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D.R.


Adel Hakim
Antigone
Le directeur des Quartiers d'Ivry a réuni les comédiens du Théâtre national palestinien autour de la tragédie de Sophocle dans une version en arabe surtitré en français et créée à Jérusalem en mai 2010.

Comment a débuté votre collaboration avec le Théâtre national palestinien ?

J'ai découvert leur travail il y a quelques années à Jérusalem Est à travers la mise en scène de mon ami Nabil El Hazan du Collier d'Hélène de Carole Fréchette. J'ai trouvé les comédiens tellement bons que je leur ai proposé de les accueillir aux Quartiers d'Ivry en 2009. J'ai ensuite longuement réfléchi à ce que je pourrais faire avec eux en me penchant sur des textes palestiniens reflétant la situation entre Israël et la Palestine. Finalement, nous avons estimé que la meilleure chose que nous pouvions faire était de monter Antigone : la pièce de Sophocle ne présente pas de clés sur la situation israélo-palestinienne, mais parle de résistance, de la lutte d'Antigone pour ses idées... pour lesquelles elle mourra.

Dans quel univers avez-vous choisi de situer l'action ?

Nous avons opté pour une mise en scène contemporaine puisque la problématique de la pièce rejoint directement la situation que vivent certains peuples du Moyen-Orient et du Maghreb. Au cours des répétitions, je me suis rendu compte que les acteurs comprenaient parfaitement le propos de la pièce : la politique répressive de Créon, son discours démagogique, le rapport aux dieux, aux rituels, à la piété, à la misogynie - Créon étant très méprisant vis-à-vis d'Antigone qui conteste son pouvoir. Les costumes sont contemporains, le décor met en relief la dureté de la ville de Thèbes, la chair du cadavre de Polynice en train de se putréfier... La scénographie est très dépouillée, avec très peu d'éléments scéniques, pour souligner le combat d'idées, rigide d'un côté comme de l'autre, Antigone étant une extrémiste à sa manière ! C'est une représentation très moderne, "ici et maintenant" : l'action pourrait se dérouler en France de la même manière !

Quelles furent les réactions du public arabophone ?

Nous avons présenté la pièce à Ramallah, Haïfa et Bethléem. Le public a été particulièrement ému de voir qu'une tragédie ancienne de 2 500 ans rejoignait la leur ! Je ne crois pas d'ailleurs que la situation ait beaucoup changé où que ce soit : les responsables politiques sont toujours aussi déconnectés des souffrances de leurs peuples. Je ne sais pas s'il faut en sourire ou être désespéré... Ce qui est beau dans la pièce, c'est que Créon finit par céder à la raison du peuple. Mais il aura fallu que son fils meure et qu'il soit responsable de sa mort : quand on n'est pas touché soi-même par la tragédie, on ne peut la comprendre en profondeur et revenir sur ses positions. Sophocle va jusqu'à parler de l'injustice faite à un mort, ce qui nous permet par la même occasion de rendre hommage au poète Mahmoud Darwich mort en 2008 et qui n'a pu être enterré dans sa terre natale.
Interview par Alain Bugnard
Paru le 16/02/2012

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