Connexion : Adhérent - Invité - Partenaire
Accueil Qui sommes nous Nos services Comment adhérer Questions courantes Contactez nous

© Manuel Pascual


Jacques Frantz
dans “Ernesto Che Guevara, la dernière nuit”
Pour cette joute politico-intellectuelle entre le journaliste Andrès Cabreira, qu'il incarne face à Olivier Sitruk (Guevara), l'acteur s'enflamme et raconte sa passion pour la pièce de José Pablo Feinmann.
Il a "une gueule", de la prestance, il en impose. Il est affable et chaleureux. Les voix françaises de Robert de Niro et Mel Gibson, pour ne citer qu'elles, c'est lui. Mais pas question, bien que ce soit flatteur, de le réduire à ce type d'exercices, enfermé dans un studio, car il aime aussi la lumière, a fortiori lorsqu'elle vient éclairer de tels personnages. Pas peu fier l'acteur ! On le comprend d'autant plus qu'il ne s'agit pas d'un spectacle dont on ressort en le troquant au vestiaire contre son manteau. L'auteur sait de quoi il parle, professeur de philosophie à l'Université de Buenos-Aires et écrivain, il fit partie, à leurs débuts, des jeunesses péronistes avant d'être emprisonné et torturé sous la dictature de Videla. Jacques Frantz incarne dans deux scènes Fidel Castro, mais surtout Andrès Cabreira, le journaliste de la dernière nuit. Comment résumer la pièce ? Comment est-elle construite ? "L'auteur a imaginé qu'un journaliste (lui, en l'occurrence) pénètre dans la petite école où le Che, malade et amoindri, vit sa dernière nuit de prisonnier avant d'être exécuté. Malgré le respect et l'admiration qu'il lui porte, il vient lui demander des comptes sur toutes les exactions commises, sur le fameux message : 'Il faut créer 1, 2, 3... beaucoup de Vietnam partout', sur cette incitation à la révolution permanente, dont on sait tous les morts qu'elle a engendrés parmi la jeunesse. Car, je vous assure que certains propos de Guevara ne sont pas ceux d'un Christ ! La pièce est construite selon des va- et-vient présent-passé, passé-présent et son intérêt est qu'il ne s'agit pas d'un énième hommage rendu à la figure emblématique, du Che, mais d'un verre de Javel versé sur le fameux tee-shirt !"

Peut-on au nom de l'humanisme justifier des actions inhumaines ?

Faut-il y voir une pièce à charge ? "Justement, non. Il n'y a aucun manichéisme là-dedans, il s'agit d'une empoignade intellectuelle violente, mais attachante, entre deux personnages aussi forts l'un que l'autre. Ce face-à-face laisse le public dans l'interrogation et pose simplement la bonne question : peut-on au nom de l'humanisme, justifier des actions inhumaines, cautionner un message politique aussi meurtrier ? Jusqu'où peut-on aller ? Le simple fait de poser le problème remet en question certains mythes développés un peu rapidement. Les gens vont se dire : 'Ah bon ? Ça ? Mais je ne savais pas !' C'est une pièce bouillonnante, du théâtre terriblement vivant qui va, je crois, remuer les gens ! Mais il ne faut pas trop en dire pour conserver l'effet de surprise ! Je veux aussi préciser qu'il ne s'agit pas, contrairement aux apparences, d'une pièce intello. Et je rends hommage à Olivier, qui incarne le Che, ce qui n'est pas rien ! L'enjeu était que l'on parvienne à une réelle empoignade tous les deux, et ça marche !"
Portrait par Jeanne Hoffstetter
Paru le 30/01/2011

-
Haut