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©Jean-Marc Headrich


“L’Échange”
Au Vingtième Théâtre
Faut-il accepter la réalité et admettre que la liberté n'est qu'illusion ? Tel pourrait être l'un des thèmes de cette pièce «rimbaldienne», écrite par Claudel alors qu'il n'a que 25 ans. Profondément marqué par la lecture des "Illuminations", il venait d'être nommé vice-consul à New York.
Entre le désir et l'argent quatre personnages tentent de fuir leur réalité, s'attirent et se repoussent, conscients du drame qui se noue et vers lequel ils courent malgré eux.

Sarah Sanders,
metteur en scène


Sortie du Conservatoire national d'Art dramatique avec plusieurs prix, elle débute chez Renaud-Barrault. Cette femme de tempérament à l'esprit curieux suit depuis un parcours atypique, s'installe très jeune aux États-Unis, met en scène des spectacles d'opéra et de théâtre, travaille en Angleterre puis revient en France où ses activités se poursuivent sans temps mort. Un parcours hors catégorie, nourri de passion.

Dans un pays où cela rassure de tout étiqueter, votre carrière est désarmante...
Il est vrai qu'en France un acteur qui fait de la mise en scène a tendance à ne plus faire figure d'acteur. Si vous vous intéressez aux costumes vous n'être plus metteur en scène, et lorsqu'en plus vous écrivez et faites de la musique, alors là, vous exagérez carrément ! Cela ne m'empêche nullement d'aller au fond des choses. Ce que j'aime, c'est découvrir et apprendre. J'éprouve une grande passion pour l'art en général, pour tout ce qu'il représente, et pour le théâtre en particulier, que je prends à bras-le-corps.

Vous avez vous-même joué Claudel, un dramaturge dont l'œuvre exige des acteurs qu'ils aient une parfaite maîtrise de leur art.
Je ne l'ai pas joué assez ! Comme Racine ou Shakespeare, il est un de ces génies dont le verbe se situe aux confins de la littérature et de la poésie, de la sémantique et de la philosophie. Ses textes sont denses, difficiles à jouer, mais il n'y a jamais une syllabe de trop. Ce qui est amusant, c'est ce mélange de sacré et de profane que l'on retrouve dans L'Échange. Cette pièce ouvre des réflexions, mais n'apporte pas de réponses. Il faut pour jouer Claudel, c'est vrai, des acteurs à la diction et à la technique parfaites, c'est «du théâtre de Maître» pour lequel on doit se préparer comme un sportif de haut niveau.

L'un des couples est interprété par des comédiens noirs. Vous offrez au public un regard neuf et intéressant qui ne va pas manquer de bousculer notre conformisme ! Pourquoi ce parti pris ?
L'action se situe aux États-Unis (qui ont connu l'esclavage), à une époque que l'on pourrait qualifier de néocolonialiste. Nous avons choisi des Blancs pour jouer le couple de riches. Des acteurs noirs jouent l'autre couple : Marthe, très chrétienne représente la femme, la mère, mais aussi l'interdit, Louis, l'artiste aspire à la liberté à travers sa vie et son œuvre. Cela donne à des comédiens noirs l'occasion, rare pour eux, de jouer le grand répertoire, ce qui me semble très important. La communauté française est très mélangée, elle est présente au cinéma, à la télévision, mais au théâtre, où sont les comédiens noirs, asiatiques, arabes ? Ils ne jouent que les utilités !

Laurence Février
interprète Lechy Elbernon


Comédienne et metteur en scène, entre cinéma, télévision et théâtre, elle présente un curriculum vitae impressionnant. Elle travaille avec tous les grands, interprète les plus beaux rôles. Dans les années 80, elle fonde sa propre compagnie, Chimène, clin d'œil à son premier prix de Conservatoire, mais continue à jouer et mettre en scène. En 2004, elle entame une recherche de «théâtre documentaire» qu'elle poursuit aujourd'hui encore et dont elle parle avec enthousiasme. Pour quelle raison la mise en scène ? «Un jour, je me suis dit : femme ou comédienne, ce sont toujours les autres qui me choisissent, si à mon tour je choisissais ? Ne serait-ce pas aussi important que d'être toujours dans le désir de l'autre ? J'ai mis douze ans avant de m'y mettre car prendre une place de pouvoir n'est jamais évident.» Chemin faisant elle constate que le théâtre a toujours été en retard sur la société.
Nous sommes envahis par un langage primaire et vivons dans un monde de marchands. Nous avons tous, soif d'autre chose.

«Nous sommes animés par des représentations mentales, c'est dans l'inconscient collectif. Le pouvoir dans la société occidentale contemporaine est aux hommes. C'est comme en politique.» Mais les choses finiront par changer et deviendront plus équitables. Malgré «l'urgence de l'histoire» et l'intérêt qu'elle porte à «l'oralité» face à l'écriture «qui nous bouche parfois la vue», elle garde le goût profond des grands auteurs. Bien que n'adhérant pas toujours à certains aspects de l'œuvre de Claudel, il y a dans son souffle poétique quelque chose qui la dépasse. «On touche au sublime, on est embarqué, c'est vraiment très, très grand ! Aujourd'hui on est envahi par une langue primaire, par un langage binaire. Nous avons affaire à un monde de marchands, dont nous pourrions finir par crever et avons tous soif d'autre chose. Nous ne pouvons qu'être sensibles à la langue démesurée de Claudel, à sa poésie. Je suis optimiste, lorsque je vois les très jeunes écouter, fascinés, Racine, quand nous allions nous au théâtre pour jeter des boulettes et faire les imbéciles !»
Dossier par Jeanne Hoffstetter
Paru le 17/01/2007

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