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D.R.


Christian Bujeau
Comédien, metteur en scène, il fut même cascadeur. Depuis dix ans, il enseigne aux cours Périmony, et plus récemment à la jeune école de comédie musicale ECM 3 Arts. Feydeau, depuis longtemps, le passionne, au point qu'il en parlerait des heures durant, tout au bonheur dans lequel il se trouve de monter, pour le théâtre du Montparnasse "Le Système Ribadier".
Vous qui pensiez jouer la tragédie, sortez du Conservatoire avec un deuxième prix de comédie. Qu'avez-vous éprouvé ?
J'ai eu des professeurs magnifiques qui m'ont fait travailler pendant trois ans la tragédie. Pourtant, chaque fois que je passais Le Cid, René Simon me disait : "Toi, tu es un comique." Ce qui m'embêtait quand même un peu, mais il faut reconnaître qu'il se trompait rarement. Puis j'ai eu là-bas la possibilité de monter Chat en poche, et comme Feydeau le disait : "Mes comédies sont des tragédies à l'envers." C'est à ce moment-là que j'ai pris conscience de ce qu'était "le pouvoir comique", c'est une vraie drogue !

Vous jouez et montez des pièces de Feydeau depuis longtemps. Peut-on dire que vous en êtes un véritable spécialiste ?
Pas un spécialiste, mais quand même un peu. J'ai eu la chance de connaître une équipe qui jouait Feydeau merveilleusement : Robert Hirsch, Jacques Charon, Alain Feydeau qui est devenu un ami, Michel Duchaussoy, et c'est sans doute ce qui est à l'origine de ma vocation. C'est à ce moment-là que j'ai compris la dimension de ces pièces, toujours basées sur le désir masculin, c'est du burlesque à l'état pur. Il adorait ça et il n'y a rien de plus difficile que le rire. Feydeau avait d'ailleurs, bien que jamais utilisé, écrit un scénario pour Charlie Chaplin.

Le Système Ribadier est publié en 1892. Une époque durant laquelle à travers les travaux de Charcot, Breuer et Freud, l'hypnose faisait grand bruit. Thème sur lequel il s'appuie pour écrire sa pièce...
Feydeau s'appuyait beaucoup sur les objets ou sur les inventions de son époque, sur l'inconscient des hommes. Assis chez Maxim's, ce noctambule observait le comportement de ceux qui l'entouraient, en quête permanente de ce qui échappe. Un travail de perfectionniste impressionnant qui me passionne ! Vous savez qu'il a écrit plus de 120 pièces, et qu'il en a jeté, je crois, les trois quarts ? Il ne voulait pas que passe à la postérité des choses approximatives. Il travaillait certaines intonations au piano, à la note. Voilà ce qui me plaît, ce chemin, ce travail qu'il a fait aussi en tant qu'excellent comédien et metteur en scène de ses propres pièces.

Concernant ses pièces, certains emploient le terme de "mécanique". N'est-ce pas réducteur ?
Je suis agacé quand j'entends ce mot. Il s'agit beaucoup plus d'une notion de rythme, comme dans le jazz où les musiciens se passent le flambeau. C'est carrément une démarche amoureuse. Il construisait ses comédies sur une observation microscopique, ciselée, des situations ridicules de la vie ou à partir des entrefilets qu'il lisait.

Mettre en scène Feydeau et l'interpréter est un exercice périlleux qui n'est pas, on l'a souvent vu, à la portée de tous. Avec quels comédiens avez-vous choisi de travailler ?
Bruno Solo, Léa Drucker, Gérard Darier, Jean-Noël Brouté, Fabienne Galula et Arnaud Lechien et il est bon de les citer !
Interview par Jeanne Hoffstetter
Paru le 09/11/2007

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