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© Flore


“La Mère confidente”
… ou la joie de marivauder
À travers une pièce éloignée des intrigues habituelles de l'auteur, dans l'émotion et la fantaisie, Geneviève Casile et Séverine Vincent nous éclairent sur la subtilité des rapports mère-fille. Une œuvre de Marivaux à découvrir car rarement montée.
Geneviève Casile

Nous la connaissons tous bien sûr, cette jolie dame à l'élégance discrète. Nous l'avons tous vue à la Comédie-Française et sur bien d'autres scènes illuminer de son talent, de sa blondeur, ces classiques de nos heures studieuses. Nous l'avons souvent vue à la télévision, un peu moins au cinéma, mais toujours dans des œuvres réjouissantes pour l'œil et pour l'esprit. Sans fausse modestie, elle sait qu'elle a toujours été jolie et le dit, elle sait qu'elle est une de ces grandes dames que rencontre parfois le théâtre, cela se sent mais, comme pour parfaire ce tableau, elle se montre accueillante et curieuse de vous, parle en préambule des petites choses qui font la vraie vie... À moins que la vraie ne se passe sur les planches, on ne sait plus trop. Mais avant ça il y a l'enfance, Geneviève Casile partage la sienne entre la musique et la danse. La danse, bien entendu ! Ce maintien lorsqu'elle bouge... Élevée entre "une mère merveilleuse", fille, petite-fille de peintres reconnus et un père polytechnicien fils d'officier, l'enfant trouve son compte dans cette diversité, elle a des dons artistiques multiples mais sa santé est délicate, trop d'heures passées à faire des gammes ou des entrechats et voilà la fièvre qui l'abat.

"Le mot de marivaudage est stupide ! Il devrait être banni de la langue française"

L'adolescence vient chasser ces ennuis, elle reprend ses chaussons de danseuse, suit Roland Petit et Maurice Béjart, on la remarque. Un tel physique a de quoi attirer les caméras, madame Casile qui avait été elle aussi comédienne, l'encourage à suivre le cours Simon, ce qu'elle fait. "Mais pour moi qui étais habituée au travail physique, les sentiments, toutes ces choses-là me paraissaient très loin de moi." Lorsqu'elle arrive dans la classe de Barrault c'est une autre chanson "À partir de ce moment-là ma vie a changé. Je n'en revenais pas !" En trois ans, la jeune fille rafle trois premiers prix : comédie classique, moderne et tragédie. Du jamais-vu au Conservatoire. La Comédie-Française lui ouvre ses portes : "J'étais heureuse, mais complètement ahurie tant je ne pensais pas mériter ces trois prix ! Je suis restée trente-deux années au Français, maintenant je continue ailleurs. Je suis très, très gâtée et, aujourd'hui, je me réjouis de retrouver Marivaux, c'est un grand bonheur de renouer avec des textes comme celui-là ! Aucun des personnages n'est traité de manière superficielle. Marivaux va très loin dans sa mise à nu de l'être humain et ça n'est souvent pas très gentil. Le mot de marivaudage est complètement stupide, on devrait le bannir de la langue française parce qu'il donne une idée totalement fausse de Marivaux : perruques, costumes et chichi pompon ! Avec La Mère confidente, j'ai trouvé un rôle plus mûr que dans la plupart des pièces du répertoire. Ça fait partie des choses dans lesquelles j'entre tout naturellement maintenant."

Séverine Vincent

Derrière ses yeux malicieux et la jovialité de son visage, cette jeune femme respire la joie de vivre. Sa carrière débute par des films d'auteur, mais un jour...

"Un jour j'ai rencontré Jean-Paul Bazziconi et grâce à lui, en 96 ou 97, je suis entrée dans la troupe de Francis Perrin au théâtre Montansier. On a créé le Mois Molière à Versailles et j'ai joué des Molière, des Molière, encore des Molière dans la rue, en tournée, en festivals, partout ! Je faisais là mes premières armes, et je me suis régalée. C'est passionnant de décortiquer un auteur, son écriture, ses personnages, à un point tel que dans la vie je me mettais à parler dans la langue de Molière !" Depuis, est née la compagnie Égale à égaux, dont elle constitue un des trois piliers principaux avec Jean-Michel Adam, son époux décorateur, et Jean-Paul Bazziconi. "Pour nous, dit-elle en riant, le théâtre c'était aussi conduire des camions en tournée, planter les décors, l'aventure... Mais nous formons une vraie famille, nous sommes interchangeables, face aux difficultés que peut rencontrer le théâtre, il est important de se fédérer pour le défendre et se défendre. Ce qui ne nous empêche pas les uns et les autres de travailler à l'extérieur, sur d'autres projets avec d'autres personnes."

