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Dorine Hollier
D.R.


Le Donneur de bain
au théâtre Marigny
Le titre déjà vous intrigue... "Le Donneur de bain". L'affiche aussi se pare d'un certain mystère, croissant de lune, rue déserte, réverbères et volets clos. Quelque chose se passe...
Une drôle d'histoire, une histoire un peu folle née de l'imaginaire foisonnant de Dorine Hollier, laquelle, s'appuyant sur la profession de donneur de bain, appréciée des bourgeois parisiens dans la seconde moitié du XIXe siècle, tricote sa pelote à la barbe des idées préconçues. Le résultat ? Un ovni théâtral pour lequel Pierre Lescure s'enthousiasme. L'idée lui vient de proposer la mise en scène à Dan Jemmett qui avait, l'an passé, soulevé l'enthousiasme général en montant à la Comédie-Française La Grande Magie d'Eduardo de Filippo. Conforme à l'esprit de l'ensemble, la distribution réunit d'excellents comédiens venus d'univers différents : Barbara Schulz, Charles Berling, Alain Pralon, Bruno Wolkowitch, Dimitri Rataud, Marie Denarnaud et Geoffrey Carey. Lui aussi personnage à part entière dans la pièce, le décor est conçu par Dick Bird. Alors que les répétitions viennent de commencer, nous avons malgré tout tenté d'en savoir un peu plus...


Dorine Hollier,
l'auteur

Une enfant précoce qui, à 3 ans, déclame Andromaque avant de sauter allègrement des classes. Une adulte sympathique et gaie dont l'esprit curieux de tout fonctionne à vitesse grand V en faisant dix choses à la fois.


Vous êtes comédienne, auteur de chansons, vous achevez un scénario... Et vous signez maintenant votre première pièce. Quelle drôle d'idée, pour débuter, que ce Donneur de bain !

J'ai toujours été fascinée par le XIXe siècle, son effervescence, technique, médicale, artistique tout en conservant les grandes valeurs qui permettent à l'être humain de se distinguer de l'animal. Je trouve notre époque triste et si médiocre à côté... L'histoire du Donneur de bain est venue par hasard alors que je lisais le journal d'Endre Ady, un poète hongrois sublime qui habitait à Paris au XIXe siècle. Une phrase m'avait intriguée : "Je devais rencontrer Monsieur Untel qui ne put me recevoir car il attendait son donneur de bain." J'ai fait des recherches et constaté que cette profession avait existé un court laps de temps à Paris uniquement. Ces personnages incroyables lavaient, écoutaient, massaient, sentaient... On devine les prémices de la psychanalyse, on est aussi dans le charnel. J'avais envie de ça car si nous sommes faits de têtes, nous le sommes aussi de corps, d'odeurs... L'atmosphère pourrait s'apparenter au Parfum, de Süskind, il y a des monstres, des ministres véreux, des cocottes au cœur d'or...

Sans déflorer l'histoire que pouvez-vous nous dire si ce n'est que partant d'une réalité, vous avez lâché la bride !

Totalement ! Je prends le prétexte du XIXe pour parler de notre époque, sinon ça n'aurait pas grand intérêt. Cette pièce évoque le politiquement correct, le chaos qui naît du trop propre, du trop formaté. Voilà en gros ce qui se cache sous ce Donneur de bain : "Attention ! À tant vouloir être si propre, vous allez finir par être sale." Je ris, mais j'en avais assez qu'on nous impose de voir des pièces idiotes et vulgaires ou pseudo-intellectuello-hermétiques. Le théâtre privé à droite, le subventionné à gauche, tout ça ne rime à rien. Je n'aime pas ce qui est blanc ou noir, alors je me suis amusée à inventer une tragi-comédie à la manière d'un Sherlock Holmes qui aurait pris en flagrant délit Georges Feydeau et Gaston Leroux faisant la bête à deux dos dans les alcôves de l'hypocrite IIIe République ! Je me suis amusée, mais j'ai aussi beaucoup travaillé vous savez !


Barbara Schulz
est la prostituée

De Joyeuses Pâques à Pygmalion, d'Antigone à Parole et Guérison, de beaux rôles, toujours, qu'elle honore à merveille. Le théâtre la gâte, elle le sait, apprend et s'enrichit chaque fois un peu plus.


