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©Marcel Hartmann


Patrick Timsit
interprète Stefan Zweig
À la demande de Gérard Gelas, qui en assure la mise en scène, Laurent Seksik adapte pour le théâtre son roman
"Les Derniers Jours de Stefan Zweig". Patrick Timsit et
Elsa Zylberstein lui donnent vie.
Le 23 février 1942, Stefan Zweig, exilé au Brésil, entraîne avec lui dans la mort Lotte, sa jeune épouse asthmatique. Si l'on a aujourd'hui encore du mal à expliquer ce geste macabre, peut-être faut-il en rechercher les fondements bien au-delà des apparences, à travers la personnalité et l'attitude complexes d'un écrivain dont l'œuvre tout entière témoigne d'une fascination pour les destins tragiques, les suicides, la mort... «Aucun poète, écrivait-il à propos de Kleitz, auquel il consacra un essai, n'a eu fin aussi sublime.» Kleitz, rappelons-le, s'était donné la mort en entraînant avec lui son épouse malade. Pour incarner Zweig à l'aube de cette tragédie, Patrick Timsit se voit offrir un rôle d'autant plus excitant et difficile qu'il n'est pas facilité par une possible identification physique. «On peut penser que la pression est grande pour moi d'interpréter un tel monument, mais je n'ai jamais abordé le moindre de mes projets en me disant: c'est gagné. Et puis Gérard Gélas a toujours été pour moi un monstre sacré ! C'est un homme terriblement humain, d'une grande culture et d'une grande humilité. Travailler avec lui, c'est faire des pas de géant sans que vous vous en rendiez compte ! On a l'impression d'être dans un orchestre de jazz, il dit une phrase, on se regarde, on est dans l'émotion et, boum, le chorus part et, boum, c'est un solo qui arrive ! C'est magnifique.»

La pièce est construite de telle façon que l'on ne s'ennuie jamais


Entre joie et émotion, l'acteur parle de ses partenaires, de son enthousiasme pour une pièce qui l'a «embarqué» dès la première lecture. «Je la relis depuis des mois avec le même emballement. C'est à la fois très dur et d'un grand romantisme. Cet homme, qui avait connu de son vivant un immense succès, qui aimait la séduction, les femmes, qui fréquentait le monde et les cafés littéraires, on le découvre là vaincu, abîmé, se posant des questions redoutables : est-on, quand on s'en va ainsi, un visionnaire ou un lâche ? Est-on encore un écrivain quand on ne peut plus être lu dans sa langue ? La pièce est construite de telle façon que l'on ne s'ennuie jamais ! C'est un hymne à la vie, la vie qu'il faut vivre jusqu'au bout. Ce bout que Stefan Zweig avait accepté en se suicidant.» Est-ce l'émotion ou l'intérêt intellectuel envers le personnage qui est apparu de prime abord à Patrick Timsit pour atteindre Zweig? Peut-on le comprendre? «C'est intéressant ça, je réalise que, au début je n'ai vu que le côté humain, j'ai ressenti avant de chercher à expliquer. L'aspect intellectuel est venu ensuite, puis j'ai digéré, pour revenir maintenant à l'émotion pure. Je suis cet homme dans sa trajectoire, cet homme abîmé. Comprendre... c'est difficile, on ne peut jamais se mettre dans la peau des autres...» L'abîme... comment lutter s'il se présente ? ému, Patrick Timsit raconte alors une belle histoire que lui contait son grand-père lorsqu'il était enfant, puis, la parenthèse refermée, revient, heureux, à ce présent qui lui sourit.
Portrait par Jeanne Hoffstetter
Paru le 06/12/2012

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