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D.R.


"La guerre de troie n'aura pas lieu"
En 1935, le public de l'Athénée acclame "La guerre de Troie n'aura pas lieu" mise en scène par Louis Jouvet. Nicolas Briançon s'inspire des allusions de Giraudoux faites à l'actualité de l'époque, pour mettre en scène une pièce dont le succès ne s'est jamais démenti.
Lucienne Hamon
joue Hécube, mère d'Hector

Heureuse de travailler sous la direction de Nicolas Briançon, son rôle l'enchante : "Il y a des rôles anecdotiques qui sont formidables, et je suis ravie de cette reprise à Paris après le succès que nous avons obtenu l'été dernier dans les festivals." Entre 1928 (année durant laquelle il fait connaissance de Louis Jouvet) et 1945, le romancier se tourne vers le théâtre, écrit 15 pièces dont 13 seront mises en scène par Jouvet. La guerre de Troie n'aura pas lieu dissimule à peine les préoccupations de l'auteur face à la montée des périls en Europe. Un constat éminemment pessimiste contrebalancé par un humour grinçant auquel s'ajoute aujourd'hui celui de Nicolas Briançon. "Il ne faut pas oublier que Giraudoux était un combattant héroïque de la guerre de 14 et qu'il était pacifiste, bien qu'il montre que c'est peine perdue. Nicolas a repris des airs de l'époque et nous évoluons en costumes années 30 dans un climat du genre Tout va bien Madame la Marquise, nous irons pendre notre linge sur la ligne Siegfried." Hécube, reine de Troie épouse de Priam hait la guerre et ne supporte pas la beauté d'Hélène, cause des rivalités entre les Grecs et les Troyens prêts à s'entretuer pour elle. "Elle est reine, mais elle pourrait être une matrone du Midi, pleine de bon sens. C'est une femme populaire et je m'amuse beaucoup à interpréter ce personnage... La pièce est tragique, mais elle n'occulte pas le fond de légèreté qui régnait aussi bien à la cour de Priam qu'à Paris en 1935." La conversation, avec Lucienne Hamon, va bon train : elle a été l'épouse de Robert Enrico, a beaucoup travaillé avec Andréas Voutsinas, a fait trois mises en scène, voue à Yasmina Reza une grande reconnaissance et a été nommée deux fois aux Molière "Mais je ne l'ai jamais eu !", elle porte en conclusion un regard amusé et plein d'humour sur son passé de "dilettante" dont elle assume les conséquences. "Aujourd'hui, j'ai un statut avec ses limites, on ne montera pas une pièce sur mon nom. Les gens du subventionné ne me connaissent pratiquement pas, ce qui me prive de rôles que j'aimerais jouer, mais il y a une chose intéressante à mon âge lorsque l'on est encore capable d'apprendre un texte et de marcher, c'est que l'on est moins nombreuses dans la course !"

Thomas Suire
joue Troïlus, fils de Priam

Il rêvait depuis longtemps de travailler avec Nicolas Briançon. Le rôle est petit, mais il ne cache pas sa joie. "Je n'ai qu'une scène parlée, mais suis souvent présent. Mon personnage est un peu à part dans la pièce, il n'est pas vraiment dans l'action, par contre il est chargé de symboles. Il représente la pureté, la jeunesse, la fougue et surtout la paix face à Hélène qui représente la guerre. Troïlus refuse de succomber à ses charmes, ce qu'elle n'admet pas beaucoup. C'est un peu l'image de la paix qui refuse de se donner à la guerre. Pourtant, à la toute fin de la pièce Hélène embrasse Troïlus..." Thomas Suire a beaucoup de charme et la tête bien faite, le théâtre est sa passion. Lorsqu'il ne joue pas, il écrit des chansons et des pièces, pour Zipiak ! "C'est le cri de joie des elfes, une pure invention." il mène sa guerre : trouver le théâtre qui dise banco, il défend ses choix sans sacrifier au star system, "Ça prendra le temps qu'il faut mais j'y arriverai !". Les difficultés sont faites pour être vaincues, à 8 ans il suit l'école du cirque et fait le clown, à 12 des cours de théâtre : Jean Darnel qu'il vénère, Roger Louret... Il n'est pas né de la dernière pluie et connaît la musique. La musique qu'il pratique justement, avec le groupe qu'il a monté, "C'est mon défouloir ! J'y mets tout ce que je ne peux pas déverser ailleurs", raconte-t-il en riant. C'est tout ? Non, il avait oublié de vous dire qu'il adore Raymond Queneau, qu'il fait aussi de la peinture et trouve le temps de rêver...
Ah ! pouvoir travailler un jour avec Decouflé...

3 questions à Nicolas Briançon,
metteur en scène


Vous avez pris le parti de situer cette pièce en 1935, époque à laquelle elle a été écrite. Est-ce en raison des nombreuses allusions politiques de l'auteur ?
Elles sont en effet extrêmement précises quant à la situation de l'Europe à cette époque. Il ne s'agit donc pas d'une interprétation hasardeuse, Hitler est au pouvoir depuis 1933, en 35 Mussolini envahit l'Éthiopie... Comme Ulysse et Hector, les chefs d'État se rencontrent pour essayer d'éviter une guerre qui s'annonce et qui semble malgré tout inéluctable. On a l'impression que Giraudoux a voulu pour conjurer tout ça, parer son texte de toutes les arabesques possibles, comme si la beauté du style pouvait racheter l'effroyable de la situation. Il fait un peu ce qu'Anouilh a fait avec Antigone, ce qu'a fait Racine avec Andromaque. Les pièces de Racine ne se jouaient pas en péplums mais en costumes contemporains du xviie ! L'intérêt de la pièce est qu'elle nous parle toujours de nous !

Dès la première représentation, le succès est immense. Ces allusions marquées à la politique de l'époque en sont-elles en partie la cause ?
Bien entendu ! Le public a immédiatement perçu les résonances que cela avait pour lui. S'il n'avait été question que d'un divertissement en jupettes grecques, la pièce aurait peut-être fonctionné, mais je pense que ce qui passionne les gens à chaque reprise c'est toujours les références à l'actualité. On le voit aujourd'hui avec l'Iran ou la Corée du Nord, nous sommes en train d'entrer dans une confrontation dont on ne sait pas très bien où elle va nous mener. La pièce sera toujours d'actualité malheureusement !

Jusqu'où Jouvet s'est-il impliqué dans la pièce de Giraudoux ?
Il y avait peu de monde dans l'intimité de leur travail et je pense que d'une certaine façon, c'est leur secret. Mais on sait que sa participation fut importante, non pas dans la rédaction, mais dans sa construction, ses ressorts, l'aspect "technique" si vous voulez. Ce qui nous a tous fascinés en tout cas c'est l'extraordinaire sens dramatique de cette pièce, théâtralement c'est génialement fait, il faut simplement aller un peu chercher derrière les mots...
Dossier par Jeanne Hoffstetter
Paru le 20/12/2006

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