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D.R.


Les métiers du théâtre : décorateur
Jean-Michel Adam
De ses vies antérieures, qui le virent suivre des études de lettres classiques, de musicologie, d'art plastique et devenir professeur de musique, peintre... il nourrit aujourd'hui son art avec passion. Le décorateur, nommé aux Molière en 2003 pour "Le Limier", confectionne des décors qui accueillent nombre de pièces à succès. Dernières en date "Le Gardien" de Pinter et "La jeune fille et la mort", mise en scène par Didier Long au Théâtre 14.
Dès lors que vous êtes sur un projet, quel est le cheminement de votre travail pour aboutir au décor final ?

Il commence à la lecture de la pièce. Je passe énormément de temps à lire et relire, mais la première lecture est particulièrement précieuse car je suis le
candide. Ensuite, on a tendance à vouloir aller trop vite à l'efficacité. Après m'être imprégné du texte, je commence la maquette. Je soumets une première esquisse au metteur en scène en disant que ce n'est pas bon, que l'on peut tout jeter, ce que j'appelle "cracher ma Valda". C'est une espèce de réduction de toutes les sensations que j'ai, car il convient de réduire ses grands rêves à une base de travail sans perdre le premier souffle. La maquette n'est pas le décor, elle doit servir de déclencheur à ce qu'il sera. Il m'est arrivé de faire huit, dix propositions avant de passer à la suite ! Mon travail est intimement lié à celui du metteur en scène. Lorsque vient la fabrication du décor je suis capable de camper à l'atelier. La peinture par exemple, j'aime qu'elle soit montée, sentie, qu'elle respire, que le peintre mette sa patte sur le geste... C'est captivant et angoissant à la fois !

L'arrivée du décor sur le plateau, des comédiens dans le décor...

Alors là, c'est l'angoisse ! Je me mets dans un coin, genre : le fantôme. J'en suis malade. Très légitimement, les comédiens ont besoin d'une bulle, ça leur fait un peu peur... "C'est trop petit !" "C'est trop grand !" "Je ne voyais pas ça comme ça." Mais lorsque vous avez affaire à des gens intelligents, des artistes, même si sur le coup il y a une petite insatisfaction, ils vont savoir utiliser ce qui semble une gêne pour prendre appui. La jeune fille et la mort est ma septième collaboration avec Didier Long, on se connaît parfaitement, on cherche, on échange en permanence, le travail rebondit, c'est un plaisir !

Quel cadre allez-vous imaginer pour cette tragédie vécue en huis clos ?

Un décor faussement simple mais pas minimaliste. Pas question de dire : "Regardez, je fais de l'épure, je ne mets rien, que ça." C'est aller à la facilité, une pièce ne résonne pas là-dedans, c'est esthétisant, c'est gratuit, ce n'est pas intérieur. Tout a tellement de sens sur un plateau ! Par contre, arriver à l'épure à force de travail intérieur des volumes, d'échange de sensations avec le metteur en scène, c'est enrichir et cette richesse-là va transparaître sur le plateau, les objets, les surfaces...

Vous arrive-t-il d'être déçu, mécontent au final ?

À chaque décor, j'ai envie de dire : "Ça pourrait être mieux, excellent prototype, maintenant, on fait le bon !" Tout ça me donne une niaque incroyable ! C'est peut-être pour cette raison que ce n'est pas un métier mais une passion folle...
Portrait par Jeanne Hoffstetter
Paru le 02/05/2007

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