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D.R.


Stéphanie Fagadau présente Yvan Attal dans Race
à la Comédie des Champs-Élysées
Traduite, adaptée et mise en scène par Pierre Laville, la pièce de David Mamet provoque l'enthousiasme du public. Entouré d'Alex Descas, Sara Martins et Thibault de Montalembert, Yvan Attal y excelle.
La pièce
Accusé d'avoir violé une jeune Noire dans une chambre d'hôtel à New York, un Blanc riche et puissant sollicite pour le défendre un cabinet d'avocats dirigé par un Blanc et un Noir, épaulés par une stagiaire, noire elle aussi.



Stéphanie Fagadau
directrice de la Comédie et du Studio


La pièce pouvant au départ évoquer l'affaire DSK, a-t-elle songé un instant à la déprogrammer lorsque le scandale a éclaté ? "Je ne fais pas de politique, mais de l'artistique. Et puis bien que l'on y pense, il s'agit d'autre chose. Mamet a écrit sa pièce en 2009 et pose des questions universelles sur les clivages riches/pauvres, Noirs/Blancs, au-delà desquels se bâtit un vrai suspense, s'élabore une enquête. Moi qui suis d'une génération élevée aux séries américaines, j'adore ça ! J'avais lu le texte bien avant cette affaire et j'ai été emballée. David Mamet et Yvan Attal ? J'ai dit oui sans hésiter et j'y crois très fort. Les quatre comédiens sont merveilleux et s'entendent à la perfection. Yvan monte pour la première sur scène, je suis très fière que ce soit ici ! C'est un homme intelligent qui n'arrive pas fort de sa notoriété. Travailler avec des gens ouverts et respectueux est tellement agréable !

Bien sûr nous sommes tous contraints, pour vivre, d'avoir des têtes d'affiche, c'est comme ça, alors on joue le jeu, ce qui ne m'empêche pas de choisir des acteurs que j'aime, avec lesquels je désire travailler car l'aspect humain est terriblement important pour moi." Elle est formidable Stéphanie Fagadau ! Heureuse, enthousiaste, elle cherche, suit son instinct, ses coups de cœur. "Il faut y aller en douceur, mais j'ai envie de faire découvrir des auteurs et des acteurs que j'aime, de montrer un autre théâtre, comme Déshabillez mots, au Studio, que je trouve très original et qui a été un succès à l'Européen.

Après, je croise les doigts, ça passe ou ça casse, mais voilà, j'ai envie !" Contrainte d'arrêter Race le 13 mai pour cause de travaux, elle achève de préparer la prochaine rentrée. Surprise ! Et puis... "En 2013 c'est le centenaire du bâtiment et nous fêterons ça toute l'année, ça va être formidable ! Nous voyons grand en présentant pour commencer La Folle de Chaillot montée par mon ami Didier Long, avec en tête de distribution Annie Duperey, deux personnes au talent fou et humainement formidables ! Pascale Bordet est en train de faire des costumes extraordinaires ! Le public en aura plein les yeux et les oreilles ! Pour le Studio, je réfléchis encore mais à côté, au théâtre des Champs-Élysées, ils programment les Ballets russes qui avaient fait l'ouverture en 1913. Nous aurons aussi un site Internet avec toutes nos archives. Je ne peux pas encore tout dévoiler, mais l'année sera une fête !"


Yvan Attal
est Jack, avocat


Un rôle qu'il campe avec une parfaite maîtrise, lui qui, dévoré par le cinéma, n'était pas remonté sur les planches depuis le cours Florent. Félicitez-le pour la manière dont il fait corps avec ce personnage, tranquillement il vous explique : "Préparer un rôle, se poser des questions, avoir du plaisir à jouer, pour moi c'est la même chose au théâtre qu'au cinéma, quand on dit 'Moteur' ou que le rideau se lève, c'est : 'Action.' Bien sûr, au théâtre le public porte les acteurs, mais parfois j'éprouve une petite frustration, il m'arrive d'imaginer qu'il avance et vient cadrer quelque chose en gros plan. Malgré le fait que les choses ne soient jamais acquises, qu'il faille chaque soir tout remettre en question, il est si agréable de jouer pendant une heure et demie, sans être interrompu toutes les quinze ou trente secondes !"

Dans deux heures, l'acteur fermera la porte de sa loge pour se diriger vers la scène, là... "Là, l'angoisse monte, j'éprouve un mélange de plaisir et de souffrance. C'est à la fois très excitant et très éprouvant." Lorsqu'il y a deux ans Pierre Laville lui fait lire Race, le comédien est emballé. Entre racisme et paranoïa, argent et mensonges, où est la vérité ? "Pour moi la vérité absolue n'existe pas, Mamet nous le montre. Ce qui est formidable dans cette pièce, c'est qu'elle aborde à la fois le problème racial et celui de la discrimination dans son ensemble. Elle dit que l'on apprend aux femmes à se méfier des hommes, aux Noirs à se méfier des Blancs, aux juifs à se méfier des antisémites. Nous sommes des animaux qui vivons dans une jungle avec nos réflexes.

Tout ça apparaît dans ce cabinet lorsque le client arrive, les provoque, les fait réfléchir. À partir du moment où quelque chose oppose deux personnes, on le sait, le débat est perverti si elles sont de race différente. Mamet montre aussi la paranoïa de notre époque : 'je suis coupable parce que je suis blanc dit Charles à Henry, qui lui répond : Oui et non.' C'est selon l'époque. Il y a cinquante ans, si vous aviez été blanc. Dans le même cas. Pour les mêmes faits. Vous auriez été innocent." Remarquable de justesse, comme il l'est au cinéma, le doute partage la vie d'Yvan Attal. "Jouer est difficile car c'est la vie qui nourrit nos rôles. Je ne crois pas que l'on puisse simplement se servir d'une technique d'acteur pour jouer.

Je me pose beaucoup de questions : Est-ce que je vaux le coup ? Suis-je un bon acteur ? Comment tel ou tel aurait-il abordé ce rôle ? Il l'aurait probablement mieux joué... Le doute finit par vous ronger, parfois on se laisse submerger par la souffrance, autant de choses dont il faut se débarrasser quand le rideau se lève ou la caméra tourne. Seul doit compter le désir de progresser, de faire bien, de trouver d'autres voies." Une bonne raison de passer derrière la caméra, de réaliser un troisième film dont il vient de terminer le montage. Mettre en scène au théâtre ? "Peut-être, oui.

J'aimerais bien tout faire, moi ! Théâtre, cinéma devant et derrière la caméra... Chaque expérience vous nourrit et vous pousse vers autre chose. L'essentiel étant d'avoir une véritable envie, une conviction. Il n'y a pas d'autre légitimité à trouver pour entreprendre quelque chose. On ne peut juger que lorsque c'est terminé." L'envie donnerait-elle du talent ? "Elle peut !"
Dossier par Jeanne Hoffstetter
Paru le 25/03/2012

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