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Laurencine Lot


Que faire de Mr Sloane ?
Mise en scène par Michel Fau, cette tragi-comédie sulfureuse de Joe Orton écrite dans les années 1960 tourne en dérision, avec un humour ravageur, nos perversions et autres névroses.
« Je trouve les gens profondément mauvais, mais irrésistiblement drôles », disait Joe Orton. La farce noire née de cette assertion met en joie Charlotte de Turckheim, Gaspard Ulliel, Jean-Claude Jay et Michel Fau.


La pièce

Dans le pavillon de la banlieue londonienne qu'elle partage avec son père et son frère, Kath, femme entre deux âges passablement déjantée, voit en Mr Sloane un locataire idéal. Mais l'arrivée de ce mystérieux jeune homme fait naître entre les occupants un curieux jeu de chat et de souris révélateur des pires turpitudes de ce petit monde.


Charlotte de Turckheim est Kath


Le rire accompagne ses propos ; à l'évidence, tout l'enchante dans cette aventure en équipe. Pour quelles raisons, alors, est-elle depuis des années adepte du seule-en-scène ? Est-ce si anodin ? «Le problème de ces one-woman-show dans lesquels j'interprète de nombreux personnages, c'est que je ne m'embête jamais et, de ce fait, je finis par me passer complètement des autres. Mais ce n'est sans doute pas anodin et je me suis souvent posé la question. J'ai peut-être du mal à trouver mon espace quand je suis avec d'autres... Comme je suis une fille plutôt gentille, j'ai parfois du mal à m'imposer. Du coup, "l'enfer c'est les autres", vous voyez », plaisante-t-elle. «Vous vous rendez compte, je n'ai joué que deux pièces avec des partenaires ! » Est-ce Michel Fau qui a réussi à la convaincre ? « C'est lui qui a fait tilt, oui. On avait joué ensemble Le Misanthrope il y a vingt-cinq ans, aux côtés de Jacques Weber et d'Emmanuelle Béart, et on s'était entendus tous les deux comme larrons en foire. Puis on a évolué chacun de notre côté avec nos propres folies et la même passion, la même dérision aussi face à ce métier. Donc, quand il m'a proposé cette pièce, vous imaginez !» Considéré par Pinter comme l'un des plus grands dramaturges de notre époque mais peu connu du public français, Orton a signé là une pièce... qui décoiffe ! «Démente ! On passe de Théorème de Pasolini à du burlesque total, avec au passage des incursions chez Feydeau ou Tennessee Williams. C'est un peu aussi Affreux, sales et méchants visités par Coluche. C'est très particulier, très anglais, jusqu'aux acteurs réunis par Michel, qui constituent un mélange surprenant. Je vis une expérience théâtrale incroyable ! J'espère que le public s'amusera autant que nous !»


Gaspard Ulliel est Mr Sloane


De beaux rôles au cinéma, des prix et des nominations, la beauté tranchante de son visage magnifiquement saisie par la caméra de Scorsese pour le clip Bleu de Chanel, mais, jusqu'alors, pas de théâtre. Ce comédien aux choix souvent audacieux s'engage pour ses premiers pas sur scène dans une aventure qui ne l'est pas moins. Joe Orton et Michel Fau réunis, ça promet ! «Nous n'en sommes qu'aux répétitions, mais je me régale ! La pièce est sulfureuse, cynique, inquiétante, avec parfois des situations très drôles. C'est totalement inattendu, mais tout en disant des vérités avec une forme d'humour que seuls les Anglais possèdent. On ne s'ennuie pas une seconde !» Son univers posé, l'auteur place au centre l'énigmatique Mr Sloane, sur lequel il s'appuie pour faire jaillir sa redoutable vision de l'humanité. Est-il plus difficile de s'emparer d'un personnage aussi complexe au théâtre qu'au cinéma ? «Sloane arrive au milieu d'un univers bien établi, assez minable, c'est un personnage mystérieux, trouble, qui s'invente des histoires sans arrêt et qui tombe chez les fous ! Il va devenir l'élément perturbateur, le révélateur à l'origine de tout ce qui suivra. Mais chaque personnage a son importance, et Kath est à mon avis le plus emblématique de tous... Ce qui est plus compliqué pour moi, c'est que, au théâtre, on est davantage dans une logique d'écriture et de dramaturgie que dans une logique de personnage comme c'est le cas sur un plateau. Dans ce texte très écrit, très précis, il y a toutes les deux pages des virages à quatre-vingt-dix degrés qui font que je ne peux pas rester dans le même personnage du début à la fin, il n'y a pas de logique et je dois essayer de jouer chaque réplique indépendamment des autres. C'est totalement nouveau pour moi et follement excitant en même temps. Et puis j'aime l'idée que tout ça est éphémère, que chaque soir on assiste à quelque chose de différent, comme si l'on offrait quelque chose d'unique. Ça, c'est la magie du théâtre !»
Dossier par Jeanne Hoffstetter
Paru le 30/11/2012

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