Connexion : Adhérent - Invité - Partenaire
Accueil Qui sommes nous Nos services Comment adhérer Questions courantes Contactez nous

D.R.


Ça bute à Montmartre
Trois compagnies, six metteurs en scène et une trentaine d'acteurs vous invitent, à travers sept courtes pièces d'épouvante venues du Grand Guignol, à venir frissonner durant l'été.
Qu'est-ce au juste que le Grand Guignol ? Divertissement théâtral aussi macabre que jubilatoire, il faisait se presser au pied de la butte Montmartre intellectuels, artistes et bourgeois avides de frayeurs et désireux de s'encanailler. Ouvert en 1897 au fond de l'impasse Chaptal par un certain Oscar Méténier alors "chien de commissariat", le théâtre du Grand Guignol ferma définitivement ses portes en 1963 abandonnant au passé ce genre théâtral particulier. "Je me reproche de ne pas assez fréquenter le Grand Guignol. Le seul 'théâtre d'épouvante' qui nous reste mérite plus d'assiduité et de considération", disait Colette. À la veille d'un été parisien qu'ils s'emploient à rendre divertissant, Frédéric Jessua, initiateur du projet, producteur, metteur en scène et comédien, Isabelle Siou parlent avec gourmandise de ces friandises oubliées, qu'à loisir, nous pourrons picorer en semaine ou dévorer d'un seul coup le week-end.

Frédéric Jessua
fondateur de la compagnie Acte6, joue et met en scène deux pièces


"Le Grand Guignol est un genre qui pourrait paraître un peu désuet mais il est intéressant, car il touche directement au rapport entre le spectacle et le spectateur, le but étant ici de lui faire peur. Raison pour laquelle on se doit absolument de l'intéresser, sinon ça ne marche pas. Les pièces, inspirées des faits-divers de l'époque et écrites entre 1912 et 1957, exception faite de celle qu'est en train d'écrire Jean-François Mariotti, étaient courtes, très rythmées et constituées de deux actes mettant en scène cinq ou six personnages caricaturaux. Des effets spectaculaires, des coups de théâtre provoquaient de vives réactions du public. Mais, comme le théâtre élisabéthain - bien qu'évidemment les textes n'avaient rien à voir -, le Grand Guignol a eu une vie très courte." Passionné par son sujet Frédéric Jessua précise qu'il ne s'agit pas là d'un genre mineur, que de grands auteurs, tel Courteline, ont présenté des pièces au Grand Guignol, que ce théâtre avait un succès fou. "C'était un théâtre très bourgeois à la base. La plupart des auteurs étaient médecins, avocats, journalistes et savaient ce dont les gens avaient besoin pour s'amuser et se procurer des émotions : un peu d'horreur et beaucoup d'érotisme ! Si ça se passait au pied de Montmartre qui jouissait d'une réputation d'endroit mal famé, ce n'est pas pour rien ! Aujourd'hui, il est intéressant de se demander ce qui peut faire peur aux gens, et ce n'est certainement pas l'acteur qui roule de gros yeux ! Il y a d'autres ressorts que l'on s'amuse à trouver. On joue toujours sur le fil, car si l'on commence à parodier, à faire le malin avec les textes, on se plante. C'est un régal pour les acteurs !"

Isabelle Siou
metteur en scène et comédienne


Bien loin de la Marie Stuart de Schiller qu'elle interprétait magnifiquement au Théâtre 13 l'an passé et qu'elle reprend en juillet en Avignon, la blonde comédienne oppose à la grisaille ambiante un regard pétillant de plaisir. Elle met en scène Le Baiser de sang et s'enthousiasme pour cette aventure originale. "Chaque pièce du Grand Guignol présente une seule situation sur laquelle tout le monde est rassemblé, comme pour une énigme à résoudre. Il faut donc, dans un temps très court, aller droit au but. Le public de l'époque était constitué de gens qui savaient s'amuser, qui avaient de l'argent et qui partaient en soirée, c'était l'expression, au Grand Guignol. Il y avait même des chambres fermées qui permettaient d'aller s'encanailler avec sa nana... C'était une période où l'on recherchait les émotions... Mais deux guerres sont passées par là et les gens n'avaient plus envie de voir des horreurs, alors peu à peu ce genre de spectacle s'est éteint. Nous venons juste de faire notre premier filage et en tant que comédienne ça fait peur, il faut aller vite dans la parole tout en étant lâché, plutôt lent, dans le corps ! C'est un exercice très intéressant. Pour la mise en scène, je n'ai pas essayé de faire mon artiste, il faut être précis, réaliste dans le décor et les accessoires, aller vite tout en sachant poser des silences. C'est assez musical, finalement... Le mot de la fin ? Venez au spectacle vous divertir sans penser que vous allez ressortir différents, venez vous amuser !"
Dossier par Jeanne Hoffstetter
Paru le 17/07/2009

-
Haut