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© Wilhem


Jacques Weber
dans le gueuloir de Flaubert
Il s'offre à la plume d'Arnaud Bédouet, pour "Sacré nom de Dieu !" inspiré par la foisonnante correspondance de Flaubert. Lorsque colère, joie et liberté font la ronde, Jacques Weber jubile et nous aussi. À la Gaîté-Montparnasse.
Le regardant arriver, l'on ne peut s'empêcher de regretter que par négligence peut-être, ou parce que la vie à ce moment-là nous entraînait ailleurs, l'on ait manqué en 2006 son Cyrano. Ce Cyrano qu'il avait plusieurs fois incarné au long de sa carrière, avant d'avoir enfin eu l'audace de l'approcher au plus près de l'intime en le débarrassant de ses fioritures inutiles, sans jamais pour autant le trahir. Le comédien vient pour répondre aux questions, choisit sa table et vous invite à l'y rejoindre. Il s'agit aujourd'hui de Flaubert qu'il retrouve après dix ans, après Gustave et Eugène, première incursion dans la correspondance de l'écrivain, déjà due à Arnaud Bédouet. "Un homme de grand talent, brillant." Jacques Weber dit son enthousiasme pour Flaubert, pour Bédouet, pour leur rencontre à tous les trois. Très vite, on oublie le comédien que l'on sait grand, le metteur en scène, le réalisateur... pour ne voir que l'homme avec lequel il est bon de parler de la vie, la belle et ses plaisirs, et puis l'autre, celle qui vous fait bouillir de révolte et d'indignation. "Le théâtre est un espace de liberté où l'on s'exprime, mais il y a une différence fondamentale entre ce qui est donné et ce qui est reçu, c'est cette certitude qui nous fait revenir tous les soirs."

Il se trouve, justement, qu'en mai, Jacques Weber fera comme il lui plaît et laissera éclater une saine colère, épousant avec appétit la révolte flaubertienne. Sacré nom de Dieu ! "Il s'agit de la traversée d'une nuit durant laquelle il mélange tout : le drame de l'écrivain, le drame amoureux, celui du monde, mais aussi son rapport avec la critique, l'art et la politique. On se trouve d'un seul coup face à notre propre traversée d'un monde de plus en plus schizophrénique entre ce que nous en saisissons et ce qu'il est réellement. Je trouve que ce salutaire coup de gueule, cette douche pour éléphants, cette claque pour les endormis que nous sommes tous, est formidable !" Jacques Weber se garde cependant des amalgames et n'entrera pas dans l'éternel polémique du "Quoi de neuf ? Molière !". Ne tombera pas non plus dans la facilité en clamant : mon Dieu que Flaubert est contemporain ! Autant d'élucubrations qui, pour lui, ne veulent pas dire grand-chose. "Parlons plutôt de ces gens qui traversent si précisément leur époque qu'ils en deviennent intemporels, et par cette acuité spécifique à leur temps continuent à nous questionner."

"Le questionnement... C'est ce qui nous manque aujourd'hui"

"Racine fait un tabac aux Bouffes du Nord, tant mieux, mais je pense que c'est davantage dans une donnée archéologique, donnée nécessaire car pour que l'arbre bourgeonne, il lui faut des racines. Il faut sans cesse reconsidérer notre culture, notre passé, on y trouve souvent aussi la subversion nécessaire à la vitalité d'une époque." Il cite Barthes : "Ce qui nous bouleverse chez Racine, c'est le tragique de l'énoncé et pas celui du sentiment." Le consensus mou ? Jacques Weber n'a qu'une envie, celle de lui tordre le cou. L'inculture ? Idem, et pourtant, dit-il, "Nous sommes tous ignorants mais pas de la même chose. Désormais les réponses abondent et le questionnement nous manque, celui dont on retrouve les sources, les grands élans de la pensée, dans notre histoire, dans notre littérature, dans l'art...". Et de conclure : "Bon, ce que je veux dire, c'est que la révolte de Flaubert fait vraiment du bien !" Les grands maîtres sont toujours excessifs, lyriques, il le dit, il aime ça, parle du trait de Michel-Ange, du film There Will Be Blood "qui vous questionne profondément sur la nature humaine". Shakespeare aussi : "Ce foutoir génial, le plus grand questionnement de l'histoire de la littérature mondiale... Je crois." Le questionnement, toujours, l'humain et sa manière idiote de s'autodétruire. Cet homme omniprésent sur nos scènes et nos écrans, cet homme plein de vie avoue que, parfois, à tant se donner, l'âge se fait sentir, la fatigue, il doit se réfréner un peu, mais repart "hurler" avec Flaubert. Les honneurs, les distinctions, il en a fait moisson. Y est-il sensible ? "Honnêtement, oui et non, ça me touche comme un môme qui a été traité de con dans les lycées. Ça me touche pour mes parents qui, hélas, ne sont plus là. Mais, bien qu'il faille relativiser, ce qui m'a fait le plus plaisir c'est le prix d'Excellence à l'unanimité au Conservatoire ! Une distinction très rare." C'est un livre qu'il faudrait écrire avec Jacques Weber, il serait passionnant.
Portrait par Jeanne Hoffstetter
Paru le 26/06/2008

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