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D.R.


Jean-Paul Tribout monte Le Vicaire
Basée sur des témoignages authentiques, la pièce de Rolf Hochhuth interroge l'attitude de Pie XII durant la Seconde Guerre mondiale.
Faut-il voir dans Le Vicaire une œuvre d'historien ou une fiction ?
Il est en effet important de souligner que bien qu'étant parti de faits réels, l'auteur dit ne pas avoir écrit une œuvre d'historien, mais de dramaturge, et ne s'est donc pas senti obligé de respecter à la lettre des faits historiques discutés et discutables, dans certains domaines secondaires.

Montée en 1963 à Paris la pièce n'a jamais été reprise depuis... Sujet trop épineux ?

Pie XII, n'ayant jamais fait entendre sa voix face à la Shoah, une légende noire selon laquelle il avait été "le pape d'Hitler", s'est installée. Lorsqu'elle a été montée au théâtre de l'Athénée, la pièce avait provoqué un énorme scandale. Les manifestants s'attaquaient aux comédiens et Alain Mottet, qui jouait le pape, avait même reçu des menaces de mort ! Malraux, qui soutenait la pièce, avait placé des policiers dans la salle. Tout ça a dû réfrigérer ceux qui auraient eu des velléités...

Le décret ouvrant aujourd'hui la voie à la béatification de Pie XII a provoqué la polémique. Le recul aidant, en adaptant et en montant à votre tour la pièce, sous quel angle vous placez-vous ?
La vérité se situe entre les deux extrêmes. Pie XII pensait que toute condamnation d'Hitler se transformerait en victoire pour les bolcheviques qui s'employaient depuis 1917 à déchristianiser une partie de l'Europe, ce qu'il ne pouvait admettre. Il ne pensait pas seulement à sauver les richesses du Vatican, mais surtout l'Église catholique. Pour ces raisons, l'Allemagne nazie malgré ses défauts, représentait à ses yeux un barrage contre le communisme. On sait aujourd'hui que bien qu'il n'ait jamais pris la parole sur la Shoah, l'association vaticane Raphaël a sauvé des milliers de juifs soit en favorisant l'immigration, soit, au moment de la rafle de Rome, en les cachant dans les couvents et dans les églises. Personnellement, je tente de ne pas être manichéen et de faire comprendre le déchirement de Pie XII sans pour autant le défendre. Ce qui est intéressant au théâtre c'est quand deux points de vue conflictuels peuvent être tour à tour compris. L'axe que j'ai choisi est le parcours de ces deux jeunes chrétiens, l'officier SS et le jeune prêtre tentant coûte que coûte de faire bouger les choses, d'attirer l'attention du monde sans y parvenir. Ma mise en scène est radicale, un plateau quasiment nu et noir, sept comédiens habillés normalement présents du début à la fin, soit en retrait et narrateurs, ou s'avançant pour jouer leur rôle. C'est passionnant !

Vous nous avez habitués à plus de légèreté !

C'est vrai, mais j'ai eu envie de faire quelque chose que je n'avais jamais fait. Maintenant j'espère qu'on va réussir... Je n'ai jamais été aussi angoissé !
Interview par Jeanne Hoffstetter
Paru le 18/12/2011

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