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Bruno Perroud


Les Cancans
Rock’n’roll et médisances
Après "Les Indifférents" au Théâtre de l'Œuvre ou encore "Qui est Monsieur Schmitt ?" qu'il a co-mis en scène avec José Paul, Stéphane Cottin nous revient avec une pièce plus classique "Les Cancans" de Goldoni, au Théâtre 13. Rencontre avec un metteur en scène infatigable et sa jeune première, Adèle Bernier.
C'est une pièce peu connue de Goldoni.
Stéphane Cottin :
Oui, peu connue et peu montée, peut-être parce qu'il y a beaucoup de personnages. C'est une vraie pièce de troupe, une pièce de générations également : mes douze comédiens ont entre 20 et 75 ans. La juxtaposition des énergies, des techniques et personnalités de chacun est tout à fait jubilatoire. Il s'opère une sorte d'alchimie lorsque des comédiens d'âges si différents se confrontent en scène. Une alchimie porteuse de vérité et d'humanité. C'est aussi pour cela que j'ai voulu monter cette pièce.


On est à Venise, as-tu gardé le folklore et la commedia dell'arte ?
Stéphane Cottin :
J'ai gardé Venise, mais transposé l'action dans les années 50, d'où le sous-titre que nous avions envisagé : Rock'n'roll et médisances. Je voulais m'éloigner d'un certain folklore goldonien : Vivaldi, les masques, la commedia dell'arte... En même temps, je voulais conserver une certaine distance théâtrale. Le cinéma italien de cette période m'a évidemment beaucoup inspiré. Notamment La Dolce Vita et sa galerie de portraits hauts en couleur, parmi lesquels je reconnais bon nombre des personnages des Cancans. Cette transposition s'est révélée très riche et porteuse de sens au cours de notre travail. Elle a contribué à ce que nous abordions la comédie sur un plan plus social et plus cruel et nous a permis de rendre à Goldoni cette "joyeuse cruauté" que je souhaitais particulièrement mettre en valeur.

Adèle Bernier :
C'est vrai que c'est cruellement drôle ! Le personnage de Checchina que j'interprète, vit une véritable tragédie. Elle est détruite dans son amour, dans sa famille, dans toute sa relation au monde. C'est l'initiation de l'enfant qui devient adulte, confrontée à la dureté de la vie et à la jalousie. Confrontée à une société très profondément structurée en castes aussi. Car tout part de là : deux cousines mises de côté, car considérées comme appartenant à une classe inférieure, vont répandre une rumeur qui détruira sa vie. Le fond de la pièce est donc très sérieux contrairement aux apparences. Les enjeux sont très lourds pour la plupart des personnages, mais la grande force de Goldoni est de traiter ces thématiques au cœur d'une comédie irrésistible et débridée.

Stéphane Cottin :
C'est tout notre propos : soutenir dans un même élan la tragédie individuelle des protagonistes et la comédie qui naît de cette tragédie. C'est pour ça que je suis reparti du texte original, j'ai voulu retrouver la violence, la crudité et l'âpreté de l'écriture de Goldoni qui est souvent un peu mise en retrait dans les traductions françaises. Dorine Hollier a donc refait une traduction du texte de Goldoni, elle a, bien sûr, la maîtrise de la langue, mais elle a surtout elle-même une écriture truculente, forte et poétique, parfaite pour retranscrire l'énergie de la pièce. J'ai fait avec elle un travail d'adaptation qui se prolonge d'ailleurs au cours des répétitions. Même lorsque j'aborde une pièce classique, j'ai beaucoup de plaisir à avoir un auteur vivant dans les parages...
Dossier par Samuel Ganes
Paru le 10/05/2012

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