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© Festival de Ramatuelle J.-M. Fichaux


Marie Laforêt
“… être libre suppose beaucoup, beaucoup de travail”
Dix ans après avoir interprété la Callas de "Master Class", elle reprend son rôle dansune nouvelle adaptation, et retrouve son metteur en scène Didier Long.
Qui l'avait vue au Théâtre Antoine se souvient d'une salle comble, debout, bouleversée, les larmes au bord des yeux applaudissant à tout rompre la comédienne. C'était un de ces bonheurs hors du temps, magique, que le théâtre offre parfois. S'inspirant des cours de chant que "la Divina" prodiguait à la Julliard School of Music de New York au début des années 70, qu'il avait lui-même suivis, l'auteur écrit un texte éblouissant. "Pas d'applaudissements. Nous sommes ici pour travailler", lance, d'emblée, la cantatrice à ceux qu'elle s'amuse à appeler "[ses] victimes". L'art est pour elle une prise de pouvoir. Il est émotion, travail, encore et toujours ! La pièce nous plonge d'entrée dans "la fosse aux lions" dont pas une seconde nous ne songerons à nous évader, n'écoutant que les aboiements de Callas, ses caprices de Diva, ses lamentations. "J'aboie, j'aboie même bien, mais je ne mords pas", dit-elle. Avoir vu Marie Laforêt c'était aussi se demander qui, de Callas ou d'elle-même, était sur scène. "C'était moi à 3 000 %, dans la plus grande authenticité. C'est-à-dire : Elle. Car tout ce qu'elle dit je le pense profondément, donc je n'ai pas besoin de jouer Callas. J'ai simplement à affirmer ce que c'est qu'être artiste. On est méditerranéennes toutes les deux, on réagit de la même façon, on a une architecture émotionnelle très semblable et des expériences vitales en commun, comme la déception amoureuse et la faim." Pour autant, n'avoir pas besoin de jouer ne signifie pas se laisser aller au naturel. "Je sais exactement quel est le projecteur qui va s'allumer quand je vais dire telle phrase. Je parle en mesure car j'ai la musique derrière moi, et je sais qu'à la quarante-deuxième mesure, je dois dire tel mot. Il y a derrière tout ça un aspect très technique, car être libre suppose beaucoup, beaucoup de travail."

À la veille de cette reprise, on la retrouve telle qu'en elle-même, gaie, exigeante et sans concessions. Marie qui aime, Marie qui râle, Marie colère : la politique, la droite, la gauche c'est kif-kif bourricot, la démocratie, parlons-en ! Il y a trente ans déjà avec armes et enfants elle nous quittait pour la douceur, la justice helvétiques. "Là-bas au moins je ne m'énerve pas !" Mais n'allez pas croire, grand Dieu que c'était pour "planquer le magot", qu'elle n'avait pas du reste. "Je suis du signe de la Balance, précise-t-elle, je mets très longtemps à prendre une décision, mais quand elle est prise, c'est irrévocable !" Changez tout, changez tout, dit le chanteur... Ça vous donnerait des ailes une chanson, mais la vraie vie, c'est autre chose. Positive, Mademoiselle Laforêt reprend son tricot, une année à l'endroit, deux années à l'endroit, tout à l'endroit si possible. Passionnée d'art et d'histoire, elle apprend, travaille, "devient suisse corps et âme", et commissaire-priseur ! Pour écrire un livre sur Hérode le Grand, qu'elle voit plutôt comme un chemin initiatique personnel et ne publiera sans doute pas, elle fouille, étudie manuscrits, pierres et pièces de monnaie d'un autre âge en refusant d'avaler des couleuvres venues d'ailleurs. Les mauvais moments ? Elle en a eu sa dose, mais concède-t-elle : "Je regarde bien l'événement sous toutes les coutures, il est nettoyé, désinfecté et rangé. Je ne m'en souviens plus jamais !" Alors Marie rigole et s'en moque. Dix ans plus tard sa perception de la pièce a-t-elle changé ? "J'ai évolué, oui. Je suis peut-être plus dure que je ne l'étais avant... Disons que je suis sereine, et plus blindée en même temps. Didier a changé aussi, l'adaptation est encore meilleure cette fois, alors oui, il y aura des changements, une différence dans l'interprétation sans doute. Mais la signification profonde de ce texte majeur est intemporelle, et je perçois encore plus aujourd'hui la portée indispensable qu'il peut avoir sur notre société. Qu'il s'agisse de la peinture, de la danse, de la comédie, du chant... Qu'est-ce que l'art ? Comment doit-on l'appréhender, l'apprendre, l'exprimer ?" Entre plaisanteries et coups de gueule, elle s'enthousiasme pour À propos d'Hamlet montée récemment par "Monsieur Ostermeir", "Mon Dieu mais quelle culture ! Quelle intelligence ! L'humour en plus, la hauteur, la philosophie..." Elle se dit flattée de n'être jamais oubliée par Laurent Ruquier qui lui a appris tant de choses dans l'art de la comédie, "une mécanique d'une froideur absolue". Elle admire Francis Perrin : "Un metteur en scène de grande classe, une merveille, il peut monter ce qu'il veut, et c'est un type extrêmement gentil. Comme Jean-Claude Brialy : deux vrais gentils. C'est si rare !" "Enfin", conclut-elle, "je ne me bousille pas la vie avec de faux problèmes !".
Portrait par Jeanne Hoffstetter
Paru le 31/10/2008

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