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D.R.


“Romance”(L’intégrale )
de David Mamet : le tribunal en délire
Un juge victime de pilules euphorisantes, un accusé d'on ne sait quoi, un procureur assis entre deux chaises, un avocat aux prises avec sa montre, soudain pris d'un lâcher de propos subversifs rarement entendus au théâtre... C'est quoi ce délire ?
Pierre Laville
traducteur et metteur en scène
Je déteste les tripotages de textes d'autant qu'il s'agit de Mamet, un grand ami, deux fois prix Pulitzer. Chaque mot, chaque idée, ont été ciselés, c'est une œuvre forte que j'ai transportée d'une langue à l'autre avec amour, dont je respirais le sens. J'ai travaillé certains sons au piano pour essayer de retrouver en français l'accent tonique de la phrase américaine. Mamet a 55 ans, une grande carrière derrière lui et cette pièce est celle d'un type de 25 ans dans sa jeunesse, sa liberté, son culot. Il transgresse la morale, les idées reçues, les valeurs traditionnelles, c'est burlesque, insolent et moi j'ai suivi le mouvement avec beaucoup de joie. Je suis fier de l'équipe que j'ai réunie et dont l'énergie est formidable ! C'est une farce au bord du gouffre dans un grand éclat de rire. Les gens s'amusent comme des fous, comme quoi la sincérité est toujours payante ! Sous ce titre ironique, c'est un peu la ballade des temps modernes, la romance des horreurs du monde contemporain.

Yves Gasc
le juge
Le juge semble conventionnel au départ, il est simplement victime d'un rhume des foins qui perturbe un peu l'audience. Après avoir changé les pilules censées le soigner, il devient complètement fou. Subitement ce juge va vider devant tout le monde le sac de sa vie, faire des révélations sur les malversations qui l'ont conduit là où il est, avouer des tas de choses, et cette folie se répand sur les autres. Je pense que Mamet a voulu montrer que toute personne apparemment normale est en fait folle et que cette folie peut conduire à prendre des décisions irréfléchies très graves de conséquences, comme dans ce cas où il est beaucoup question de la guerre entre Israël et la Palestine. Je crois qu'à travers le personnage du juge qui répand sa folie, on voit le sens de la pièce.


Éric Laugerias
l'accusé
Je suis victime d'une accusation dont le spectateur ne sait et ne saura jamais rien. Un accusé qui se défend avec véhémence, ironie et mauvaise foi. David Mamet, qui est juif, a peut-être voulu dire qu'il suffit d'être juif pour être accusé. Cette pièce est le portrait d'une Amérique décadente qui a perdu ses valeurs et se regarde le nombril en voulant faire régner la paix sur le monde, d'une Amérique homophobe et raciste. Aujourd'hui, les évangélistes nous ressortent le couplet selon lequel l'homosexualité est une maladie ! À travers un procès kafkaïen car sans raison ni but véritable, on voit une Amérique catholique donneuse de leçons alors qu'elle viole ses enfants. C'est une fable moderne, délirante et déjantée sur la décadence du monde occidental désarmé d'avoir perdu son âme et ses valeurs, face à la montée de l'islamisme qui, lui, ne les perd pas. Tout le monde en prend pour son grade !

Bernard Alane
le procureur
Tout commence dans la plus parfaite normalité avant de déjanter complètement jusqu'à la fin, c'est totalement jouissif pour un acteur ! C'est un parcours qui me permet de jouer plusieurs pièces, d'avoir plusieurs styles de jeu dans une même pièce. Sous une apparence glaciale, mon personnage vit dans deux mondes, mais une explosion va surgir au centre de tout ça, il va finir par admettre ce qu'il est et parviendra à trouver un équilibre entre les deux. Ce qui est loin d'être toujours le cas, non ?

François Delaive
l'avocat de la défense
Il a un problème avec le temps car s'ils ne se rendent pas en temps et en heure à la conférence de la paix, ils ne parviendront pas à établir la paix au Moyen-Orient. C'est une sorte de métaphore, de condensé de nos attitudes par rapport au Moyen-Orient. Mon personnage est intéressant parce qu'il s'appréhende dans ses silences, ses angoisses, sa manière d'être coincé jusqu'à ce que tout bascule. C'est lui qui d'une manière terrible prononce ces paroles rarement entendues sur des scènes françaises ! Je prends un certain plaisir à combattre les horreurs en disant des énormités... Pour moi, c'est une pièce sur l'incommunicabilité entre les êtres.

Mathieu Bisson
Bernard
C'est le seul personnage à avoir un prénom, à être en accord avec lui-même et dont la fonction sociale n'est pas essentielle. Contrairement aux autres il assume ses émotions et "ne pète pas les plombs". Pour lui l'essentiel est d'accepter ce que l'on est. Je pense que l'auteur semble dire que refouler ses émotions peut entraîner toutes sortes de guerres et qu'il suffirait de remettre en place la colonne vertébrale de chacun pour que le monde aille mieux. C'est une idée provocatrice et peut-être un peu simpliste, mais qui a sa part de vérité. Ce jeune homme est venu dans ce tribunal crier son amour au procureur et à la nation, il rappelle qu'il ne faut jamais rester dans la négation de soi-même.

Stéphane Cottin
le docteur et l'assistant à la mise en scène
C'est un tout petit rôle écrit de manière extrêmement fine. Un personnage qui arrive à la fin, mais qui remet en jeu une nouvelle arrogance, celle de l'allopathe face à l'ostéopathe. Une autre source de conflit ! Cette pièce est traversée par un rire loufoque qui me fait penser aux Monthy Python, aux Marx Brothers, ou à certaines pièces d'Aristophane en démarrant d'une actualité très précise pour arriver à la difficulté qu'ont les humains à vivre ensemble. C'est une pièce politique qui passe par le rire, Mamet prend du champ et du point de vue de la construction dramaturgique elle est passionnante !

Éric Théobald l'huissier
Le rôle est en retrait mais la présence est permanente. La difficulté est de parvenir à le faire exister, je me suis donc donné la possibilité de pourvoir réagir librement à l'intérieur d'un cadre rigide. Je suis ravi d'être dans cette pièce totalement insolente, politiquement incorrecte qui donne à voir sans donner de leçons. On a déjà vu des spectacles déjantés, mais... dire en ce moment ce qui se dit là ! C'est formidable d'avoir pris le risque de la monter. Risque dérisoire c'est vrai, car ce n'est que du théâtre !
Dossier par Jeanne Hoffstetter
Paru le 15/03/2006

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