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D.R.


“L’Escale”
La pièce de Paul Hengge, mise en scène par Stephan Meldegg au théâtre La Bruyère se présente comme un duel à fleuret moucheté sur lequel les deux comédiens préfèrent garder le mystère... Une histoire de machine à laver en panne, de voyage, de rencontre et de meurtre.
Philippe Laudenbach est l'un d'eux
Tout jeune il allait respirer le parfum des loges avec sa grand-mère pendant que son oncle Pierre Fresnay occupait le devant de la scène. "À l'entracte, j'aimais venir dans le décor, j'étais séduit par ces odeurs, ces couleurs, jusqu'au jour où j'ai eu envie de jouer moi aussi." Le début de l'histoire est classique et emprunte la voie du sempiternel "Passe ton bac d'abord", suivi du Conservatoire. Le reste suit sans attendre, et depuis plus de quarante ans le comédien promène sur les planches ou les écrans une foule de personnages sous la direction de metteurs en scène aussi prestigieux que Terzieff, Lavelli, Hossein, Meldegg, Sautet, Truffaut, Resnais, pour n'en citer que quelques-uns. Parlez-lui de cette carrière enviable, il s'en défend tout sourire et douceur.

"Je n'appellerais pas ça une carrière.
Une carrière ça se construit..."

"D'année en année les choses se sont enchaînées, et voyez après bientôt cinquante ans, je suis encore là ! Mais je n'appellerais pas ça une carrière. Une carrière ça se pense, ça se construit. Moi j'ai eu la chance que les choses viennent sans que je songe véritablement à bâtir quelque chose. J'ai eu vraiment beaucoup de chance et ce serait bien que ça dure encore un peu !" L'examen de son parcours laisse songeur, certes les choses arrivent et s'enchaînent sans le moindre temps mort, mais ce ne sont pas n'importe lesquelles ! "Bien sûr j'ai refusé ce qui ne me plaisait pas, mais j'ai eu la chance de rencontrer des gens avec lesquels j'avais des affinités dans la façon de lire un texte, de l'appréhender, comme Laurent Terzieff qui a été une rencontre magnifique, ou Georges Vitaly par exemple." Pour être exemplaire, la carrière de Philippe Laudenbach n'en est pas moins discrète, et si l'on s'en étonne, il répond tranquillement : "J'aurais sûrement pu trouver le moyen d'exister davantage si je puis dire, mais ma grande timidité m'en a sans doute empêché et paradoxalement c'est elle qui m'a poussé à devenir comédien. C'est dur de plonger, mais une fois que c'est fait, il faut nager ! C'est ce que j'ai fait et ne l'ai jamais regretté." "Et puis avec l'âge", ajoute-t-il, en riant, "on acquiert un peu d'autorité, on laisse tomber les masques...". S'il affirme n'avoir au fond pas grand-chose à dire sur son parcours, on l'écoute néanmoins avec un infini plaisir. Ce pourrait être comme une conversation au coin du feu, une simple promenade à travers des années de théâtre, de rencontres, en compagnie d'un comédien singulier qui prend plaisir à converser. "Je pense qu'un comédien cherche à se réaliser en tant qu'être humain. Quand on ne sait pas le faire alors on se sert des mots des autres, des personnages. Pour moi être comédien c'est surtout le plaisir de découvrir des textes, des auteurs, et c'est en ça que j'ai eu un bonheur fou à suivre Laurent dans sa démarche de découvreur, de passeur, qui était aussi celle de Roger Blin, qui est celle de Stephan Meldegg, et qui est celle que j'aurais aimé avoir si j'avais osé faire de la mise en scène ! Mais je ne m'en sentais pas du tout la carrure. Je n'ai aucune aigreur, mais aujourd'hui c'est un regret."

Philippe Clay est l'autre

Élégant, il vous salue du haut de son mètre quatre-vingt-dix avant de prendre place, sans un mot, dans un fauteuil. Il en impose. Depuis le temps qu'il occupe les planches Philippe Clay est plus célèbre que le loup blanc, alors... Facile ? Pas facile ce grand monsieur ? La lueur d'amusement qui soudain éclaire le regard vous
rassure, et l'on se dit qu'il a dû dans les années 50, enterrer un bon nombre d'années dans les caves de Saint-Germain-des-Prés, histoire de ne pas s'encombrer inutilement pour poursuivre sa route. Il s'amuse, raconte, se lève et mime cette fameuse manière de marcher sur place que les Américains n'hésitèrent pas à lui ravir, mais qu'il inventa lui. Pince-sans-rire il parle de sa vie et du théâtre qu'il aime au point de s'y rendre chaque semaine, curieux de voir telle pièce, telle mise en scène ou tel comédien. Bien avant d'être célèbre, l'adolescent s'engage dans le maquis puis intègre l'armée du général de Lattre de Tassigny où il acquiert le sens du commandement. Quelques années plus tard, pour avoir refusé de se laisser marcher sur les pieds, on le prie de quitter le Conservatoire. "Je me demandais si avec mes grandes jambes, je n'avais pas intérêt à me lancer dans la course à pied !"

Suivent deux ans à Chaillot. "J'ai surtout joué les utilités, à tel point que je me demandais si je n'avais pas intérêt avec mes grandes jambes à me lancer dans la course à pied ! Ensuite, j'ai été entraîné vers le music-hall un peu par accident. Un accident bénéfique ! Mais attention, je ne suis pas chanteur, je suis interprète ! Ce dont j'ai besoin c'est de trouver des chansons à personnages, de les habiller. Le music-hall ? C'est la meilleure école de théâtre. On y apprend à entrer tout de suite dans le vif du sujet." Pour preuve, il se met à chanter une chanson de Nougaro, Je suis saoul..., transforme le personnage, deux visions différentes. Saisissant ! Du grand art. Combien de temps a duré cette absence des scènes théâtrales ? "Oh ! la, la ! Ne me parlez pas des ans, je ne les vois pas passer ! C'est Jean-Luc Tardieu qui a eu l'idée de me proposer d'incarner l'empereur d'Autriche dans L'Aiglon. Ça m'a amusé et j'ai enchaîné avec Zoo de Vercors, Ibsen, des tas de choses jusqu'à cette chance extraordinaire de jouer dans Visites à Mister Green. Un triomphe pour lequel j'ai été nommé aux Molière 2002, dans la catégorie meilleur comédien. Et là ce qui m'a amusé, c'est que certains journaux ont dit : Philippe Clay : la révélation... En 1953, j'étais dans les révélations de la chanson avec Bécaud, Brassens, Nicole Louvier, Odette Laure. Je n'arrête pas de me révéler et à force de me découvrir je vais finir par prendre froid !" Lorsqu'il ne joue pas, ce passionné d'Edgar Poe, de Villiers de l'Isle-Adam, écrit des livres. "Il y a des tonnes de papiers dans la poubelle, mais j'adore ça, j'aime les mots. En ce moment je me passionne pour le journal de ma mère que j'ai trouvé par hasard. Elle était née en 1885. Je vais en faire quelque chose en y mettant le plus d'humour possible." Un livre dont on brûle déjà de tourner les pages...
Dossier par Jeanne Hoffstetter
Paru le 20/01/2006

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