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D.R.


Frédéric Franck
En rachetant le Théâtre de l'Œuvre, naguère dirigé par Pierre, son père, et Georges Herbert, Frédéric Franck retrouve un parfum d'enfance.
Rien de prémédité pourtant dans cette nouvelle aventure. Mais il est ainsi, Frédéric Franck, malgré le bonheur qu'il éprouva à consacrer dix années de sa vie au Théâtre de la Madeleine, le temps était venu pour lui de céder la place. «Je pense que, au terme de dix ans de direction, on finit par se répéter, par se mécaniser. J'estime avoir exprimé là l'essentiel de ce que je pouvais et je partais pour une période de réflexion sans penser à reprendre un théâtre.» Le hasard pourtant savait à qui il s'adressait en lui indiquant un autre chemin. Sa présence en ces murs semble si légitime et son bonheur si grand d'être là, dans ce bureau, à parler de théâtre, de ce théâtre dont, enfant, il foula la scène en compagnie de sa sœur: « Regarder la salle depuis la scène est une vision qui change l'ordre du monde ! » à évoquer encore ces loges qui emportaient son imagination enfantine, ces loges « dans lesquelles un être humain se transforme en personnage ».

"La première chose que l'on affirme, c'est le texte dans sa toute-puissance..."

Chaque théâtre est riche de son histoire et de tous ceux, directeurs, acteurs, auteurs, qui l'ont nourrie. Celle du Théâtre de l'Œuvre, commence véritablement lorsque, en 1912, Lugné-Poe, entouré de ses amis Maeterlinck, Mauclair et le célèbre peintre Vuillard, en prend les rênes, décidé, disait-il, « à y faire œuvre d'art et à remuer les idées ». Privilégiant ainsi l'œuvre elle-même, ce bijou de théâtre, au fil des époques, se fait de bien beaux souvenirs, se forge une âme que Frédéric Franck entend respecter. « En matière théâtrale le centre de gravité est le texte. Gérard Maro, mon prédécesseur, c'est tout en son honneur, a aussi fait en sorte que perdure ici un certain artisanat, chose qui se perd dans notre métier. » Que permet cette salle deux fois plus petite que la précédente. « Ce format plus intime permet une grille de lecture plus juste sur le jeu de l'acteur, qui n'est pas obligé de sacrifier à la projection certaines choses de l'ordre de l'intime, justement. Le rapport entre la scène et la salle m'importe beaucoup. »

Pour commencer la saison: La Dernière Bande, de Beckett, avec Serge Merlin, mise en scène par Alain Françon, puis Voyage au bout de la nuit, de Céline, interprété par Jean-François Balmer et mis en scène par Françoise Petit. « Vous voyez, la première chose que l'on affirme, c'est le texte dans sa toute-puissance et, sur le plateau, des compagnons de route exceptionnels. » Des auteurs contemporains également « J'aimerais, oui. Je n'oppose pas l'un à l'autre. » Le rôle d'un directeur de théâtre est-il aussi de viser le succès à tout prix « Remplir une salle est un élément qui n'est pas en notre pouvoir, il faut donc accepter que cela nous échappe. Disons que c'est une sorte de sanction divine. L'échec ne voulant pas forcément dire que ce qui a été présenté n'était pas bon, ni le succès que c'était bon. L'idée d'avoir à fabriquer un succès me gêne, la vraie question est de se dire: Est-ce que j'aime ce texte ? Ai-je envie de le voir avec telle distribution et tel metteur en scène ? Reste ensuite à le partager avec le plus grand nombre. »
Portrait par Jeanne Hoffstetter
Paru le 20/11/2012

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