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D.R.


Isabelle Sadoyan
Une vie entièrement dédiée à l'art dramatique. À l'affiche d'une centaine de films et pièces de théâtre, Isabelle Sadoyan consacre, depuis ses débuts sur
les planches en 1950, toute son énergie à l'exercice de sa passion : un métier "difficile, jamais terminé, qui préserve de la routine !". Nous la retrouvons à La Madeleine pour son premier Beckett, "Fin de partie", aux côtés de Serge Merlin, Jean-Quentin Châtelain et Michel Robin, dans une mise en scène d'Alain Françon.
"L'écriture de Beckett est formidable, mais coriace, comme il refuse la sentimentalité, exige un ton monocorde... Il y est question de manipulation, de solitude, de négligence et de mépris des personnes âgées - notamment des parents dont on veut se débarrasser, sujet d'actualité ! -, le tout traité avec un humour particulièrement noir. J'essaie de comprendre et de faire vivre la femme de Michel Robin, une vieille qui n'intervient sur scène que dix minutes.

Je n'ai pas intérêt à me louper !", s'inquiète Isabelle, heureuse de retrouver Alain Françon après leur collaboration sur Tir et Lir en 1988. "J'ai joué des petits rôles, des grands rôles, tous passionnants... On m'a souvent confié des rôles de femmes populaires. Ce qui me convient parfaitement, ayant le plus grand respect pour les gens humbles." On rappellera pour mémoire sa cinquantaine de collaborations avec Roger Planchon, son indéfectible complicité pour son compagnon de route, Jean Bouise.

Ses trois dernières années au théâtre furent l'occasion d'une intimité privilégiée avec Didier Bezace qui devint son fils pour Conversation avec ma mère, grand succès public. "Je ne sais pas ce qui m'a pris quand j'étais jeune de vouloir devenir comédienne n'ayant jamais été une pin-up ! Ce qui m'attirait était de vivre en dehors de la réalité pour construire un monde basé sur la réalité. Enfant j'adorais les contes de fées, le cinéma : j'allais voir chaque semaine les films que projetait la paroisse du quartier lyonnais où je suis née ! Mes parents, d'origine arménienne et bulgare, sont arrivés en France en 1924. Parfaitement conscients qu'il s'agissait d'un exil définitif, nous avons eu à cœur de devenir français à part entière. Ma mère étant couturière, je me suis mise à la couture pour gagner ma vie. À l'époque, il n'y avait pas les Assedic.

Tous les jeunes comédiens travaillaient pour vivre, ce qui leur permettait de nourrir leur métier d'acteur. Quand je fais du coaching, je conseille à mes jeunes gens d'apprendre plusieurs métiers : on ne sait pas de quoi aura besoin la société ni si l'on pourra devenir et se maintenir comédien. Certains jeunes pensent que la vie a épargné notre génération alors que nous avons eu la guerre, les bombardements, les restrictions... ! Il y avait certes du travail, mais on travaillait pour un franc six sous que nous étions contents de gagner.

Je n'aime pas cette société de l'assistanat qui a désarmé les jeunes face à la dureté de l'existence en se dispensant de leur inculquer le sens du mérite. Quant aux plus âgés, j'aimerais que les actrices acceptent le vieillissement parce que le peuple en a besoin. Il a aussi besoin d'histoires et de dialogues !"
Portrait par Alain Bugnard
Paru le 02/06/2011

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