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D.R.


Pierre Santini et Christophe Luthringer
pour “Rodin” au Mouffetard
Le théâtre a ceci de magique qu'il nous suffit de nous asseoir pour nous retrouver dans l'atelier de Rodin en compagnie du poète Rainer Maria Rilke, et d'une certaine Marie Cabannes...
Pierre Santini,
la puissance de l'imaginaire

Comment ne pas être curieux de l'écheveau étrange et passionnant tressé par l'auteur et interprète Françoise Cadol, autour de la relation qu'entretinrent durant quelques mois le sculpteur et son secrétaire ? Nous avons tous dans un coin de la tête notre Rodin à nous, il est comme ci ou comme ça, et voilà que sur la scène du théâtre Mouffetard qu'il dirige avec tant de passion... Mais c'est bien sûr ! Rodin, l'ogre si délicat, c'est lui, c'est Pierre Santini tout de puissance et de douceur, tout de délicatesse et de colère, face au jeune Steve Bedrossian, formidable Rilke. "C'est un rôle extraordinaire et passionnant comme tous ces grands personnages que j'ai joués : Jean Jaurès, Louis XIV ou Napoléon. La difficulté est de ressembler un peu à l'imaginaire des gens tout en faisant sa propre création. On ne fait pas du réalisme historique, on crée un personnage qui donne à croire au spectateur qu'il se trouve réellement en face de Rodin. Mon Rodin est conditionné par le parti pris de l'auteur de focaliser son récit sur les instants qui ont précédé la mise à la porte après huit mois de collaboration, du poète allemand par Rodin." Entre les deux hommes une femme mystérieuse, menteuse, séduite par l'un et l'autre. Il est également conditionné par le fait que Françoise Cadol n'imaginait pas un autre Rodin que celui qu'elle s'était choisi. Ce n'est qu'après leurs échanges de points de vue et le oui de Pierre Santini, qu'elle continua d'écrire. Directeur d'un merveilleux théâtre, acteur fort occupé, président des Molière... Autant d'activités auxquelles il se donne sans compter, emmené par... la passion ? "Oui, la curiosité de tout et sûrement une grande envie d'exister !" Incarner Rodin lui en fournit une occasion magistrale, à découvrir absolument sur la scène du théâtre Mouffetard qui prouve une fois encore la variété et la qualité de sa programmation.

Christophe Luthringer
met en scène la pièce

C'est un lieu où le temps s'évapore, sur la scène, le décor est planté et c'est fou ce qu'il a à dire lorsqu'il est seul là, face à la salle vide. Assises au hasard des fauteuils, deux personnes parlent de théâtre et la magie opère. Lui, c'est le metteur en scène, il vit sa passion et raconte Rodin tel qu'il le voit, la lumière vient de ses yeux, de son sourire, du bonheur qu'il éprouve à faire ce qu'il fait. Ses mises en scène sont remarquées. Avant, il jouait la comédie mais voilà : "Les peurs sont extraordinaires parce qu'elles sont là pour nous permettre de les dépasser. J'ai joué la comédie, j'ai affronté ces peurs, mais le trac n'était pas un moteur pour moi, il continuait à me bloquer. Je ne prenais réellement mon pied qu'une fois sur quatre, alors petit à petit je suis venu à la direction d'acteurs, c'est une manière très subtile de jouer par procuration ! Quand il y a six comédiens sur scène, j'ai l'impression de battre au diapason de ces six cœurs et de jouer six personnages." Il espère que son travail reflète la bienveillance envers lui-même et l'autre. Il dit aussi que, si le travail de chacun et le public sont sincères, il n'y a plus ni observé ni observateur. "Nous partons alors tous ensemble dans le même voyage. Le théâtre est un miroir réfléchissant de ce que tous nous vivons, une sorte de parabole de la vie." Parce qu'il est plus instinctif qu'intellectuel, c'est cette intelligence-là, celle du cœur qui l'intéresse. Sa rencontre avec
l'auteur témoigne précisément de cette
intelligence, immédiate, forte.

Le théâtre comme l'art n'est pas encore divin...
ni ultime ! Il est vivant, et névrotique de toute façon

Et puis Rodin... Jeune acteur, il aimait travailler avec Philippe Léotard dans les jardins du musée Rodin, il se souvient de l'émotion intense qu'il éprouvait en ce lieu, comme il se souvient des phrases de Rilke qu'adolescent il gardait dans un coin de sa mémoire. "Il est logique que je monte ce spectacle ! Il y a cette alchimie qui fait que cela se produit et me voilà moi jeune metteur en scène face à ce grand acteur, moi, jeune lionceau face au lion !" Son Rodin à lui est une mante religieuse qui aspire l'énergie vitale de ses modèles et la transmet dans la matière. C'est ce chêne dans toute sa sensibilité, face à Rilke le roseau fragile et douloureux qui le rend plus puissant encore. "La beauté intérieure, la sensibilité de Steve Bedrossian donne vie à ce personnage toujours en équilibre, et je suis très heureux de pouvoir travailler avec lui, comme je le suis de diriger Françoise Cadol qui, outre le fait qu'elle a cette qualité de générer autour d'elle des énergies très fortes, est aussi une comédienne formidable. Mais je veux ajouter que chaque membre de l'équipe, scénographe, sculpteur, costumière, décorateur, éclairagiste, s'est approprié le projet pour en faire un magnifique travail d'équipe !" En attendant la reprise au théâtre du Lucernaire, d'Houria de Gaspare Dori, dont il cosigne la mise en scène avec Bruce Myers, il ne vit que pour Rodin en espérant qu'il sera à la hauteur...
Jeanne Hoffstetter
Paru le 27/03/2006

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