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Frédéric Jessua
D.R.


Jules César
Pièce shakespearienne politiquement contemporaine
Rencontre avec Frédéric Jessua, le metteur en scène, qu'on a vu comme comédien dans "Le Balcon" ou "L'homme qui a vu le Diable" à l'Athénée, et Serge Avédikian, l'interprète de Jules César, mémorable dans "Nous étions un seul homme" ou "Le Pull-Over rouge". Interviews croisées de deux hommes de théâtre que tout rassemble.
Pourquoi monter Jules César ?
Frédéric Jessua : C'est une très bonne pièce : une allégorie sur les paradoxes de la démocratie, avec des personnages riches, on passe sans cesse du tragique au comique, ça nous met face à "nos interrogations et nos responsabilités démocratiques". La Démocratie ne s'est jamais posée de question par rapport à la menace dictatoriale. Surtout, cette pièce de Shakespeare est très bien écrite, le texte est une partition, c'est de l'orfèvrerie, très bien traduite par Jérôme Hankins.
Serge Avédikian : C'est la première fois qu'est jouée cette traduction, n'est-ce pas ?
F. J. : Oui ! C'est la première fois depuis la réédition de cette pièce à la Pléiade. Jérôme Hankins a su retranscrire la musicalité du texte.
S. A. : Son travail est admirable, apprendre et dire ce texte sont un vrai plaisir, car c'est un écrit qui pousse à la démesure. Il a trouvé quelque chose par rapport à notre langue française, une vraie subtilité, une beauté. Et puis, la pièce possède une richesse, une aura, et ce qui est intéressant c'est qu'il pose des questions sans y répondre.

Frédéric, quels ont été vos partis pris pour la mise en scène ?
F. J. : Par rapport aux personnages, aucun. À mes yeux, ils ne sont ni bons ni mauvais, ils sont tous à la fois victimes et complices de cette machination. Les costumes ne sont ni antiques, ni contemporains, c'est assez intemporel. Le son est présent et important, car il est lui-même écrit dans la pièce - oui ! Shakespeare faisait pas les choses à moitié (sourire). La pluie, la nuit...
S. A. : La présence de la nature est très importante, car elle opère le lien vers le divin. Il y a des devins et du divin ! D'ailleurs, je trouve que cette part mystique est ce qu'il y a de moins contemporain, car le texte et la pièce en général sont, selon moi, très contemporains. C'est écrit comme un thriller. Il y a un homme qui a le pouvoir, il est très lucide, très conscient des gens qui l'entourent. Dans son microcosme élitiste, il reste pourtant très conscient du fait que le vrai pouvoir vient du peuple.
F. J. : Tout à fait ! Et c'est là où Shakespeare est très pervers, il nous montre un peuple qui a le pouvoir de faire la révolution...
S. A. : C'est une pièce sur la manipulation du pouvoir.
Donc vous, Serge, vous jouez Jules César...
S. A. : Oui... (Hésitant.) Pas seulement, mais on ne peut pas tout révéler. Jouer Shakespeare, et surtout ce personnage dans cette pièce est un régal. Il y a beaucoup de propositions ludiques, par exemple, il fait de Jules César, un homme de théâtre, qui reproche même à ses suivants de ne pas aimer le théâtre et donc de ne pas entendre la musique, de ne pas être ouvert à la vie ! Cassius, lui, n'aime pas le théâtre, il est donc capable de tuer ! Je suis très content de cette aventure, au-delà du fait que c'est mon fils qui joue Marc Antoine, ce qui nourrit sans nul doute notre travail, il y a une belle écoute mutuelle entre comédiens et avec Frédéric.

Frédéric, vous n'êtes pas uniquement metteur en scène...
F. J. : Non, c'est ma troisième mise en scène, j'adore diriger les comédiens, surtout sur des partitions comme celle-là. J'ai traduit aussi une pièce élisabéthaine et coécrit un scénario. Mais je suis comédien avant tout.



Serge Avédikian

Français, né à Erevan en Arménie, il est interprète au théâtre, au cinéma et à la télévision, mais aussi réalisateur. Un artiste d'exception, au parcours sans faille en 10 noms, 4 pièces de théâtre à succès et 6 films majeurs :

1978 Nous étions un seul homme, film réalisé par Philippe Vallois.
1979 Le Pull-Over rouge, film réalisé par Michel Drach.
1981 La Trilogie du revoir, pièce de Botho Strauss, mise en scène par Claude Régy.
1983 Les Paravents, pièce de Jean Genet, mise en scène par Patrice Chéreau.
1989 L'Orchestre rouge, film de Jacques Rouffio.
2000-02 La Ménagerie de verre, pièce de Tennessee Williams, mise en scène d'Irina Brooks.
2002 Aram, film réalisé par Robert Kechichian.
2004 Agents secrets, film de Frédéric Schoendoerffer.
2004 L'Illusion comique, pièce de Corneille, mise en scène par Paul Golube.
2006 Le Voyage en Arménie, film de Robert Guédiguian.
Et en 2007, Nous avons bu la même eau, film documentaire qu'il a réalisé, sur son retour dans son village d'origine, Soloz, en Arménie.
Dossier par Samuel Ganes
Paru le 13/06/2008

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