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©A. Tezenas


Emmanuel Robert-Espalieu
Les poissons ne meurent pas d’apnée
En 2005, on lui confie la direction d'un atelier de théâtre à Ankara où il monte sa première pièce "Le Voyage de l'orange". Trois de ses textes sont déjà traduits en anglais et le voici joué au Marigny.
Dans les coulisses du Festival d'Avignon, des théâtres de la Colline et du Rond-Point, ou de la Comédie-Française, le jeune photographe attend le temps qu'il faut pour saisir sur le vif les acteurs. Il écoute et se passionne. Le théâtre est sa musique, les pièces, il les connaît par cœur et le voilà qui, à son tour, écrit. Deux courts-métrages, qu'il réalise. Le Cri avec Bernard Campan est applaudi dans de nombreux festivals. Mais, curieusement, le réalisateur se dit vacciné : "Trop d'intervenants, je n'avais pas la flamme." À sa grande surprise, alors qu'il pense écrire un long-métrage, c'est une pièce que sa plume fait naître. "Je crois qu'en quinze ans de photos en coulisses, mon cerveau s'est formaté au théâtre ! Cela dit, j'ai toujours écrit mais de manière clandestine. Écrire est pour moi une manière absolue d'exister, mais je ne fais lire mes textes que depuis 2003. C'était sans doute une forme de pudeur car je me mets totalement à poil dans mes textes !" En cinq ans, le voici à la tête de neuf pièces et d'un roman. Numéro 4 dans la liste, Les poissons ne meurent pas d'apnée est la première qui se joue à Paris. Christophe Lidon la met en scène, et dans le rôle des poissons : Tom Novembre et Roland Marchisio. Belle affiche au fronton du théâtre Marigny ! Mais au fait, que cache ce drôle de titre ? Une histoire d'hommes bizarres ? Une histoire bizarre de poissons ?

"La pièce exprime le refus d'accepter la différence. Sujet banal, mais que je traite de manière assez particulière. Tout part de deux types dans une piscine municipale, lieu aseptisé où les codes sociaux sont abolis. L'un porte un bonnet rouge, l'autre un bonnet bleu. Bonnet rouge, l'espèce dominante, va essayer de bouffer bonnet bleu." Que viennent faire les poissons dans l'histoire ? À moins que Beckett ne se cache au fond de la piscine... "On m'a dit que mon travail se situait entre Beckett pour le côté Godot et Monty Python, vous savez avec cette image à la fin du film, ces poissons à tête d'hommes qui regardent les humains évoluer en se disant qu'ils sont stupides. Deux références qui me flattent ! Ma pièce est une métaphore sur l'aberration des comportements, mais elle est drôle." De l'humour, des personnages intemporels, une écriture incisive, mais aussi "une forme de désuétude dans le langage, totalement assumée. J'aime les mots que l'on n'utilise plus", dit-il, souriant. Sélectionné en 2004 et 2006 au Festival de la correspondance de Grignan avec La Lettre bleue et Fume cette cigarette, il vient d'apprendre que Jean-Luc Revol y mettra en scène Courbet l'enragé, pièce conçue d'après la correspondance de Gustave Courbet, que Sara Giraudeau et Michel Fau interpréteront le 3 juillet. Pour lui qui aime la peinture L'Incrédulité de saint Thomas de Caravage résume la raison pour laquelle il écrit. "Au fond, mon travail est d'aller trifouiller dans les plaies que nous avons tous, en laissant une fenêtre ouverte sur la réflexion." Attention, auteur à suivre !
Portrait par Jeanne Hoffstetter
Paru le 08/09/2008

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