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Jean-Michel Noirey
D.R.


La jeune fille et la mort
Écrit par Ariel Dorfman, ce huis clos met en scène Paulina la victime, le docteur Miranda, tortionnaire resurgi du passé, et Gerardo, l'époux avocat. Innocence et perversité, victime et bourreau, dictature et démocratie s'opposent dans ce conflit humain dont la frontière apparaît de plus en plus ténue au fil des événements.
"Que ferais-je à leur place ?" "Que vaut la justice face à des situations extrêmes ?" "Faut-il accepter les compromis ?" Autant de questions posées par un auteur en exil, victime du régime de Pinochet. Autant de questions universelles nous poussant à la réflexion, à la responsabilisation. Trois rôles ambigus et passionnants pour lesquels, à l'aube des répétitions, les comédiens nous livrent leurs premières impressions.

Sophie de La Rochefoucauld
est Paulina

Initiatrice de ce projet, elle tournait autour depuis des années lorsque son nouvel agent, Danièle Gain, décide de la soutenir. Sophie achète les droits, Danièle pense à Didier Long pour la mise en scène. "Maintenant la pièce appartient à Didier, je ne serai plus que comédienne", dit-elle. Le reste suit : théâtre, acteurs, production, après plus de deux ans de travail, le projet a trouvé ses bases. "C'est le sujet qui m'a fascinée dans cette tragédie : que fait-on lorsque l'on a vécu des moments terribles ? C'est une pièce engagée et j'avais envie de revenir au théâtre après dix ans d'absence avec cette charge émotionnelle. Est-on capable de pardonner ? Qu'est-ce qu'une démocratie face à ses propres blessures, à ses plaies ouvertes ? C'est d'actualité, Pinochet vient de mourir sans avoir été jugé." Comment Sophie de La Rochefoucauld compte-t-elle aborder ce rôle ambigu ? "Il est trop tôt pour répondre. À chaque lecture l'émotion est très forte, de nouvelles choses m'apparaissent et il y en aura d'autres quand je serai face à mes partenaires... Ariel Dorfman, que j'ai eu le plaisir de rencontrer, m'a dit une chose très juste : 'Tu n'as pas été torturée, donc n'essaie pas de faire semblant. ll n'est pas nécessaire de rencontrer des gens qui l'ont été. Joue avec tes propres douleurs, tes propres angoisses, avec ton propre corps'... Il a raison, la sincérité est primordiale."

Jean-Michel Noirey
est Miranda, bourreau de Paulina


Le cinéma, le chant, la télévision et le théâtre... Présent sur toutes les scènes, il se prépare à jouer le rôle de Miranda. "C'est une pièce très trouble qui nous renvoie aux dérapages possibles face à certains facteurs politico-économiques. Elle nous montre que n'importe lequel d'entre nous peut être un jour pris dans ce piège de la victime ou du bourreau. Mais, en tant que bourreau ne suis-je pas aussi victime ? Miranda est médecin, il sauve des vies, mais se trouve un jour confronté à la torture. Pourquoi bascule-t-il et devient-il un bourreau ? Cet épisode de sa vie appartient à un passé flou, est-il réellement le bourreau ? La question demeure jusqu'à la fin, mais on est contraint d'admettre que, s'il y a des gens qui sont profondément des ordures, tout humain peut un jour le devenir selon le contexte dans lequel il se trouve. Toute victime éprise de vengeance peut à son tour devenir tortionnaire. Moi ? Jamais ! s'exclame-t-on, pourtant n'avons-nous pas un jour ou l'autre, y compris dans une relation amoureuse, fait preuve de méchanceté, de lâcheté, de trahison ? Mon personnage a profité de son pouvoir et basculé dans la folie, mais il doit être le plus proche possible de nous, et non pas la caricature de l'ordure. Rien n'est blanc, rien n'est noir, rien n'est défini au départ, la violence est propre à la nature humaine, c'est un danger permanent et il est bon de le savoir."

Frédéric Van Den Driessche
est le mari


Il enchaîne téléfilms de belle facture et cinéma où il a dernièrement, incarné le rôle principal du film de Jean-Claude Brisseau Les Anges exterminateurs, et se prépare à jouer le mari de Paulina. "C'est une pièce très exigeante. Ce rôle est nouveau par rapport à ce que je fais habituellement au théâtre, Gerardo est avocat, mais il joue face à Roberto Miranda et à sa femme, un rôle étrange. Cette complexité m'est apparue au fil des lectures et des discussions avec Didier, elle rend le personnage passionnant." Le comédien avance prudemment, réfléchit, revient sur l'exigence de ce texte, les dangers qu'il représente car il touche à la face sombre de l'humain. "Tout ce que je vous dis est très personnel car nous n'avons pas commencé le travail, mais je pense que je pourrais apporter ici ou là quelque chose de léger à ce personnage qui pourrait aussi porter à sourire. Il est tellement pathétique et sordide par moments qu'il pourrait frôler la limite du grotesque. Bien qu'il représente la justice entre la victime et son tortionnaire, il ne faut surtout pas se cantonner à ce rôle d'avocat. Chacun a sa faille, et jusqu'à la fin on demeure dans le questionnement. Je perçois parfois la musique du texte, maintenant j'ai envie d'attaquer et de me nourrir de la présence des autres ! Moi qui ai toujours rêvé de jouer Shakespeare, je trouve qu'il y a de ça dans le personnage..."

3 questions à Didier Long,
metteur en scène


Que vous a inspiré la première lecture de cette pièce ?

Elle est excellemment bien construite et a aujourd'hui une très forte vertu d'authenticité. L'année 2006 n'a pas été bonne pour les dictateurs, Pinochet, Saddam Hussein et un peu plus loi Ceaucescu... À travers le rapport tripartite entre bourreau, victime et justice, on se pose immédiatement la question de savoir où se trouve la place de cette dernière lorsqu'un pays passe de la dictature à la démocratie. La problématique de ce troisième pouvoir est toujours un sujet brûlant, y compris dans nos sociétés où les élections en font un sujet majeur : réforme, pouvoir, indépendance...

Alors que le film de Polanski plaçait le mari de Paulina en retrait, vous semblez le mettre sur le même plan que la victime et son bourreau.

Il l'est dans la pièce. Ce n'est pas un hasard si le mari de Paulina, la victime, représente la justice, c'est très fort symboliquement ! Pourtant, l'avocat doute de la véracité des propos de son épouse et la pousse de sorte à ce qu'elle se fasse justice elle-même. Le rôle du mari est très important car le rapport entre la victime et son bourreau dépend essentiellement de la manière dont la justice va intervenir dans ces rapports.

Comment pensez-vous représenter sur scène, la force dramaturgique contenue dans le texte ?

Par la construction extrêmement précise des personnages, de leurs enjeux, qui sont très différents les uns des autres. Finalement, personne ne s'entend ni ne s'écoute vraiment, chacun doute de l'autre, la vérité se balade, la subjectivité est reine.
Dossier par Jeanne Hoffstetter
Paru le 04/04/2007

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