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Éric Prat
© Arnaud Meylan


La Médaille
L'entreprise Bisson remet ce jour-là ses médailles aux ouvriers les plus méritants. Horreur, humour noir et coups de théâtre, mis en scène par Zabou Breitman, d'après un récit de Lydie Salvayre.
Zabou
orchestre cette cérémonie

De l'auteur, elle connaissait La Compagnie des spectres qu'elle jouera fin septembre au théâtre Sylvia-Montfort, mais lorsqu'elle lit La Médaille elle n'a qu'une envie : mettre en scène ce récit peu consensuel, composé d'une alternance de discours entre patrons et médaillés. "Connaissant le ton décalé empli d'humour noir de Lydie, j'ai beaucoup ri, tout en étant bouleversée par la brutalité de certaines allocutions qui oscillent sans détour entre horreur, dinguerie, truculence et cruauté." Une entreprise à l'évidence truffée d'écueils, que la rigueur et le goût du jeu de Zabou sont de taille à affronter. "Avant tout, il fallait éviter un spectacle de trois heures ! Le texte est dense, il se dit beaucoup de choses, et si l'on veut après avoir ri ou pleuré, garder quelques questionnements quand on rentre chez soi, il me semble important de rester encore en haut du soufflé ! De leur côté, les comédiens doivent garder une grande honnêteté pour jouer ces personnages, l'innocence est nécessaire car il est aisé pour les patrons de glisser vers la parodie, tant leurs discours peuvent être hilarants à force d'horreurs, et pour les médaillés dont les discours sont souvent poignants, vers le pathos. Ils ne doivent en aucun cas connaître le rendu comique ou dramatique de la scène." Dans sa décision de s'impliquer, les choix de Zabou abritent toujours un sourire, une révolte, une tendresse, un éclat de rire... Un vrai regard curieux sur les autres. "Les raisons sont toujours mystérieuses quant au pourquoi du comment qui vous inspire, du choix d'un texte au choix des acteurs, du décor... Mais c'est derrière ce mystère-là que se trouve la force qui me fait avancer : l'envie."

Éric Prat
est le directeur des sciences sociales

Pour avoir déjà travaillé trois fois avec elle, il connaît de Zabou. "Bien qu'elle ne laisse rien passer, qu'elle soit d'une exigence extrême quitte à vous déstabiliser, tout se passe dans des conditions idéales de confiance et de joie et c'est toujours très enrichissant !" Dans La Médaille, il est monsieur Monsaingeon dont les allocutions font froid dans le dos. "Nous avons tous été frappés de constater l'actualité de ce texte écrit en 1992. On y parle de charters, de 'nos amis' de couleur, et j'en rajoute une couche en décortiquant dans mes allocutions le profil des trois grandes catégories d'ouvriers : le vrai, le Méditerranéen, le coloré et assimilé, puis, récemment issu d'une sous-catégorie : l'ouvrier de l'Est. C'est d'un cynisme terrifiant. Je déclare que la misère, Germinal, tout ça, c'est révolu, mais quand vous entendez les discours de remerciements des ouvriers, qui dérapent complètement, c'est autre chose !" Outré ? Non, certaines personnes dans le public, pour avoir vécu ça de près ou de loin, viennent remercier la troupe d'avoir le courage d'en parler. "C'est un spectacle en permanence sur le fil du rasoir et le génie de Zabou c'est d'éviter à la fois le misérabilisme et la caricature, c'est aussi que ça puisse rester drôle. Et, bien que la pièce soit composée de discours, elle a su créer une véritable unité." Elle en a fait "un spectacle à chenille", mais vous verrez ça !

François Levantal
est le directeur de la sécurité

Accaparé par le cinéma et la télévision - il a d'ailleurs joué sous la direction de Zabou dans Se souvenir des belles choses -, il oubliait le théâtre. Pourtant, sur cette même scène, il avait joué avec Jean-Louis Barrault. "C'est bien simple, ça doit faire vingt-deux ans que je n'ai pas mis les pieds sur scène ! Et c'est Zabou qui me montre le chemin, sinon je ne sais pas si je l'aurais fait. Je m'en suis d'ailleurs fait une montagne au début, et j'ai encore le trac !" Un retour marqué par une pièce qui ne donne pas dans la facilité, il est vrai. "À travers cette remise de médaille, Lydie Salvaire a trouvé un prétexte génial pour confronter en raccourci deux mondes qui se lâchent complètement, et je vous assure que c'est chaud ! Moi en tant que directeur de la sécurité, je me trouve à l'entrée de la salle du théâtre (qui représente l'entreprise), je regarde les spectateurs qui sont les ouvriers, je cherche ce qu'il pourrait y avoir d'étrange, puis les discours commencent. J'ai, entre autres, un chapitre sur la peine de mort absolument hallucinant ! C'est dur... Mais j'adore le théâtre... Surtout quand je sors de scène !", dit-il en riant.
Dossier par Jeanne Hoffstetter
Paru le 13/10/2010

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