"Je n'ai encore jamais fait ça, je vais jouer une prostituée qui a comme clients tous les hommes de la pièce, sauf le donneur de bain ! Elle est à la fois légère, sensuelle et angoissée. Mais pour l'instant nous n'avons pas encore travaillé le texte, nous jouons au ballon. De l'extérieur, ça peut paraître une ânerie, mais après une semaine, mes camarades et moi avons déjà atteint un grand niveau de complicité ! Dan nous apprend à nous regarder, à être ensemble, à improviser, à faire passer les choses par le corps." La méthode surprend autant qu'elle enchante les comédiens, plus habitués en France à intellectualiser avant tout. "Oui, du coup, on est égaux face à tout ça, quelle que soit l'expérience que l'on peut avoir. On est solidaires, on se soutient, on n'a plus l'impression qu'il faut être bon tout de suite, on n'est pas obnubilé par sa partition et on ne se sent pas jugé. Tout ça est très joyeux !" L'originalité de la pièce et la manière dont elle est écrite, le metteur en scène, la distribution font que sans hésiter une seconde elle dit oui à l'aventure. "J'adore le théâtre, ces répétitions où l'on est entre nous et où l'on ne sait pas encore comment on va faire. J'aime ces lieux chargés de tant de choses. J'aime ce rituel de jouer tous les soirs sur une longue période, même si c'est épuisant parfois. J'adore jouer !" Coïncidence, c'est au Marigny qu'elle avait interprété Antigone de Jean Anouilh, un rôle si marquant pour elle. "C'est quelqu'un qui se moque de déplaire et ça me faisait un peu peur. Je me souviens que je ne me maquillais pas, que je me livrais totalement. Là, j'ai touché du doigt quelque chose qui a changé ma façon d'aborder les personnages et vous ne pouvez pas savoir la liberté que ça m'a donné !"

Bruno Wolkowitch
est Xenob T. Graham...

... être au physique repoussant inventant la dynamo dix ans avant Edison. Lequel lui aurait "piqué" ensuite son idée ! L'acteur retrouve lui aussi le Marigny où il interprétait en 2008 le psychiatre dans Equus mis en scène par Didier Long.


Difficile de parler d'un rôle que l'on n'a pas encore travaillé, mais il est toujours agréable de retrouver Bruno Wolkowitch qui trouvera pourtant matière à exprimer son plaisir. "Cette pièce me fait penser au théâtre élisabéthain. Une pièce de Marlowe ou Middleton traduite en français par exemple. C'est une espèce de mélodrame baroque qui se déroule dans un immeuble dont les occupants reflètent la société. Il y a du grotesque, du sang, de la sexualité, ce pourrait être tout à fait contemporain de Shakespeare. Il y a aussi une vraie langue et j'ai eu un coup de foudre absolu ! Le donneur de bain passe d'un étage à l'autre et sous son action chacun va se révéler à lui-même." S'il ne joue encore qu'à la balle au prisonnier ou à un, deux, trois soleil, l'acteur jubile déjà à l'idée de ce personnage étrange qui lui est dévolu. "Je vais être absolument ignoble, plein de pustules ! Vous vous souvenez de Freaks de Tod Browning ? Eh bien, je suis entre ça et Quasimodo. Je sens mauvais mais mon âme est folle d'amour pour la pute du troisième ! Et je suis une espèce de rat des caves, physicien qui invente la dynamo. Je dois être repoussant mais avoir une pépite dans le cœur. Il va falloir trouver l'attitude physique, jouer avec le maquillage, composer... Ah ! Ce rôle, ce rôle ! C'est passionnant." De Dan Jemmett il connaît bien les mises en scène pour avoir vu pratiquement tout ce qu'il a monté en France. "Je trouve qu'il y a dans ses spectacles un plaisir contagieux. Comme dans les films des frères Coen il y a quelque chose de décalé sans être loufoque, qui me touche ou me fait rire. Même l'opéra de Berlioz qu'il vient de monter j'ai trouvé ça formidable. J'ai vraiment hâte de commencer !"
Dossier par Jeanne Hoffstetter
Paru le 15/05/2010

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