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Sara Giraudeau
Bruno Perroud


La Nuit des rois
au théâtre Comédia
Nicolas Briançon met en scène la dernière des comédies écrites par Shakespeare. Acclamé au Festival d'Anjou ce spectacle jubilatoire, plein de gaieté et de fantaisie, s'installe à Paris.
Sara Giraudeau
joue Viola


On se quitte et l'on s'embrasse comme deux amies, ainsi est Sara Giraudeau, 23 ans, chaleureuse, spontanée, joyeuse, mais aussi volontaire et très douée. Les pieds sur terre, elle vole pourtant, car pour elle, les projets s'enchaînent, La Nuit des rois débute, qu'un autre se profile déjà pour l'an prochain aux côtés de sa mère. De retour d'Anjou, encore tout à la joie d'une expérience inédite, elle raconte : "J'ai découvert ce qu'était le théâtre de plein air, il m'a procuré des sensations de plaisir immense, il apporte une telle grandeur que l'on est complètement emporté. C'était très beau, malgré le fait que je tremblais de partout ! Et puis, c'est la première fois que je joue Shakespeare. Tout en étant lyrique cette pièce nous met face à des situations complètement surréalistes... Pourtant, à la première lecture, on est tellement pris par sa densité, sa poésie, qu'on ne perçoit pas forcément le pouvoir comique qu'elle contient.

" En résumé : Viola et son jumeau Sébastien (Thibaud Lacour) sont sur un bateau. Le bateau fait naufrage sur les côtes du royaume d'Illyrie. Se croyant alors perdus l'un pour l'autre, ils suivent chacun leur chemin, le destin se chargeant de leur jouer bien des tours abracadabrantesques au terme desquels ils connaîtront enfin le bonheur. "Viola est un personnage génial parce qu'il est le point central de la pièce, celui qui malgré lui oriente toujours les choses de manière imprévue. Elle commence par se travestir en homme pour entrer au service du duc Orsino qui règne sur le royaume et dont elle tombe éperdument amoureuse. Le travestissement est déjà très intéressant pour une comédienne ! À partir de là, les situations s'enchaînent, complètement rocambolesques, qui font que plus personne ne contrôle rien..." Les choses se bousculent tant et si bien qu'elle dit en riant qu'elle a décidément du mal à s'exprimer. Ce qu'elle fait pourtant parfaitement.

Elle dit encore que ce qu'elle aime dans la nature de Viola, c'est ce côté naïf sans l'être totalement : "Elle est généreuse et amoureuse de la vie, de l'humain, complètement en attente des autres. Elle ne porte en elle aucune fourberie, ce qui va la conduire petit à petit à se faire bouffer complètement. Mais tout ça n'arrive pas pour rien, et, au final, elle parvient à attraper son dû, enfin... son amour Orsino !" Et Sara de rire de bon cœur en dégustant ses frites. Cette part de gaieté, d'amour pour les gens et la vie qui émanent de Viola, elle l'admet, ne sont pas éloignées d'elle-même. "Oui, c'est vrai, et cette manière toujours positive de voir les choses, de vouloir qu'elles soient belles, conduit parfois à de grosses déceptions ! Je suis une grande rêveuse, la vie est un bout de bonheur et pour qu'il soit plein il faut absolument rêver. Ce métier est magnifique pour ça et nous avons beaucoup de chance de le faire !"


Yannis Baraban
est le duc Orsino


Au théâtre, à la télévision, il change de rôle et de costume aussi naturellement que le caméléon change de couleur. Accompagnée d'un regard aussi bleu que celui de sa jeune partenaire, sa haute silhouette s'impose. D'une voix belle et chaude, il coupe volontiers ses considérations sur son métier - qu'il dit n'avoir pas forcément fait à la base pour de bonnes raisons - de plaisanteries. La Nuit des rois l'enchante lui aussi qui n'a jamais joué Shakespeare.

"C'est une comédie dont la structure est étonnamment moderne, c'est-à-dire qu'au-delà des comtes, des seigneurs et de leurs valets, Shakespeare à la différence de Molière, a une façon très sèche de traiter les situations. Je veux dire que les scènes sont très courtes, ce qui apporte une sorte de frénésie incroyablement percutante et que le rire trouve pleinement sa place aujourd'hui. On détourne un peu là tous les a priori que l'on pourrait avoir sur Shakespeare : une langue trop riche et indigeste, les drames..." Farce, comédie, comédie romantique, comment qualifier La Nuit des rois ? "On est dans la comédie romantique, les sentiments avec Orsino, Viola et Olivia, dans une farce rabelaisienne avec Sir Toby et Sir Aguecheek. Le clown, lui, nous ramène à Beckett, à Ionesco, à des personnages complètement iconoclastes. On peut y voir aussi du Feydeau, du Marivaux...

Shakespeare est pour moi le plus grand auteur, c'est un patrimoine mondial et ce n'est pas pour rien !" Actuel malgré son grand âge, accessible, contrairement à ce que beaucoup peuvent penser, incroyablement pertinent tant dans le rire que dans les pleurs, il ne faut sous aucun prétexte passer à côté de Shakespeare ! Intarissable, Yannis Baraban s'enflamme pour sa découverte. Il joue le comte d'Orsino. "Ce qui est amusant avec Shakespeare c'est qu'à un moment, il est comte, à un autre, il est duc, on ne sait pas trop. Il s'agit juste de montrer qu'il est d'extraction noble. C'est un personnage extrêmement fort, très beau parce qu'il est foudroyé par son amour pour Olivia qu'il a vue un jour se baigner nue dans la forêt et qui refuse totalement de le voir car elle porte le deuil de son frère.

Il est dans l'excès, muré dans l'obstination qu'il a d'arriver à ses fins, mais il n'est pas dupe de cette passion, ce qui le rend attachant. C'est par lui qu'Olivia va rencontrer Viola dont elle va tomber amoureuse, la prenant pour un homme sous son travestissement." Face aux nombreuses représentations qui se profilent, Yannis Baraban se réjouit tant il sait que chacune d'elles sera porteuse de nouveauté grâce à un texte qui ne limite jamais l'expression des émotions. Il y a tant de choses à faire, de sens où aller, avec le soutien du metteur en scène, qu'une liberté folle se dégage du spectacle. "C'est jubilatoire et si l'accueil est le même à Paris, ça promet des soirées magnifiques et de beaux applaudissements !"
Dossier par Jeanne Hoffstetter
Paru le 22/09/2009

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