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© Bruno Perroud


Judith Magre
Nous l'avions applaudie l'an passé au théâtre du Rond-Point où elle incarnait la mère monstrueuse dans le conte cruel de Pierre Notte, "Et l'enfant sur le loup". Dans un tout autre registre, seule en scène et dirigée par Thierry Harcourt, elle devient Rose...
Elle arrive, élégante toujours, souriante et sans affectation, pour nous parler de la pièce qu'elle répète : Rose de Martin Sherman. Rescapée du ghetto de Varsovie cette femme épatante et drôle nous conte à travers sa propre histoire, celle des juifs d'Europe de l'Est durant le vingtième siècle.

Entre le rire et l'émotion, un personnage aux multiples facettes, que Judith, son interprète, refuse de disséquer, d'analyser. Non, pas question d'aller couper en quatre les cheveux de cette grand-mère ashkénaze, aussi passionnant soit son récit. "Vous savez, je ne suis ni pédagogue, ni conférencière, je me sens incapable de donner une explication de texte. D'ailleurs, je suis beaucoup trop paresseuse pour ça !", lance-t-elle en riant avant d'ajouter : "C'est une femme qui raconte son histoire où se mêlent des événements dramatiques et des périodes marrantes.

Bien moi, j'aime ce qui fait rire et pleurer à la fois... La vie, quoi ! Alors quand Thierry et Olivier Glusman m'ont apporté la pièce, je leur ai dit que j'avais envie de la jouer. Maintenant j'apprends le texte, et bien que je l'aie fait plusieurs fois déjà, un monologue ça fait toujours un peu peur."

"Je me sens incolore, inodore et sans saveur, seuls les mots que j'ai à dire me donnent une petite coloration"


"Enfin, on n'est jamais seule dans un théâtre si chaleureux et c'est un vrai plaisir de travailler avec Thierry et tous les autres. Mais il n'empêche qu'après, il n'y a personne à qui se raccrocher ! Car lorsque je sais mon texte, que je commence à m'amuser, c'est là que la peur me saisit. Je suis malade de trac et il me faut bien dix jours pour atteindre ma vitesse de croisière ! Dire que si l'on n'a pas le trac c'est qu'on n'a pas de talent, est pour moi la plus grande des âneries !"

Revenons au cas précis de Rose, quelle résonance en elle ? Aurait-elle pu être cette femme ? Elle rit. "Oh, vous essayez de me tirer les vers du nez ! Mais vous savez, moi je suis tout et n'importe quoi. Je veux dire que quand on est acteur, on n'est rien du tout, ce sont les mots des autres qui font que l'on devient quelqu'un. Personnellement je me sens incolore, inodore et sans saveur, seuls les mots que j'ai à dire me donnent une petite coloration." Un portrait sévère, mais sincère dont elle s'amuse volontiers et qui, vu de l'extérieur, a de quoi surprendre.

"Oh, mais vous le savez bien, ce que les autres perçoivent, ne correspond pas toujours à la réalité !" Les réalités sont multiples, bien sûr ! Elle acquiesce en riant. Avant de s'installer le 10 janvier à La Pépinière, elle emmène Rose en tournée, et joue une dernière fois Les Combats d'une reine, d'après Grisélidis Réal, gros succès à Avignon l'an passé, "Ça va être sportif, tout ça !". Jouer ceci ou cela... Un sport qu'elle pratique à merveille...
Portrait par Jeanne Hoffstetter
Paru le 23/01/2012

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