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© Laurencine Lot


Laurent Terzieff
“Pour moi le théâtre n’est pas ceci OU cela, mais ceci ET cela”
Après "Temps contre temps" qui avait, en 1993, obtenu trois Molière, Laurent Terzieff monte et interprète "L'Habilleur", autre pièce du dramaturge Ronald Harwood.
Il est la courtoisie faite homme, quels que soient les soucis, les déceptions et les difficultés qu'engendrent la préparation d'un nouveau spectacle, et celui-ci est lourd à porter pour ses faibles moyens, il fait montre chaque fois de la même disponibilité, de la même attention. Il est acteur. Il lui faut parler de son art, s'expliquer, coller à l'image. Il le fait, souriant. Ses propos empreints de philosophie vous font oublier jusqu'à l'existence même des mots factices et superflus. L'essentiel prend avec lui toute sa dimension. "Il faut que le travail et toutes les difficultés de ce métier deviennent notre bonheur, sans ça on ne peut y arriver." Laurent Terzieff aime dire que le théâtre est pour lui le lieu où se rencontrent le monde visible et le monde invisible. Le lieu où l'action épouse l'imaginaire, où ses fantômes espèrent croiser ceux de son public. L'Habilleur invite cette fois à la rencontre. Une troupe de théâtre itinérante dans l'Angleterre en proie aux bombardements nazis. Au cœur de la troupe, un vieux comédien despote et dépressif refuse un soir de jouer Le Roi Lear. Son habilleur usera de tous les stratagèmes pour le ramener à la raison.
"La pièce rend compte de ces troupes nomadisées dirigées par un acteur, que l'on voyait beaucoup en Europe depuis le XVIIe siècle jusqu'à la fin des années 30. Le chef de file jouait tous les grands rôles comme le faisait Molière. Elles travaillaient dans des conditions épouvantables, mais étaient très fières de leur répertoire et avaient le sentiment qu'à travers lui, elles sauveraient le monde. L'idée généreuse qui traverse le théâtre d'Harwood rejoint cette obsession qu'à travers l'art, l'humanité peut être sauvée. C'est utopique, naïf, mais je le pense aussi. Comme le pensait Furtwängler en Allemagne en jouant Beethoven, quitte à ce que ce soit récupéré par les nazis. Dans 'L'Habilleur', mon personnage a pour modèle Donald Wolfit un célèbre acteur mégalomane et grandiloquent dont Harwood avait été l'habilleur. Je me méfie beaucoup des pièces qui ont pour sujet le théâtre car elles en imposent une vision globale et expliquée. Mais j'ai été fasciné par le côté Janus de la relation qu'entretiennent l'habilleur (Claude Aufaure est prodigieux) et son maître. Au fond, ce sont les deux faces d'un même personnage, comme il y a ce miroir entre la névrose du maître et la folie de Lear, entre les bombes qui tombent sur la ville et la tempête. Ce que j'aime dans le théâtre anglo-saxon, c'est qu'il ne laisse à personne le droit d'interférer dans la lecture que chacun peut en faire. Pour moi le théâtre n'est pas ceci OU cela, mais ceci ET cela. Il est ce que l'on en attend. J'aime la formule admirable d'Adamov 'Le théâtre, c'est un temps réinventé dans un espace transfiguré', j'y ai beaucoup pensé en faisant ma mise en scène. J'aimerais que le public devienne figurant et soit aussi spectateur de Lear en 1941. Je crois que c'est induit dans ce que voulait l'auteur dont je reste le débiteur. L'écriture du metteur en scène s'inscrit pour moi dans le prolongement du texte. Le théâtre est la symbiose entre les deux."
Portrait par Jeanne Hoffstetter
Paru le 16/04/2009

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