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D.R.


Michel Aumont
joue À la porte au théâtre de l’Œuvre
Ce qui est agréable ce sont ses phrases qui sourient, son humour tranquille, le regard critique, amusé et fier qu'il pose sur sa belle carrière. Ce qui est agréable, c'est de bavarder avec lui et de le retrouver chaque année sur les planches.
À la porte, de Vincent Delecroix, nous fournit l'occasion de le rencontrer à l'issue de la première répétition. «Alors... Pour quelle raison ce texte s'appelle 'À la porte' ? Me demandez-vous, non, vous ne me le demandez pas ?», dit-il en riant avant même que l'on ait posé la question. «Dites-le moi puisque vous en mourez d'envie !» «C'est que je ne sais pas bien quoi dire là-dessus !» Michel Aumont s'amuse et plaisante volontiers, puis reprend son sérieux. Ainsi en sera-t-il, tout au long de la conversation. «Sans rire. Ça s'appelle 'À la porte' parce que l'idée de mettre d'emblée le personnage à la porte de chez lui, représente évidemment sa mise à la porte de la vie, ou sa crainte d'en être mis à la porte. Cela se traduit par une espèce de rêve, de délire verbal. Tout part de là.» Tout part d'un roman écrit par un jeune professeur de philosophie mettant en scène un vieux philosophe irascible, lequel reçoit un jour la visite d'un jeune homme venu lui parler de ses travaux sur Leibniz et Bergson. Cause pour le vieil ours d'une grande irritation, poussée à son paroxysme lorsqu'en sortant ensemble de l'appartement, le jeune homme claque involontairement la porte, les clefs restant à l'intérieur. D'emblée cette situation absurde débouche sur une longue promenade entre la gare du Nord et le canal Saint-Martin ; mais aussi sur un parcours surréaliste entre rancœur, souvenirs et rêves étranges. Ce vieil homme, dont on ne parvient pas à cerner la réalité, ne tarde pas à éveiller notre intérêt. Le texte, le rôle, tous deux difficiles, ne manquent pas de réjouir l'acteur. «On ne sait pas grand-chose, si ce n'est que nous sommes face à une errance mentale. Mais je veux insister sur le fait que ce texte est magnifiquement écrit. C'est cette qualité littéraire qui m'a fait accepter la proposition que m'a faite Marcel Bluwal de le jouer, bien que l'apprendre soit la pire épreuve que j'aie connue. Cela vient peut-être de mon âge, ça doit fonctionner moins bien là-haut alors, croyez-moi, je besogne pour en mémoriser chaque terme.» Subitement pris d'un doute, Michel Aumont précise que ce vieux bonhomme seul en scène devrait aussi nous faire sourire, tant la situation est cocasse, qu'en tout cas Marcel Bluwal et lui-même travaillent dans ce sens.

"Je pense que l'analyse intellectuelle d'un texte est rarement utile au comédien"

Déjà une idée se fait jour dans son esprit, qu'il vous livre en s'amusant. Ce vieux bougon «que le monde emmerde» , imaginé par un auteur «beaucoup plus intelligent que moi» (lui «qui a commencé à faire le clown sur scène dès l'âge de 12 ans sous l'œil de sa mère, comédienne et professeur de théâtre»), ce vieux bougon il le tient ! «J'essaie de me mettre à la hauteur, bien que je pense que l'analyse intellectuelle d'un texte est rarement utile à l'acteur. L'idée m'est venue subitement que ce personnage pouvait être une sorte d''Alceste' dans son refus furieux du monde qui l'entoure. Un Alceste qui, vingt ans après avoir quitté Célimène, déçu par les femmes, se retirerait dans son désert en préférant les garçons. C'est assez amusant comme comparaison, non ? Tiens, justement je pensais à un truc marrant hier, à ce genre de réflexion que l'on entend quelquefois : 'Il est si extraordinaire qu'il entre et que l'on ne voie plus que lui !' Au moins, lorsqu'on est seul en scène, on a déjà cet avantage-là !»

"À la quarantième je suis bon mais, évidemment,
c'est un peu tard ! Non, je plaisante..."


Toujours partagé entre le sérieux et la plaisanterie, l'humilité et l'orgueil, il parle du Vladimir de En attendant Godot mis en scène par Roger Blin, l'un de ses plus beaux souvenirs de théâtre, évoque Alceste du Misanthrope : «Avec lui, j'ai eu du mal je le reconnais, j'ai été critiqué d'ailleurs, ça fait mal, mais chacun a le droit de dire ce qu'il pense ! Vous savez, j'ai en horreur les premières car j'ai toujours l'impression d'être à côté de la plaque pendant un certain nombre de représentations. À la quarantième je suis bon mais, évidemment, c'est un peu tard ! Non, je plaisante.» Après une telle carrière est-on tenté par la mise en scène ? «Ah, je suis devant cette activité spéciale comme un chat apeuré, le dos rond et le poil hérissé. La mise en scène ? Un mal nécessaire que je ne me crois pas capable de maîtriser.» Ainsi, de blagues en pirouettes Michel Aumont dit l'angoisse et le bonheur d'être acteur, avec la tranquillité de celui qui, depuis belle lurette, a approfondi le sujet, mais se prête avec gentillesse à l'exercice. Nous, on aimerait bien lui faire jouer les prolongations...
Portrait par Jeanne Hoffstetter
Paru le 29/01/2007

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