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D.R.


Régis Santon
"Do, Mi, Sol, Do !" Régis Santon se méfie des idées toutes faites, et rend justice à Paul Géraldy en montant au théâtre Silvia-Monfort une pièce qui, selon lui, est avant tout une brillante étude de mœurs.
Directeur de ce théâtre depuis sa création il y a une quinzaine d'années, il se bat aujourd'hui pour sa survie et ne cache pas son dépit devant les menaces qui s'agitent au-dessus de ses 450 places pourtant largement fréquentées par un public amateur de théâtre, mais aussi de danse et de musique. "J'ai le théâtre dans la peau !", et ça se voit, et ça se sent ! Auteur, acteur, metteur en scène, il ouvre en 1974 avec l'aide d'amis, le théâtre Essaïon, monte sa compagnie, laquelle se produit dans bon nombre de théâtres privés, dirige le Théâtre de la Plaine avant de prendre les rênes du Monfort. Aujourd'hui il "ose Géraldy" et cela l'enthousiasme. Il est vrai que l'auteur semble s'éterniser au purgatoire, mais d'autres avant lui l'ont fait à l'instar d'Octave Mirbeau qui, contre toute attente, a resurgi. "Géraldy était un contemporain de Guitry, mais alors que Guitry écrivait assez complaisamment pour lui, pour placer ses bons mots, Géraldy est d'une précision scientifique, tout le comique repose sur les situations et il n'y a pratiquement pas de mots d'auteur. Les critiques de l'époque le comparaient fréquemment à Marivaux." Au regard des événements qui ont suivi et que nous connaissons aujourd'hui, n'est-il pas difficile pour un metteur en scène de monter une telle pièce ? N'est-il pas difficile de faire croire à ce petit monde exclusivement replié sur ses problèmes anecdotiques, à la veille de la Seconde Guerre mondiale ? L'auteur fait totalement abstraction du contexte, mais à l'époque le public n'ignorait rien de ce qui se passait à l'extérieur...

"Il y a là en effet un parallèle extrêmement intéressant, et monter une œuvre de Géraldy ne peut être totalement anodin. Aujourd'hui, avec le recul, nous sommes obligés de mettre ces événements en perspective. Autant à l'époque la pièce était présentée 'hors du temps', autant soixante-dix ans après on ne peut pas ne pas mettre en parallèle le monde extérieur. Mais rassurez-vous, je vais éviter la provocation gratuite, il suffit d'utiliser quelques artifices comme le titre d'un journal ou des informations données à la radio pour rappeler que ce monde marche vers une catastrophe." On ne peut s'empêcher de remarquer la jeunesse de ces couples... "J'ai décidé de créer la pièce ici car le Privé voulait m'imposer des acteurs bankable qui n'avaient pas l'âge des rôles, alors que c'est cela qui donne une authenticité, une vraie force à la pièce. C'est autour de la trentaine que les cartes se redistribuent, et puis à cet âge, les comédiens n'ont aucune inhibition, ils sont plus facilement naturels et spontanés." Bien que la réflexion menée sur le couple et sa longévité soit forte et sans complaisance, cette œuvre de Géraldy n'en demeure pas moins légère et pleine de charme. "Oui, et alors ? Toute œuvre contient en soi sa profondeur, et le simple fait de porter les mots sur une scène est déjà un acte politique ! Non ?"
Jeanne Hoffstetter
Paru le 29/05/2006

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