Connexion : Adhérent - Invité - Partenaire
Accueil Qui sommes nous Nos services Comment adhérer Questions courantes Contactez nous

D.R.


"L'importance d'être constant"
Au Théâtre Antoine, chaque soir se reproduit la magie d'une brillante distribution, dans une production de grande classe. La pièce d'Oscar Wilde, mise en scène par Pierre Laville, fait courir tout Paris, et c'est juste !
Gwendoline Hamon
"Appelez-moi Mademoiselle !"

Si on lui dit : "Mademoiselle Gwendoline Hamon", elle trouve cela charmant. "Au théâtre c'est le rêve d'être toujours appelée Mademoiselle. À 85 ans, je serai toujours Mademoiselle !" Un quelque chose d'un peu vieillot, de poétique hérité de l'époque où les comédiennes étaient des cocottes. "Comédienne, ce n'était pas un métier noble, ça l'est devenu au fil du temps..." Les raisons qui ont poussé Gwendoline à faire ce métier lui sont floues : une famille où il était normal d'aller au théâtre plusieurs fois par semaine - son grand-père est Jean Anouilh -, une personnalité extravertie, le goût du spectacle... Son bac en poche, elle bondit sur le chemin des cours d'art dramatique et se retrouve dans L'Avare au théâtre de l'Atelier, aux côtés de Michel Bouquet.

La part belle aux femmes

Jouer Wilde... "Cet homme me fascine. Je le connaissais pour avoir lu son histoire. Vraiment il était en avance sur son temps. Un précurseur. Dans L'Importance d'être Constant avec un humour fou, il se moque de la religion et il donne un très belle part aux femmes. Les hommes
n'y sont pas les héros. Et il y a le côté doux-dingue qui vient enjoliver l'histoire... C'est drôle, fin poétique : vraiment j'aurais aimé connaître ce type ! "
Passionnée, enthousiaste, Gwendoline s'emporte au point d'en oublier ses mots ! Selon elle, le génie de Pierre Laville est de ne pas avoir fait une mise en scène trop pétillante, trop provocatrice qui aurait annihilé les acteurs. Au contraire, la souplesse de son travail les met en avant. "Et puis il y a Lorànt et Fred qui apportent une fraîcheur, une modernité, un rythme."

Lorànt Deutsch
"Je suis Arlequin"

Vous êtes un acteur branché, plutôt "baskets", et voici deux fois que l'on vous retrouve dans des rôles classiques en habits d'époque...
Je ne vais pas essayer de me prendre pour un autre. Dans la pièce, mon personnage n'est pas un mondain permanent. Il se la pète un peu, il a 25 ans, il est entretenu par sa mère et il accepte les codes de toute la bonne société anglaise - ce qui lui permet avec cette duplicité d'être un parfait dégueulasse qui fait des orgies sous couvert d'un autre nom. Il va se révéler à lui même grâce à l'amour. Le Figaro disait que "Lorànt Deutsch en mondain c'est un parfait Arlequin". C'est exactement le parti que je veux donner à la pièce. Mon personnage n'a pas de panache, mais des chaussures un peu trop grandes pour lui.

On aurait pensé à un autre pour jouer un dandy ?
Si on avait respecté parfaitement le dandy du xixe siècle, il aurait été monotone. C'est vraiment Arlequin, il tombe en pâmoison devant une jeune fille et ne peut plus mentir. Il devient honnête et franc avec lui-même, un petit garçon amoureux. Il cesse d'être double, et devient constant.

Comment appréhendez-vous cette société
victorienne ?
Avec beaucoup d'intimidation. Le xixe siècle est pour moi le siècle le plus bouillonnant de l'histoire de l'humanité occidentale ; il s'y est tout produit. En France il y a eu la monarchie, la république, l'empire, des révolutions, la misère, le choléra... Et cela se finit en feu d'artifice : les Années folles, la tour Eiffel, l'Art nouveau... Cela se termine bien. Un voile dissimule le chaos.
À l'opposé, en Angleterre, les choses sont très figées et je ne sais pas où je me serais situé ; il n'y a pas
ce bouillonnement, ce mélange des genres et des plaisirs. Edouard VII a besoin de venir à Paris pour aller voir les petites chanteuses de revues. En France, les masques tombent, et Félix Faure meurt dans les bras d'une poule !

En quoi le théâtre vient-il doper ce que vous êtes intimement ?
Au cinéma tout est fragmenté, le personnage est loin de nous. Au théâtre il y a une franchise avec le public et une franchise avec le personnage. On va de A à Z, on est seul avec son rôle du début à la fin. Le personnage est là, on ne l'abandonne pas pour aller se coucher et recommencer le lendemain. C'est total, on le complète tous les soirs. À la fin de la pièce, je suis mon personnage.

Frédéric Diefenthal
"Fier d'être Constant"

Avez-vous le sentiment d'apporter une modernité à l'œuvre ?
Ce serait pompeux d'avoir un tel sentiment ; je n'ai pas cherché à être le rôle, j'ai juste recherché à être accepté par lui. Pour moi, une pièce vous accepte ou non. Au fil des représentations il y a un lien entre mon personnage et moi. Tous les soirs je le remets en question. C'est tellement brillant, il y a un tel plateau et de tels acteurs ; c'est tellement riche que l'on ne s'en lasse pas.

Vous aviez fait peu de théâtre...
Très peu, juste deux fois et des petits rôles. J'ai pu goûter avec mes 27 ans et mon insouciance au théâtre. C'était il y a dix ans... Je voulais me ressouvenir de la sensation de la scène. Peut-être aussi en avais-je marre d'être en boucle, d'être l'acteur qui ne finit pas ses phrases, qui ne finit pas une scène. J'étais toujours en décalage à force de voir les films a posteriori. C'est ça un acteur de cinéma. J'avais envie d'avoir un début, un milieu, une fin. Ici, on sent une émotion, des rires. J'ai tellement d'admiration pour les acteurs complets, quand je vais au théâtre je n'ai pas envie d'être à leur place, mais avec eux.

Quelle est la place d'un dandy ?
Le dandysme ce n'est pas ce que l'on veut faire croire. Ce n'est pas les petites manières et les sorties dans les boîtes à la mode. Le dandysme, c'est un savoir, une éducation, une certaine classe et en même temps ce sont de petites canailles. Des jouisseurs qui ont des doubles vies plus ou moins affirmées, capables de pénétrer toute conversation et n'importe quelle situation.

Le costume vous aide-t-il à être votre personnage ?
C'est une colonne vertébrale. Emmanuel Peduzzi est un très grand costumier, il a fait un travail artistique très sensible avec un parti pris dans les matières, les couleurs, les formes. Je pourrais être dans des habits plus classiques, mais il y a des détails très précis qui créent la différence. Je suis fier d'être Constant et de vivre les choses à 100 % chaque soir.
Dossier par François Varlin
Paru le 06/12/2006

-
Haut