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© Chantal Depagne Palazon


Tu m’as sauvé la vie
Créée et interprétée par Sacha Guitry et Fernandel en 1949, nous devons à Jean-Laurent Cochet d'avoir redonné vie à cette pièce il y a vingt ans. Il récidive aujourd'hui heureux d'intégrer à l'affiche Jean-Pierre Castaldi, son tout premier élève !
L'histoire ?

Un vieux baron choisit de se retirer du monde et de vivre entouré de ses deux domestiques. Partant de ce postulat, le génie théâtral de Guitry fait intervenir le hasard, qui n'en est pas tout à fait un... Extravagance, coups de théâtre et répliques brillantes habillent ici une certaine idée de la solitude...


Jean-Laurent Cochet
met en scène et reprend le rôle du baron


Pour Guitry "son grand homme", il a le talent et l'audace de sortir des sentiers battus en exhumant des œuvres quasiment inconnues. Il est d'ailleurs, et à juste titre, fier des mots de Lana Marconi, dernière épouse de l'auteur qui voyait en lui le seul interprète ne cherchant pas à imiter Guitry, mais à réussir à le lui évoquer réellement. "Il a abordé tous les genres au théâtre. Nombre d'excellentes pièces n'ont jamais été reprises par manque d'imagination de ceux qui préfèrent se limiter à ce qui est connu. C'est un auteur difficile à jouer, il faut ÊTRE le personnage, car enfin, un acteur ne peut pas endosser n'importe quel emploi !" Jean-Pierre Castaldi, nouveau venu dans "la famille", lui donne la réplique. "C'est inattendu, hein ! Vous savez qu'il a été le premier à s'inscrire au cours que j'avais ouvert après avoir quitté la Comédie-Française ? C'est un homme exquis, fidèle, qui aime la vie et je suis enchanté !" Vingt ans après, Jean-Laurent Cochet, réapprend son texte, le savoure avec une gourmandise évidente. "C'est la même œuvre, si ce n'est qu'en effet nous avons pris vingt ans. Notre manière de penser est la même, mais les choses se sont densifiées ou au contraire allégées en fonction de ce que l'on est soi-même devenu, c'est passionnant ! Je suis très, très heureux." Si la pièce est brillante et drôle ne porte-t-elle pas malgré tout les stigmates de ce que l'auteur a enduré à la Libération ? Sentiment de solitude, de désenchantement, de cruauté... ? "Bien qu'il n'ait pas épargné ceux qui ont voulu sa mort, il ne montre aucune méchanceté, c'était un homme trop intelligent, trop cultivé pour ça. C'est toujours drôle et malgré le désenchantement perceptible qui lui donne une dimension extraordinaire, ça respire la santé ! La solitude, oui mais choisie, pas douloureuse, au contraire c'est la liberté ! Voilà le sujet, oui. Guitry est un philosophe du sourire."


Jean-Pierre Castaldi,
le clochard qui n'en est pas un


Il vient de publier Au hasard de ma vie aux éditions du Cherche Midi et termine la tournée de L'Emmerdeur de Francis Veber. Heureux ! "Très ! Et c'est d'autant plus formidable de jouer 'Tu m'as sauvé la vie' que la première fois que je suis monté sur scène avec un rôle parlant c'était dans 'La Fin du monde' de Guitry, aux côtés de Fernand Gravey ! C'est très émouvant aussi d'être le partenaire de Jean-Laurent Cochet qui a été mon professeur, j'ai l'impression de faire un bond de quarante ans en arrière !" Réglée comme du papier à musique, la vie du baron se trouve bouleversée par l'apparition d'un clochard... "Moi, je ne le vois pas comme un clochard car il ne demande pas l'aumône, il veut du travail pour retrouver la respectabilité. Quand il dit : 'Je suis engagé comme balayeur au service de l'État', il est fier d'être balayeur, mais quelque chose va arriver... On s'aperçoit vite qu'il possède cette intelligence des gens qui ont vécu de combines, qui ont l'instinct de survie. Lorsqu'il entre chez les nobles, il s'adapte tout de suite ! C'est tout l'univers de Guitry, la mesquinerie, la générosité, la concupiscence, l'argent qui est comme aujourd'hui le maître du monde. C'est l'humain, la langue et l'intelligence. Quelle intelligence ! On n'a jamais honte de rire avec lui." Un superbe rôle ? Qu'est-ce pour Jean-Pierre Castaldi qu'un beau rôle ? "C'est celui que l'on rêve de vous voir jouer ! Si quelqu'un me voit dans ce rôle, je ne dois pas me poser de questions, c'est que je devrais être bien, et je n'ai plus qu'à... comme on dit ! Quand je joue Caius Bonus, quand je joue chez Sautet, jamais un rôle n'a été écrit pour moi, même si ça semble évident quand je le fais. Pour moi, la première fonction d'un acteur est de s'approprier le rôle et non pas de rester près de soi-même."


Catherine Griffoni,
l'infirmière bénévole

Ancienne élève de Jean-Laurent, elle figure depuis à l'affiche de la plupart des pièces qu'il monte et retrouve vingt ans après son rôle. "Mais j'ai tout oublié et je repars à zéro, comme si j'étais quelqu'un d'autre. Cette pièce est fantastique, c'est une comédie de mœurs, l'une des plus singulières, des plus cruelles de Guitry, qui avait un sens aigu de l'observation et qui, contrairement à la légende n'était absolument pas misogyne, la preuve : tous les rôles que j'ai interprétés sont divins ! J'éprouve un grand bonheur à remettre le voile de l'infirmière. Elle est mystérieuse, intelligente, comprend tout immédiatement et possède une bonne dose d'humour. C'est un personnage positif par excellence, le personnage solaire de la pièce." Au-delà de la difficulté que cela suppose, la jubilation est évidente et systématique chez les comédiens jouant Guitry. Que leur apporte-t-il ? "Il révèle ce que vous avez de meilleur en vous, il fait appel à votre intelligence et puis il y a ce fameux rythme, ce style unique. Mais il n'y a pas que l'intellect, il faut que le corps soit vif, rapide, Guitry le voulait ainsi et Jean-Laurent Cochet nous fait travailler dans ce respect avec une très grande exigence. Et ce titre, quelle trouvaille ! 'Tu m'as sauvé la vie...' Que va-t-il se passer ? Mystère..." Exigence, rigueur des mots qu'elle connaît et pratique depuis toujours, élevée entre une mère professeur de piano et un père chanteur à l'Opéra de Paris. Jouer Guitry l'enchante, mais il y a tant d'auteurs et de rôles ! "J'aimerais bien me confronter aussi à des personnages plus modernes, j'adorais jouer les foldingues, les névrosées, j'adorerais aussi que Yasmina Reza pense un jour à moi ! On peut rêver, non ?"
Dossier par Jeanne Hoffstetter
Paru le 17/07/2011

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