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D.R.


Michel Jonasz
est “Abraham”
Second volet, après "Chanson française", d'une trilogie consacrée aux musiques qu'il aime et qui ont bercé sa vie d'artiste, "Abraham" est une pièce de théâtre, un hommage rendu à la musique tzigane mais, plus encore, à la vie de son grand-père.
Passé le grand bureau où s'affairent deux assistantes, la cuisine au petit air de campagne est accueillante. Le maître des lieux devant ses fourneaux, cuisinant pour ceux qu'il aime ? L'image n'a rien d'incongru. "Oui, je fais ça ! On se retrouve en famille, on discute, on mange ensemble, j'essaie de perpétuer la tradition. Ma grand-mère était une excellente cuisinière et je regrette beaucoup de n'avoir pas noté ses recettes." Abraham ? Abraham était ce grand-père maternel qu'il n'a pas connu, mais qu'il porte aujourd'hui sur le devant de la scène. "C'est un hommage à la musique tzigane, mais surtout un prétexte pour raconter l'histoire de ce grand-père qui vivait en Hongrie et dont j'ai souvent entendu parler." Pour évoquer la vie d'Abraham, au rôle de conteur Michel Jonasz préfère celui d'interprète et se glisse dans la peau de ce grand-père juif polonais, qui, à 20 ans quitte à tout jamais son pays, s'installe en Hongrie, ouvre commerce, se marie, a des enfants, et devient cantor dans les synagogues. Abraham, pièce de théâtre écrite, mise en scène, et interprétée par lui-même est donc ponctuée de musiques et de chansons. Car il chante à merveille ce grand-père et ne s'en prive pas, jusqu'au jour où sa vie se perd à tout jamais dans les brumes de la déportation.

"Aucune vie ne ressemble à une autre, chacune a sa propre musique"

"Abraham raconte sa vie comme s'il se la racontait à lui-même. J'ai, bien sûr, puisé mes sources d'information auprès de ma mère, puis j'ai joué entre le réel et l'imaginaire, mais ce doit être proche de ce qu'il était. Il est évident que bien des juifs ont connu tout ce que je raconte. Si vous voulez, il s'agit d'une vie qui en symbolise d'autres tout en étant pour moi un devoir de mémoire par rapport à l'histoire du peuple juif." En expliquant ce qui l'a poussé à consacrer des mois à ce qu'il n'est pas loin de considérer comme une obligation pour sa conscience, Michel Jonasz tient à préciser que "La vie a fait que je suis d'origine juive hongroise, mais j'aurais aussi bien pu être un enfant tibétain ou palestinien, ou naître dans une famille algérienne, j'aurais alors raconté une tout autre histoire. Donc j'insiste, je ne raconte pas un petit truc nombriliste de famille, non, s'il y avait un message, il serait le suivant : 'Pour moi, chaque vie est sacrée.' Lorsque l'on dit que tant de millions de juifs ont été victimes de cette machine de mort mise en place par les nazis, il faut aussi penser aux massacres terribles des Tutsis, des Hutus et à bien d'autres... Ce qui est sidérant c'est le côté abstrait des chiffres, que veulent dire 6 millions de juifs ? Rien. Je vous dirais 3 millions, 1 million, qu'est-ce que ça changerait ? Mais raconter la vie d'une personne, quelque chose se passe, on est touché. Ce qui est important c'est qu'aucune vie ne ressemble à une autre, chacune a sa propre musique."
Portrait par Jeanne Hoffstetter
Paru le 13/12/2009

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