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© Benoit Jeannot


La belle rentrée de Bertrand Blier
Un film, une pièce de théâtre, entre rire et grincements de dents, il nous promet de sacrés moments ! "Oui, j'occupe le terrain !", dit-il en riant.
Ça commence par Le Bruit des glaçons, un scénario au petit point comme il sait si bien le faire. Une histoire poil à gratter, une histoire rire jaune et rire tout court. Jugez plutôt : "Bonjour (dit le cancer à l'écrivain alcoolique), je me suis dit que ça serait peut-être pas mal de faire un peu connaissance..." Et en voiture, accrochez vos ceintures ! À bord, Albert Dupontel et Jean Dujardin. Sur la scène du Théâtre Antoine, c'est une autre histoire, celle d'une SDF installée sous les fenêtres d'une bourgeoise. À la suite d'une violente algarade, la bourgeoise (Annie Duperey) se retrouve sur le trottoir et l'autre (Myriam Boyer), installée dans l'appartement. Entre elles, des hommes et des souvenirs. Évidemment, Désolé pour la moquette, ça vous dérange un brin, ça vous touche quand ça ne vous chatouille pas les zygomatiques. Bertrand Blier, pince-sans-rire, goguenard et touchant, raconte, parle de lui, de son travail. De temps à autre fuse un grand rire, puis la voix revient, chaude, tranquille.


"Là, je mets mes tripes sur la table, je prends ce risque"


"Mon théâtre ne raconte pas d'histoires très structurées, mais là, il s'agit au départ de l'affrontement violent entre une bourgeoise et une SDF qui les conduit à échanger leurs vies." Et alors... "La bourgeoise sur le trottoir avec le vieux manteau de l'autre sur le dos, est finalement très contente. Par contre, la clocharde n'avait pas prévu d'hériter d'une atroce vie sentimentale. Elle préférerait récupérer sa propre misère, mais la nantie ne veut pas la lui rendre ! Voilà en gros l'argument." De dialogues en monologues, elles vont se trouver confrontées aux hommes ainsi qu'à leurs propres souvenirs, et devenir sœurs en détresse. Mais quel rôle joue la moquette dans cette histoire ? "Ah ! C'est une petite plaisanterie : une loi a été votée pour moquetter les trottoirs afin que les SDF soient mieux installés. Une manière pour moi de situer l'hypocrisie qui règne dès qu'il s'agit de la misère." Mais il y a aussi, souligne Bertrand Blier, une matière autobiographique. "C'est une pièce à la première personne. C'est rare, le Je appartient surtout au roman. Ça fait longtemps que je voulais faire ça, car, quand on vieillit, les souvenirs d'enfance remontent et ce n'est pas toujours agréable. Mes parents se sont séparés j'avais 20 ans, je vivais dans un confort d'enfant gâté mais sur un vrai champ de bataille. J'en ai beaucoup souffert donc, évidemment, ça ressort dans mes films, dans cette pièce. Lorsque Myriam dit : 'Vous m'emmerdez avec vos histoires de moquette, parce que moi, je suis née dans la moquette, et c'était de la pure laine !', on s'aperçoit qu'elle n'est pas celle que l'on croyait. Ce personnage m'est très proche, très cher, c'est moi qui parle à travers lui, indirectement je me mets en scène, je mets mes tripes sur la table. C'est d'une impudeur folle, du théâtre payé comptant. Je prends ce risque-là !"
Portrait par Jeanne Hoffstetter
Paru le 31/10/2010

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