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© P. Delacroix


Interview croisée de Jacques Gamblin et François
dans “Les Diablogues” au théâtre du Rond-Point
Jacques Gamblin et François Morel interprètent les étranges compères imaginés par Roland Dubillard pour se jouer des mots, et faire chanceler notre logique. Rencontre avec deux pince-sans-rire dans le ton.
Jacques Gamblin : Finalement c'est trop lourd, on est très pris tous les deux, on ne peut répéter que trois jours.

François Morel : Et le matin seulement !

J. G. : Alors, du coup, tout est bouleversé, on ne joue pas Les Diablogues, mais Igor joue du violon, une autre pièce de Dubillard, plus simple à apprendre.

F. M. : Oui... T'as quoi, toi... Trois, quatre répliques, et moi deux, quelque chose comme ça ?



... Allez ! Dubillard est fréquemment assimilé au théâtre de l'absurde (Ionesco, Beckett, Adamov...), très en vogue dans les années 50. Le voyez-vous ainsi ?

F. M. : Moi, je trouve que c'est surtout un théâtre extrêmement poétique dont la langue est particulière. C'est à la fois drôle et très existentiel.

J. G. : Pour moi... Comment dire ? Les formules, je me méfie de ça, mais disons que c'est un théâtre d'innocence, avec des personnages flottants sur un autre monde... Ça a un rapport avec le clown de théâtre, quoique, si je dis ce mot-là, c'est encore l'auberge espagnole !



Parlons des Diablogues. Au premier abord, ces textes ressemblent à des dialogues de sourds dépourvus de toute logique, entre deux individus dont on ne sait rien...

F. M. : Mais chaque sketch est d'une richesse fantastique. Dubillard ne raconte pas une histoire, il reste à l'intérieur de sa tête, au plus près de ses sensations, de ses sentiments de personne perdue.

J. G. : Pour moi, ce sont deux solitudes au sommet du monde, qui ont simplement besoin de parler ensemble pour continuer à exister. Ils sont démunis, n'ont rien dans les poches ni dans les mains, juste un costume et une cravate pour montrer que ce sont des hommes. Mais c'est drôlatique, cocasse, pas du tout prise de tête ou dépressif. Il y a une forme de naïveté, de découverte permanente des choses, d'empathie l'un envers l'autre au milieu de ces conflits métaphysiques. C'est une écriture en liberté, purement jouissive !



Ils n'ont pas de prénoms, s'appellent Un et Deux. Une manière d'effacer toute psychologie, tout caractère ?

J. G. : Oui, il n'y a rien de psychologique là-dedans. Ce ne sont pas des caractères qui sont mis en scène. À partir de rien, d'une anecdote, d'un étonnement, ils inventent un problème, une scène démarre, et il est impossible de présager ce qu'elle va devenir.



Qu'aimez-vous, vous, comédiens, dans ces dialogues qui, sous des dehors assez délirants, sont extrêmement rigoureux ?

J. G. : C'est ludique, ça ne véhicule aucun message et en même temps on ressent une sorte de mélancolie. La solitude des personnages et leur drôlerie sont intimement liées, en équilibre... C'est plutôt le terrain de jeu que je préfère.

F. M. : La légèreté, le jeu, mêlés à des obsessions existentielles. Moi, l'absurde m'ennuie quand il n'y a pas de chair, mais là c'est profondément humain sans que jamais cela soit dit. Je trouve ça beau. On va emmener les gens dans un voyage qui ne peut exister qu'au théâtre, et ils vont devoir nous suivre dans cet
imaginaire-là...
Interview par Jeanne Hoffstetter
Paru le 04/12/2007

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