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© Giovanni Cittadini cesi


“Et l’enfant sur le loup”
au théâtre du Rond-Point
S'appuyant sur l'affaire Josef Fritzl, un Autrichien qui durant vingt-cinq ans a séquestré, violé et engrossé sa fille, Pierre Notte prend de la distance pour imaginer un conte cruel et fantastique.
Noire. Noire est la pelote que d'histoire en histoire déroule Pierre Notte. Noir est tout homme qui, sa vie durant, tente d'apprivoiser à sa manière le monstre qui sommeille en lui. Se mordre, Moi aussi je suis Catherine Deneuve, Et l'enfant sur le loup, Pour l'amour de Gérard Philipe, de manière différente, ne content rien d'autre que ça. Mis en scène par Patrice Kerbrat, Judith Magre, Jean-Jacques Moreau et Julien Alluguette donnent corps à cette terrible histoire dont un loup ne tarde pas à s'emparer...


Pierre Notte
l'auteur

Rien jusqu'alors ne semble apaiser Pierre Notte, ni l'estime de ses pairs, ni le succès, ni l'enseignement, ni ses nominations aux Molière... Sa belle et singulière écriture reste profondément marquée du sceau de "l'intranquillité". De l'humour, de la distance, une imagination de poète... Il n'empêche que ce texte, comme les précédents, est terrible et sans concessions pour les humains que nous sommes. "Disons que... Vous connaissez cette phrase de Beckett : 'Tous les hommes naissent fous et certains le demeurent.' De mon point de vue, on naîtrait plutôt innocents et le miracle serait de ne pas tous nous entretuer plus tôt. Quels qu'en soient la forme ou le visage, la monstruosité est là, et je ne vois pas qui peut être à l'abri." Dans ce cas précis, les faits posés, la réalité s'efface devant un loup venu de la forêt conter la suite de l'histoire... Étrangement, un grand souffle de liberté accompagne la noirceur de ce récit. "Ce qui me fascine, c'est la capacité que peut avoir un individu à en enfermer un autre pour le mettre à mal et le posséder, quelle qu'en soit la manière. Penser que nous sommes et que je suis capable d'organiser dans mes amours, dans mon travail, cette mise à mal de l'autre pour en prendre possession, n'a de cesse de motiver mon interrogation. Et, en effet, là où vous parlez de liberté, c'est que l'autre à un moment donné brise cet écrin aussi doré ou aussi noir, aussi monstrueux soit-il, pour s'échapper. C'est ce que fait l'enfant de la pièce. Mais que faire ensuite ? Renier l'autre ? Se venger ? Que faire du mal enduré ? Comment se retrouver ? C'est là où se pose la question de la liberté." Pièce écrite pour Judith Magre, l'actrice ne boude pas le plaisir que lui offre Pierre Notte en la plaçant au centre de son univers. "Je ne sais pas écrire quand je ne suis pas comme assiégé, obnubilé par une question, un sujet. Pour autant, il s'agit bien là de rire de l'horreur."


Judith Magre
la mère

"Mais oui, c'est une pièce marrante !" Elle a beau avoir joué tous les registres, elle jubile Judith Magre ! Marrante la pièce ?! "Bon, bien sûr qu'un homme qui couche avec sa fille, lui fait un enfant, lequel enfant finit par tuer sa mère... C'est énorme. Mais Pierre y a mis beaucoup d'humour. Et puis, j'ai sans doute une mauvaise nature, parce que moi, ça me fait rire. Je sais tout ce qui se passe dans cette maison évidemment, mais je ne veux rien voir, d'ailleurs, j'ai les yeux collés par du pus en permanence. Joué au premier degré, ça n'aurait rien de drôle en effet, mais ce n'est pas écrit comme ça." Judith Magre a son franc-parler, d'une manière générale elle-même a l'art dit-elle, de ne voir que ce qu'elle veut, ainsi les horreurs qui nous entourent n'existent pas. "Je préfère ouvrir les yeux sur les choses ou les gens que j'aime. Mais vous savez, je n'ai de pensées ni très profondes ni définitives, demain je vous dirai peut-être autre chose tout aussi sincèrement !" Voilà, c'est dit, c'est franc et sincère, pour les cracks et les faux-semblants, voir ailleurs. Sur scène ou devant un verre, elle est formidable Judith Magre ! Ce texte ? Ce rôle ? "Vous savez, je n'ai jamais pris de cours et chaque fois que j'aborde une pièce, je suis comme un bébé qui n'a jamais joué. Mais le plus dur, tout simplement parce que je suis très fainéante, c'est d'apprendre une pièce mot à mot ! Après, on se sent bien ou pas dans les mots de l'auteur, c'est autre chose. Avant d'entrer en scène j'ai l'impression que ça ne va pas marcher, l'impression de passer à côté des choses, de ma vie, de tout, je suis morte de peur. Mais quand je suis sur scène, je suis heureuse ! Après ? J'ai besoin de boire un coup, de fumer une cigarette et de ne pas penser, car si ça se passe bien, je me dis que demain ça ne marchera pas !"


Julien Alluguette
l'enfant

Théâtre, cinéma et télévision, sa jeune carrière déjà auréolée de distinctions n'entame en rien son naturel, sa finesse et sa clairvoyance. "C'est simple, j'ai passé l'audition ici et j'ai été pris ! Bon, c'est loin d'être une comédie pouët-pouët, c'est sûr, mais c'est un peu comme 'Equus' que j'ai jouée en 2008, ce sont des pièces terribles et qui me plaisent. Et puis, avec Judith Magre au casting ! En lisant le texte, je l'imaginais en train de dire ces mots et je me disais que ça pourrait aussi être drôle. Enfin, il y a le grand talent de Patrice Kerbrat qui a réussi par sa mise en scène, à introduire beaucoup de légèreté dans cette histoire. Il faut voir cette pièce comme un conte cruel qui parle de la vie de cet enfant issu d'un inceste, qui grandit seul et qui, à sa maturité, vient faire éclater la vérité sans chercher à se venger. Je trouve ça formidable, j'y vois un mélange entre 'Le Petit Prince', version Pierre Notte et 'Le Petit Chaperon rouge', qui bouffe le loup. J'aime cette idée de détourner les contes, de détourner les faits divers pour en faire du théâtre." Enfant, qui était Julien Alluguette ? "J'étais timide, donc assez solitaire, et dans la cour de récré, je rêvais de pouvoirs magiques pour attirer l'attention. Je me disais : si je pouvais m'envoler, qu'ils me remarquent et disent : 'Wow ! il vole, c'est génial, j'aimerais être pote avec lui !'" Aujourd'hui, il vole à sa manière, "Oui, finalement un comédien est quelqu'un qui a ces pouvoirs magiques : il peut vivre plusieurs vies en une, et être tous les soirs dans la lumière devant un public plongé dans le noir, le regardant exprimer son besoin de dire : je suis là, j'existe."
Dossier par Jeanne Hoffstetter
Paru le 20/01/2011

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