier Sandre
au Théâtre de la Madeleine
Interrompue en plein succès l'an passé, l'acteur ayant été victime d'un accident, la pièce de Ronald Harwood "Collaboration" est de retour dans une distribution inchangée, ici avec Michel Aumont. A ne pas manquer !
Certaines pièces sont magiques par le pouvoir qu'elles ont, à la fois, de nous divertir, de nous amuser, de nous toucher et de nous conter des histoires authentiques que sans elles nous ignorerions. Ainsi, Collaboration met-elle en lumière un épisode de la vie de Richard Strauss et de Stefan Zweig, lesquels s'unissent pour écrire un opéra-bouffe : La Femme silencieuse. Dirigés de main de maître par Georges Werler, Michel Aumont, magnifique, est le compositeur, Didier Sandre, l'écrivain, apporte une fois de plus à son interprétation une grande subtilité, nourrie de son extrême curiosité humaine autant qu'intellectuelle. A leurs côtés, Christiane Cohendy et Stéphanie Pasquet interprètent leurs épouses.

Nous sommes en 1931, les deux artistes font connaissance, se découvrent, puis se mettent au travail. Outre la naissance d'un chef-d'œuvre, cette collaboration unira les deux hommes par une profonde amitié. Passionnante, la pièce s'achève en 1948 avec le procès en dénazification de Strauss.

Pour moi, la merveille d'être acteur, c'est les portes que ça ouvre sur cet incroyable mystère qu'est l'être humain


« Harwood s'est saisi de ces personnages qui représentent en eux-mêmes des cas. Strauss, qui ne pensait qu'à son art, était un fondateur de la musique du XXe siècle. Sans états d'âme, il s'est servi des pouvoirs politiques en place pour continuer à composer. Zweig, lui, était riche, courtisé, célèbre, il n'a jamais été élevé comme un juif et n'a pris conscience qu'il l'était que le jour où on l'a désigné comme tel. Il avait pour les autres cette empathie, cette curiosité, cette sensibilité, allant jusqu'à abandonner son ego pour magnifier celui de l'autre. Il était l'exact contraire de Strauss, mais ces tempéraments opposés vont pourtant se rapprocher très fort, jusqu'à ce que l'Histoire les sépare. Il s'agit là d'un ressort théâtral assez classique. La pièce parle de personnages célèbres, mais aussi de nous, de nos compromissions, de l'ambiguïté de l'être humain pris dans l'étau de l'Histoire. »

Si Didier Sandre a l'élégance de Zweig, la ressemblance physique s'arrête là, l'acteur rejette tout artifice physique. « Il faut s'emparer de l'intérieur du personnage, de sa sensibilité, de sa façon d'être, et faire fonctionner ça avec la pièce, sans pour autant faire abstraction de ce que je suis. Je suis mon propre matériel, mon propre violon, mon propre piano. Pour moi la merveille d'être acteur, c'est les portes que ça ouvre sur la mémoire des hommes, sur cet incroyable mystère qu'est l'être humain. Les rôles nous permettent ces investigations à travers les personnalités, les époques, l'Histoire... Voilà ce qui me plaît dans le théâtre. » Pour mieux pénétrer les personnages de l'intérieur, l'acteur n'a de cesse de fouiller, creuser, lire, rien ne lui échappe. De quoi y perdre son latin ! « Oui, mais vous savez, dit-il en riant, quand on passe de Claudel à Harwood, on est obligé de faire un peu le ménage quand même ! »
Portrait par Jeanne Hoffstetter
Paru le 06/02/2013

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