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D.R.


Equus
Armé d'un crochet métallique, à la nuit tombée le jeune Alan Strang pénètre dans l'écurie d'un manège, et crève de sang-froid les yeux des six chevaux dont
il s'occupait...
Partant de ce terrifiant fait divers, Peter Shaffer brode une pièce captivante qui nous entraîne jusqu'au mystérieux tréfonds des êtres humains. Un spectacle magnifiquement servi par la mise en scène intelligente et sensible de Didier Long, et des comédiens (Julien Alluguette, Delphine Rich, Didier Flamand, Astrid Bergès-Frisbey), tous remarquables.

Christiane Cohendy est la mère d'Alan
Actrice et metteur en scène, on ne présente plus cette comédienne honorée de récompenses, et dont le talent s'exprime du cinéma à la télévision, du théâtre classique au contemporain. Ce rôle, elle le savoure avec une gourmandise évidente. "Je trouve la pièce et chacune des partitions relatives, qui entourent les deux héros que sont le jeune Alan et son psychiatre, tout à fait passionnantes. Il y a là une construction originale qui tient le spectateur en éveil, la thérapie devient l'action même de la pièce, palpitante. Elle convoque de magnifiques personnages qui ont aussi leur mystère." Bien que ce rôle ne soit pas le plus important, le personnage profondément catholique de Dora s'impose d'emblée, colle au destin d'Alan, auteur d'un acte odieux, tourne autour, le dessine, l'efface, recommence, se calme puis s'emporte... Car pour elle, Dieu n'existe pas sans le diable. "Cette mère qui m'échoit, Dora, est si vivante ! On comprend bien que les parents d'Alan, chacun dans sa vision différente du monde, ont essayé d'être de bons parents. Pourtant à un certain moment, quelque chose devient, pour elle, impossible à assimiler, et j'ignore si c'est dû à sa rigueur catholique ou à ses sentiments maternels. La foi, bien sûr, pose la question du mal. Et son manichéisme, qui n'apparaît pas forcément recevable aujourd'hui, est pour Dora l'unique recours face au processus scientifique de l'analyse qui la culpabilise totalement. Bonheur pour moi que cette aventure qui m'a permis de découvrir l'intelligence et l'enthousiasme de Didier Long. Je rends hommage à sa vision, à sa façon d'inspirer et de guider ses acteurs, de les accompagner dans la joie et la tenue de chaque représentation. Il a su constituer une équipe fervente et profondément soudée !".


Bruno Wolkowitch est Martin Dysart, le psychiatre
Le regard bleu et profond qu'il pose sur vous, sur le monde et sur les personnes qui l'entoure, est celui de quelqu'un qui ne triche pas et ne saurait se satisfaire des règles imposées, ni de la superficialité des choses. Le regard de quelqu'un qui danserait avec la vie, "collé-serré". Conservatoire national, Comédie-Française et dix ans de théâtre n'y font rien, cet homme est un angoissé. Et parce qu'il joue constamment la peur au ventre, sans plaisir ni partage, il abandonne brutalement le théâtre pour se consacrer aux écrans petits et grands. Douze ans passent avant qu'il ne retrouve la scène. Lagarce, Strindberg, Shaffer... Depuis 2005, il est heureux sur les planches où il donne toute la mesure de son talent. Pour la deuxième fois, il retrouve son metteur en scène et ami Didier Long. "Ce rôle, ça fait trente ans que j'y pense ! Tout jeune, j'avais vu la pièce avec François Périer, ainsi que le film avec Richard Burton, mais je vois le personnage d'une manière totalement différente." Toujours interprété par des comédiens plus âgés, le rôle confié à Bruno Wolkowitch crée un rapport malade-médecin d'autant plus subtile qu'il est accentué par une certaine ressemblance physique entre Alan et Dysart. "L'auteur avait noté : Dysart, psychiatre, 45 ans. Par rapport à tout ce qui est développé dans la pièce sur la sexualité, c'est plus crédible. Le fait qu'il ait l'âge d'être le père d'Alan rend les choses plus intéressantes, et le questionnement d'un praticien, dans la force de l'âge, apparaît plus évident pour les spectateurs que celui d'un psy en fin de carrière. Je ne dis pas que ceux-là ne se posent plus de questions, je parle de l'image que représentent les cheveux blancs. Dysart est un personnage dont je me sens proche, je comprends les questions qu'il se pose peu à peu face à la folie d'Alan qui a vécu jusqu'au bout sa passion alors que lui ne la vit qu'à travers les livres. Dans ce cas, soigner oui, mais que fait-on de la normalité ? C'est ça le thème central de la pièce, celui qui me touche et me passionne.".



Quatre questions à Didier Long

Au-delà du rapport psychiatre-malade, de nombreux thèmes s'entrecroisent dans la pièce de Peter Shaffer...
La richesse d'Equus réside dans la multitude des thèmes abordés : la quête d'identité des adolescents face à l'éducation familiale, le poids de la religion et du matérialisme, la différenciation sexuelle et ses conséquences sur l'entourage et sur la société. La pièce interroge sur le bien-fondé du concept de normalité, de la vérité imposée confrontée aux fantasmes individuels. Elle oppose les souvenirs forcément mensongers à la réalité des actions passées comme une mythologie des temps modernes.

La solitude de l'être humain est terriblement prégnante...
Chaque personnage est seul face à une obligation de remise en question. Il est partagé entre la revendication de ses idéaux et son incapacité à se suffire à lui-même. Un hymne à l'interdépendance de nos vies, de nos actions et de la tolérance.

Trois danseurs en costume de ville incarnent des hommes-chevaux...
Ils rejoignent la symbolique de puissance, d'ambiguïté de la virilité, de liberté domestiquée, l'idée du "beau". Je voulais que ces chevaux soient des projections d'Alan, une démultiplication du même personnage qui traduit un rapport onaniste du jeune homme à la sexualité, une revendication du "moi je" qui l'emprisonne et qui le fait s'identifier à son Dieu.

Comment voyez-vous Equus ?
C'est une pièce aux allures de tragédie antique. Tous les personnages sont emblématiques d'un rouage de l'histoire d'Alan et de celle du médecin, qui se découvrent peu à peu l'un au travers de l'autre, en écho. J'ai voulu que les scènes se croisent, que tous les personnages restent sur le plateau durant toute de la pièce. Ils entendent donc les discours qui les concernent et s'en nourrissent. De plus, ça soude une troupe de manière exceptionnelle.?
Dossier par Jeanne Hoffstetter
Paru le 15/11/2008

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