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Sylvie Testud
D.R.


Sentiments provisoires
Après "Nuit blanche" et "Le Voyage", Gérald Aubert décortique
la rupture amoureuse à travers l'histoire de Marc et Félix :
leur amitié de longue date résistera-t-elle à l'amour qu'ils portent respectivement à Hélène, qui a, quant à elle, choisi
de quitter Félix pour refaire sa vie avec Marc ? Pierre Arditi,
François Berléand et Sylvie Testud donnent corps à cette réflexion sensible mise en scène par Bernard Murat.
2 questions à Gérald Aubert

Quelle réflexion sur la rupture amoureuse cette création propose-t-elle ?

C'est la première fois que j'écris une pièce où il est question d'amour. J'avais envie de témoigner de la fragilité des sentiments et de la solidité du lien. Les sentiments sont provisoires, fluctuent, en fonction d'un coup de fil, d'un geste, alors que le lien peut perdurer une vie entière, même après une rupture. Lorsque le rideau se lève, on apprend tout de suite que la séparation a eu lieu. Les protagonistes l'étudient d'une manière presque entomologique. Je souhaitais qu'aucun des comédiens ne quitte la scène : quand deux personnages dialoguent entre eux, le troisième reste présent - dans un autre lieu mais avec nous - et il prononce lui-même un monologue qui se mélange au discours des deux autres. C'est une histoire à trois : l'absent ne peut être mis de côté. Il s'agit toutefois d'une comédie. Je voulais aborder ce thème avec une vraie légèreté, même si la situation n'est pas joyeuse : il est des êtres qui ne peuvent s'empêcher d'être drôles dans leur façon d'être et de penser, quelles que soient les épreuves qu'ils subissent.

Vouliez-vous également illustrer le fait qu'une véritable amitié s'apparente à une histoire d'amour et, qu'à ce titre, il est tentant de vouloir tout partager, y compris les amours de l'autre ?
J'ai, en effet, mis en relation ces deux sentiments très forts. Marc et Félix sont des amis d'enfance. Félix (Pierre Arditi) est scénariste pour la télévision. Marc (François Berléand), prof de lycée en banlieue. Ils sont inséparables, ce qui n'empêche pas une jalousie et rivalité qui cultivent cette amitié. Marc est un mâle dominant, à la fois dans son couple, où il est le Pygmalion d'une jeune femme de vingt ans sa cadette, mais également dans sa relation avec Félix. C'est pourtant le personnage qui perdra tout, puisque son meilleur ami le trahira en le séparant de celle qu'il aime. Hélène est une femme de 30 ans, libre, qui a vécu pendant dix ans un amour profond avec Félix mais elle ressent le besoin de passer à autre chose. Avec la vie qui s'est rallongée, le fait de pouvoir divorcer sans que cela ne constitue un scandale, je pense que nous sommes tous voués à vivre plusieurs histoires d'amour et que toute histoire d'amour est vouée à une rupture. À ce titre, le spectateur devrait retrouver sa propre histoire à travers celle de ces personnages.


Rencontre avec Sylvie Testud

Un vendredi à marquer d'une pierre blanche. Rencontrer une actrice de premier plan que l'on tient pour l'une des plus douées de sa génération - son impeccable composition de Christine Papin dans Les Blessures assassines, son mimétisme troublant avec Amélie Nothomb et Françoise Sagan dans les films d'Alain Corneau et Diane Kurys - est toujours grisant... et intimidant. Sylvie arrive, souriante et naturelle. Les éloges et le succès n'ont pas eu raison de sa générosité et son discours témoigne de l'intelligence de ceux qui ont su garder recul et humour sur leur condition. Sylvie se déclare flattée : "Quand j'avais 20 ans, on me proposait beaucoup de rôles de femmes en difficulté, mais là, ça fait un petit moment que l'on me propose des rôles de séductrices. La première fois, je pensais même que c'était un accident ! Hélène est en quelque sorte un idéal féminin. Alors qu'elle tournait la page de ses amours adolescentes, elle s'est laissée séduire par un homme mature dont l'expérience a fait grandir sa jeunesse. Et subitement, parce qu'elle est allée au bout de leur histoire, elle tire sa révérence et choisit un autre homme. D'abord réduite à l'état de chose sensuelle, elle finit, par son caractère droit et fort, sans désir de revanche ni d'envie de blesser, à inverser la vapeur et trouver sa place. Ce qui est exactement l'image de la femme libre que l'on voudrait toutes être : séduire sans en avoir l'ambition - ce qu'il y a de plus satisfaisant puisque vouloir trop plaire, c'est le plaisir des moches, comme dirait Renaud !" Plaire ou ne pas plaire, pour une comédienne, telle est justement la question : "Souvent, j'entends des acteurs dire qu'ils rêvent de jouer tel personnage. Je pense que c'est une grossière erreur car cela signifie qu'ils en ont une idée préconçue. Un personnage, c'est de l'encre sur du papier. Si vous n'avez pas la possibilité de le rencontrer dans son univers, il y a une chose mathématique qui n'opère pas : la magie. Elle ne peut arriver que dans un lâcher-prise. La meilleure façon de séduire est d'être soi. Ce sont les autres qui vous fantasment dans un rôle. La seule décision qui nous appartient est de basculer ou non dans leur fantasme." L'encre sur le papier, Sylvie sait aussi la manier. Avec une fantaisie mordante. On se souvient de ses chroniques jubilatoires sur sa vie de comédienne (Il n'y a pas beaucoup d'étoiles ce soir) ou de son incapacité, par sa redoutable imagination, à ne pas faire de sa vie un film de tous les dangers (Le ciel t'aidera). Alors que sortira bientôt sur grand écran l'adaptation de son roman Gamines, Sylvie nous promet pour 2010 un nouveau récit chez Fayard : Chevalier de l'ordre et du mérite. "Une femme essaie de vivre suivant la charte de la bienséance et du bon comportement civique, ce qui est tout bonnement impossible : essayez, vous mourrez ! L'inquiétant est qu'une majeure partie de la société aimerait tendre à une décision globale alors que trop d'interdits et de moutonnage sont ravageurs pour le cerveau et peuvent générer des monstres d'ambivalence, rutilants à l'extérieur et tordus à l'intérieur." D'ici là, nous aurons découvert Sylvie en héroïne de bande dessinée : elle est Calamity Jane dans le Lucky Luke de James Huth.
Dossier par Alain Bugnard
Paru le 29/12/2009

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