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©Wen Zang


Marc Goldberg
“A woman of Mystery”
Pour la première fois en France, les spectateurs parisiens pourront découvrir l'œuvre théâtrale du cinéaste américain John Cassavetes au travers de "A Woman of Mystery", une pièce écrite en 1986, trois ans avant sa mort, et qui relate l'errance d'une sans-abri. Une heureuse et audacieuse entreprise que l'on doit au metteur en scène Marc Goldberg, également administrateur du Vingtième Théâtre.
Pour quelles raisons les pièces de Cassavetes n'ont-elles jamais été montées en France ?
Elles sont inaccessibles. La plupart des gens ignorent qu'elles existent. Cassavetes les écrivait pour ses comédiens, pour Gena Rowlands. Elles n'étaient pas destinées à être reprises. C'est sans doute l'une des raisons pour lesquelles Gena Rowlands a refusé qu'elles soient éditées. Il m'a fallu une dizaine d'années pour y accéder. C'est Lio, avec qui j'ai monté Le Bébé de Marie Darrieussecq, qui m'a mis en relation avec les ayants-droit de Cassavetes. Ils ont compris que je respecterais l'esprit de Cassavetes, en m'appropriant son texte pour en faire un vrai spectacle, sans velléités commerciales. Cassavetes est l'un des cinéastes qui écrit le mieux pour les comédiens et il est très inspirant. Mon ambition vise à faire découvrir son théâtre en France. J'ai choisi de commencer par A Woman of Mystery, car, si cette pièce reste très déroutante, elle n'en demeure pas moins la plus accessible.

Comment Cassavetes a-t-il traité le thème des sans-abri ?
Cette femme est un véritable personnage de fiction. Elle n'est pas l'incarnation d'une sans-abri. Cette pièce ne se situe ni dans le politiquement correct ni dans l'anti-politiquement correct. Comme dans ses films, on ignore tout de ses personnages : leurs origines sociales, ce vers quoi ils tendent... Cassavetes raconte des tranches de vie. Le point de départ et le point d'arrivée ne sont pas importants. Ce qui compte, c'est ce qui se passe dans l'instant. Cette femme rencontre toutes sortes de gens dans des lieux publics. Les personnages secondaires ne sont pas des faire-valoir. Ils existent réellement, avec leur humanité. Elle les fait trembler et évoluer car elle brise les codes sociaux : elle se bat contre la catégorisation, les stéréotypes. Elle se montre plus forte que la société bien qu'elle soit en bas de l'échelle.

Quels ont été vos partis pris de mise en scène ?
L'un des enjeux est de faire perdre ses repères au spectateur pour qu'il entre dans sa tête à elle. Ainsi, les éléments de décor ne seront pas réalistes : il s'agira simplement de les faire vivre par la lumière et par de petits éléments allusifs. De même, quatre comédiens incarneront tous les autres personnages selon le souhait de Cassavetes : en un sens, ils ne seront que des variations autour du sexe et de l'âge, mais d'autre part, tout l'enjeu du spectacle sera d'incarner ces
rencontres, ces face-à-face.
Interview par Alain Bugnard
Paru le 06/03/2006

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