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D.R.


“Journalistes"
Au Tristan-Bernard
Après l'insolite et jubilatoire «Moi aussi je suis Catherine Deneuve» (Molière du meilleur spectacle privé 2006), Pierre Notte et Jean-Claude Cotillard sont de retour à l'affiche avec «Journalistes», une création à coup sûr explosive ! Nous y retrouvons Zazie Delem et Romain Apelbaum, accompagnés cette fois de Marc Duret, Sophie Artur et Hervé-Claude Ilin.
Rencontre avec Pierre Notte

Pierre Notte fut journaliste, notamment fondateur du magazine Théâtres. C'est en connaissance de cause qu'il nous livre Journalistes, critique acerbe de la sacro-sainte classe médiatique, empreinte d'une lucidité tout à la fois désespérante et hilarante, tant les postures qui y sont dépeintes relèvent de la plus affligeante fatuité. «J'ai voulu mettre en lumière cette capacité à devenir un sauvage ou un monstre, et ce, quel que soit le milieu social où nous évoluons. J'ai voulu l'écriture anecdotique car il ne s'agit pas d'une charge contre une confrérie mais contre notre complaisance à l'égard de cette barbarie, ce moment où l'on franchit le seuil de la civilité aimable et tranquille pour développer les comportements les plus égoïstes. J'ai écrit ce texte dans un moment d'extrême violence professionnelle. J'étais journaliste à 'L'Événement du jeudi', responsable des pages théâtre. Si j'étais tout à fait satisfait de mon activité, je ne pouvais occulter cette violence dont usaient certains collègues.» En effet, loin de se limiter à la mise en examen d'une corporation, cette pièce offre un instantané de notre monde contemporain, où l'égocentrisme, la course à la réussite sociale et financière, ont irrémédiablement pris le pas sur nos valeurs éthiques et morales, garantes de l'équilibre et de l'harmonie d'une civilisation. «La pièce est guidée par cette volonté de pouvoir qui mène à l'individualisme forcené : les rédactions où l'on dénonce les comportements les plus tyranniques, les violences sanguinaires des Richard III, sont également des lieux où l'on s'entretue et s'entre-dévore, d'une manière perverse et frontale, où il est question des mêmes systèmes de vengeance et de despotisme. Il me paraît insensé que des gens qui sont dans une démarche culturelle destinée à favoriser l'épanouissement des individus soient aussi victimes de ces agissements.» Ces «journalistes» étant critiques, il est aussi question de théâtre, de la fameuse guerre entre le public et le privé, de l'intellectualisant au détriment du populaire, de la représentation consensuelle des désastres humains, du cérémonial des institutions souveraines, des divinités du show-business ou de l'auteur contemporain. «Il est essentiel pour un artiste de donner sa vision du monde, elle l'est peut-être aussi pour l'humanité, mais il est temps de rire un peu de cette suffisance pathétique de l'artiste tout-puissant.» Nul doute en revanche que le théâtre français doive désormais compter avec Pierre Notte : quel meilleur signe que sa nomination au poste de secrétaire général de la Comédie-Française ?

2 Questions à Jean-Claude Cotillard

Peut-on parler de tandem Notte-Cotillard ?
Étant l'adversaire du jeu psychologique, je ne peux qu'aimer son écriture incisive, violente et drôle. Pour moi, le texte est un code de langage, lâché à un moment donné. Il y a avant tout un personnage dans ses doutes, ses douleurs, ses angoisses et c'est au metteur en scène, et non à l'auteur, de les représenter. Si l'écriture est bonne, les mots trouvent leur place dans le corps de l'acteur sans qu'il y ait nécessité de prouver le sens du texte au public. C'est en cela que nous nous complétons.

Sur quels partis pris avez-vous axé votre mise en scène ?
C'est une pièce sur l'ego, sur des gens qui veulent arriver et obtenir une reconnaissance. Ce qui m'intéresse ici c'est l'urgence de ces personnages à réussir : ils ont une heure et demie pour devenir quelqu'un ! C'est donc leur paraître qui est à mettre en scène et cette urgence qui entraîne évidemment la maladresse, le ratage, le ridicule. Comme ils ne sont pas en poste, ils sont aussi dans une avidité, dans ce devenir incertain où ils doivent trouver leur place. Les comédiens doivent être en alerte permanente dans leur colonne vertébrale. Comme au cinéma, rien ne doit s'installer, il faut sans cesse passer d'un plan à un autre avec une dynamique de rythme de l'ordre de la chorégraphie.

Marc Duret est Gleçouster

Déjà dirigé par Jean-Claude Cotillard dans Les hommes naissent tous égaux, le comédien Marc Duret sera l'un de nos clowns-journalistes : «Ces journalistes ont des noms à consonance très shakespearienne : Gleçouster, Montépulet, Cardéliotte... Il s'agit peut-être d'un alliage entre ces personnages restés dans la mémoire du théâtre et ces journalistes qui aimeraient laisser leur nom dans l'histoire de la presse. À l'instar d'un certain duc de Gloucester, mon personnage souhaite organiser un putsch pour dégommer les grands titres nationaux. On se doute toutefois que s'il prenait le pouvoir, il reproduirait les mêmes comportements. C'est donc un personnage en colère que nous envisageons à la manière d'un Joe Dalton ! Ce texte dénonce un système fratricide et délateur, quelque part hérité de l'Ancien Régime, et cette crainte de la sanction par derrière, d'où naît la rumeur qui reste le meilleur moyen d'assassiner quelqu'un publiquement. La presse internationale quand elle parle de nous indique d'ailleurs que la France a un problème psychologique ! J'aime qu'un texte délivre un message politique. Le théâtre, c'est le thermomètre public de la nation. Tandis que le journalisme relate des événements, le théâtre traite de ce qui nous vivons au quotidien.»
Dossier par Alain Bugnard
Paru le 05/03/2007

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