"Je souhaite aller vers de jeunes auteurs contemporains, fouiller ce creuset qui pullule de talents que l'on ne connaît pas."

Son père étant compositeur de musique du milieu artistique, Séverine connaît toutes les ficelles, toute jeune elle découvre la Comédie-Française et justement Geneviève Casile. C'est la fascination : "J'ai su tout de suite que j'allais tenter ça, et aussitôt après le bac, j'ai pris des cours. Plus tard, quand je suis arrivée sur le plateau du Montansier, qui est l'un des plus beaux théâtres de France, et que je me suis dit : 'voilà, ça va être ma maison pendant un moment', j'ai retrouvé exactement la sensation qui m'avait donné l'envie d'être comédienne et que j'avais attrapée en allant au Français... C'était une odeur, quelque chose de sensoriel qui devait être enfoui depuis l'enfance et qui a resurgi là. Quand on est bien sur un plateau, que l'on ressent cette incroyable liberté du corps, ça vaut toutes les drogues du monde !" Le trac ? Elle l'a "Oh la la, oui !" mais dès que l'on arrive à l'amadouer "ce coup de peur qui vous coupe le souffle, cette montée d'adrénaline", est porteur et bénéfique, on ne pense plus qu'à "l'exulter quand le rideau se lève. Ensuite on peut s'amuser, car on fait ce métier aussi pour s'amuser". Il est évident à la regarder vous parler de sa passion, qu'elle a gardé son âme d'enfant, capable avec trois morceaux de carton de vous transporter dans la Grèce antique ou au cœur du XVIIIe siècle. Comme il est évident - bien qu'elle "n'en n'aura jamais fini avec les classiques", - qu'elle aime la comédie ne serait-ce que pour entendre le plaisir des personnes dans la salle. Son désir du moment ? Se tourner vers les jeunes auteurs contemporains, "Aller fouiller un peu ce creuset qui pullule de talents que l'on ne connaît pas".

3 questions à
Jean-Paul Bazziconi

Il a l'air d'un potache, il aime rire et s'amuser, on l'imagine tendre et généreux, bon camarade, à l'écoute des autres. Mais surtout, il aime avec passion le théâtre et lui donne sans compter ce que cet intransigeant vieux monsieur exige de ceux qui l'aiment.

Vous avez déjà monté Le Legs de Marivaux, La Mère confidente, est une pièce très peu jouée, pour quelle raison l'avez-vous choisie ?
Geneviève et moi avions envie depuis longtemps de travailler ensemble. Elle a tout joué, mais elle avait envie de revenir vers les classiques. Moi j'avais monté Marivaux à mes débuts, la langue, les personnages sont tellement magnifiques qu'après avoir cherché parmi de nombreuses pièces, nous sommes tombés d'accord pour La Mère confidente. C'est un vrai bonheur !

Ne pensez-vous pas que tous ceux qui à travers Marivaux pensent "marivaudage" risquent d'être surpris ?
Il s'agit en effet de la difficulté qu'éprouve une mère à voir grandir sa fille et de la difficulté qu'éprouve la jeune fille tiraillée entre l'amour de sa mère et celui du jeune homme qu'elle vient de rencontrer. N'est-ce pas toujours d'actualité ? On retrouve cette langue et cette construction magnifiques, propres à Marivaux et si l'émotion est là, le rire n'est pas absent. Et puis, saviez-vous que bien que très différente de celles que l'on a l'habitude de voir, c'était la pièce préférée de Marivaux !

Trois mises en scène simultanées... Cette rentrée théâtrale est la vôtre ! Une vraie chance, oui. Deus in
machina, une comédie humoristique de Manu Doublet au théâtre Clavel. Ensuite, Opening Night dont Cassavetes a tiré un film, au théâtre de la Porte Saint-Martin avec Marie-Christine Barrault et ce Marivaux au Théâtre 14. Oui, je suis gâté, il y a des périodes comme ça : un
auteur américain, un jeune auteur français et un classique. Après... Inch Allah !
Dossier par Jeanne Hoffstetter
Paru le 25/11/2005

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